‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 29 sur 92 · II. — LE TEMPÉRAMENT DE PAUL · texte numérisé non relu

II. — LE TEMPÉRAMENT DE PAUL

Il serait sans doute excessif de vouloir expliquer une personnalité comme celle de Paul par son tempérament physique. Il n’est cependant

1. L’argument tiré par Toussaint (L’'ap. P. et l’hell., p. 190) de Mf., 23,15 en faveur de l’existence de pharisiens dans la Diaspora n’est pas probant puisqu'il n’est question dans ce passage que de missionnaires.

pas sans intérêt, dans la mesure où les documents le permettent, de se faire une idée de ce tempérament. Il ne faut pas perdre de vue qu'aux difficultés que comporte toujours un diagnostic rétrospectif, s'ajoute, dans la circonstance, le fait que nous ne possédons sur le cas de Paul aucune observation directet et que nous ne pouvons faire état que d'indications indirectes dont l’interprétation est très délicate et dont il n'est aucune dont on n’ait soutenu, avec plus ou moins de vraisemblance il est vrai, qu’elle pourrait se rapporter à autre chose qu’au tempérament physique de l’apôtre.

Essayons d’abord de dresser un inventaire des textes qui, directement ou indirectement, se rapportent au tempérament de Paul.

On ne doit pas, croyons-nous, tenir compte de passages comme ZI Cor., 4,7 : « Nous avons ce trésor (l'Évangile) dans des vases de terre », ou comme 11 Cor., 4,10 : « Nous portons dans nos corps la mort de Jésus (rñv véxpwstv reù ‘Tnooë) », ou comme le développement de ZI Cor., 5, 15s., sur la destruction progressive de l’homme extérieur. Tous ces textes se rapportent en effet, à la condition de l’humanité en général.

Nous savons par le témoignage de ZI Cor.,

1. Nous avons vu plus haut (p. 75 s.) qu’on ne peut attribuer aucune valeur au portrait de Paul donné par les Acta Pauli.

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10,10 que l’aspect extérieur de l’apôtre n'avait rien d’imposant. Plusieurs textes établissent. qu'il a été, à plusieurs reprises, atteint de crises aiguës de maladie. Il écrit aux Galates (4, 13) : « Vous savez que c’est à cause: de la faiblesse de la chair (c’est-à-dire à cause d’une maladie} que je vous ai, la première fois, prêché l’Évangile ». [1 est probable que Paul qui avait eu d’abord le dessein de traverser seulement la Galatie, fut contraint de s’y arrêter par l’état de sa santé et qu'il mit à profit son séjour plus ou moins forcé pour en entreprendre:

l’évangélisation. Il résulte de là que le mal dont. souffrit Paul à ce moment-là, s’il entravait son activité, n’était cependant pas de nature à lui imposer une inaction complète.

Le même terme d’acb:vetx se trouve dans le passage où Paul rappelle les conditions de sa première visite à Corinthe : « C’est &v àc:v:ia, dans.

1. La Vulgate porte « per infirmitatem ».'Cette interprétation est admise par LIETZMANN (p. 26) qui entend « pendant une période de maladie » maïs le sens «à cause de » qu'impose l’accusatif,est attesté par THucycipe, VI, 102 et par P. Oxyrr., IV, 726,10 (135 ap. J.-C.), XII, 240 (rc s. apr. J.-C.). C’est l'interprétation admise par presque tous les grammairiens et exégètes modernes par ex. : BLass-DEBRUNNER ($ 223,3), Mo&wLTon (Einl. i. d. Spr.d.N.T., p.172), PREUSCHEN (Handw., c. 265), KRENKEL (p. 67), Lipsius (p 50 s.), SIEFFERT (p. 261 s.), ZAHN (p. 214 s.), Loisy ‘(p. 168 s.), LAGRANGE. (p. 112), BousseT (p. 64 s ). Elle paraît s’imposer.

la crainte et dans un grand tremblement que je suis venu vers vous » (7 Cor., 2,3). La plupart des interprètes! entendent le mot àsbevsis dans le sens général de faiblesse qu’il a parfois dans le Nouveau Testament?, mais il y a lieu de se demander s’il ne faut pas lui donner le sens précis de maladie qu’il a dans Gal. 4,133.

Paul alors ferait allusion à un état de maladie dans lequel il se serait trouvé à son arrivée à Corinthe. Le fait que, dans tout le développement (en particulier 1.25. 27), Paul oppose la faiblesse des moyens humains à la puissance divine est favorable à la première interprétation, mais, en faveur de la seconde, on peut faire valoir, outre le rapprochement avec Gal., 4,13, d’abord que quelque chose de particulier a caractérisé les conditions de son activité à Corinthet

1. Parmi les exégètes modernes, à notre connaissance, RücxertT (cité par Hentirici, 1 Cor., p. 88) seul se prononce contre cette interprétation et donne le sens de maladie. BACHMANN (p. 117) indique les deux interprétations possibles sans choisir entre elles.

2. Par ex. Rom., 6,19 ; 8,26. 1 Cor., 15,43. II Cor., 11,30 ; 12,5.9 ; 13,4. Héb., 4,15 etc.

3 Erausidans Mi, 8,47, Lens 1558 2etcuJn..5,5: 1404? Actes, 28,9.1 Tim., 5,23. Ce sens est fréquent dans les papyrus. Cf. MouLToN-MieLziGaAN, The Vocabulary of the N. T., London, 1914 s., p. 84. C’est ce señs que donne PREUSCHEN, Wôürterb., col. +75.

4. Les expressions « chez vous », « parmi vous » etc., ne se trouvent pas moins de quatre fois dans I Cor., 2,1-8.

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et aussi que Paul semble avoir été malade alors qu'il se trouvait à Athènest. Il dit en effet (I Thess., 3,1) que, dans l’anxiété où il était d’avoir des nouvelles de Macédoine, il a préféré rester seul à Athènes et envoyer Timothée à Thessalonique. Les termes qu’il emploie, «être laissé seul à Athènes » (xutahste0fvar 29 Abévxc uéva:), sont caractéristiques. Il semble que. si Paul n’emploie pas le mot és qu’on attendrait, c’est pour insister sur cette nuance de sens qu’il est resté abandonné à lui-même, à un moment où il aurait particulièrement eu besoin des soins de ses amis. L'hypothèse d’après laquelle il aurait alors été malade l’expliquerait parfaitement. Le rapprochement entre 7 Thess., 3, 1 et I Cor., 2, 3 nous paraît la recommander.

Il faut aussi envisager que la crise mystérieuse que Paul traversa en Asie et au cours de laquelle il désespéra de la vie (ZI Cor., 1,8-11), pourrait avoir été une crise physique.

Les textes que nous avons cités, même si on

1. Dans ZI Thess., 2,18, Paul parle du désir qu’il avait de retourner en Macédoine, désir à la réalisation duquel s’est opposé un obstacle suscité par Satan. Malgré le rapprochement que l’on pourrait faire avec 11 Cor., 12,7, il ne paraît pas possible de déterminer la nature de cet obstacle qui pourrait aussi bien être le maintien d’une mesure d’expulsion prise contre l’apôtre en Macédoine qu’une maladie.

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