Maran ata (1 Cor., 16,22), Abba ( Gal., 4,6. Rom
3. D’après Actes, 26,14, la voix céleste, sur le chemin de Damas, aurait parlé en araméen.
4, MommMseN à émis l'hypothèse d’une interdiction de l’emploi de lhébreu par les Juifs de la Diaspora ; elle ne paraît pas fondée (cf. JusTER, 7, p. 365 s.).
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Paul n’oblige pas nécessairement à penser qu’il ait su le latin', comme le croient Ramsay (Paul. a. oth. St, p. 65,68) et Souter (Did St. Paul speak latin? Expositor, 1911, p. 337-342).
Les questions dont nous venons de parler, quelle que soit leur importance, ne nous font encore saisir, dans le domaine de la langue et dans celui de la dialectique, qu'un contact, en somme, secondaire, entre l’apôtre Paul etl’hellénisme.
Le fait que Paul est né dans la Diaspora, dans une ville qui était un centre de syncrétisme religieux, a eu, tout au moins, pour conséquence, ainsi que l’a montré Ramsay (Paul. a. oth. St., p. 55 s.), que le problème du monde païen — ne serait-ce que considéré comme un champ de mission — s’est posé, pour ainsi dire, de luimême devant sa conscience : ainsi s'explique l'importance qu'a eue pour lui l’activité missionnaire. Cette préoccupation peut être antérieure chez lui à la conversion et il n’est pas déraisonnable de penser qu’il a été propagan-
1. JUSTER (1, p. 366 n. 2) pense que l’emploi du latin était obligatoire pour les Juifs citoyens romains. Il en donne pour preuve le fait que, d’après SUÉTONE ( Vita Claudii, 16) et Dion (XL,17,4), Claude retira le titre de citoyen romain à un Grec qui ne savait pas le latin. Même si l’on admettait l’existence d’une obligation légale, on ne pourrait affirmer qu’elle a été toujours strictement appliquée dans les provinces,
diste juif avant d’être missionnaire de l’Évan- 11608
Pour soutenir que Paul n’a subi en rien l’influence de l’hellénisme!, on a fait valoir qu’à une seule exception près’, on ne trouve chez lui aucune citation d'auteur classique. Ce qui est plus caractéristique encore, c’est que nulle part, sinon dans le discours à l’Aréopage qui ne peut être tenu pour historique (cf. Zntr., IT11, p.267s.), on ne trouve d’allusion aux doctrines des philosophes grecs®. Ces constatations toutes néga-
1 Cette idée était autrefois couramment admise. Voir, par ex., HAUSRATH, Neut. Zeitgesch., II, 2?,p. 8 ; KRENKEL, D. 14 ; SABATIER, art. Paul, Encycl. de LicHTENBERGER, X, p. 269; L’apôtre Pau, Paris, 1896, p. 285.
2. Dans 1 Cor., 15.33, on trouve un trimètre iambique emprunté à une comédie de Ménandre : «les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs », mais c’est une formule qui était peut-être devenue proverbiale en sorte qu’il n'est nullement établi que Paul ait eu le sentiment de citer un poète.
8. Il est vrai que dans Phil., 2,6, SALOMON REINACH (L’indolence des dieux, Revue des études grecques, 1916, p. 238-244 reproduit dans Cultes, Mythes et Religions, IV, Paris, 1923, p. 301-306), et A. FripRICUSEN (Quatre conjectures sur le texte du N. T., R. H. P. R., 1923, p. 4415.) ont, par une conjecture qu'ils ont proposée indépendamment l’un de l’autre (#rpayuov au lieu de &pmayubv), cru trouver une polémique contre la doctrine épicurienne de l’impassibilité des dieux. Cette ingénieuse hypothèse ne nous paraît pas devoir être adoptée pour trois raisons : 10 Il est difficile d'admettre, alors que la tradition du texte ne présente aucun flottement,iqu'un mot rare ait été
tives établissent seulement que Paul n’a pas subi d’une manière profonde l'influence de la littérature et de la philosophie grecques, elles ne prouvent pas encore qu'il n’ait eu aucun contact avec la pensée grecque, spécialement avec la pensée religieuse.
Il vaut la peine d’essayer de serrer le problème de plus prèst. Il convient d’abord de noter qu’un des éléments importants de la prédication missionnaire de Paul est sa polémique contre le polythéisme. Or cette polémique a un caractère très particulier. Paul ne reproche pas aux païens d’adorer des êtres irréels, de pures créations de leur esprit, de simples nonêtres, 1l leur reproche de rendre un culte à des «êtres qui par nature, ne Sont Apas des dieux »: (roic oûoe uh cüaiv 6s0%) (Gal, 4,8), d'offrir des sacrifices « aux démons et non à Dieu » (1 Cor., 10,20). Sans doute, pour Paul, il n’y a, au sens absolu, qu'un seul Dieu. le Père, (f Cor, 8,0} mas dans derDas
substitué à un autre dont le sens aurait été clair ; 2° Le texte des manuscrits n’est nullement incompréhensible, voir en dernier lieu GUIGNEBERT, Quelques remarques d’exégèse sur PARA TI OMR EP AR" -1928,;p: 51585 m9 8 0TEnETra pas d’autre exemple de polémique de Paul contre des doctrines philosophiques grecques.
1. Sur les différentes manières dont on a conçu les rapports de Paul avec l’hellénisme voir WEINEL, p. 4325.
sage même où se trouve cette déclaration qui semble être celle d’un monothéisme intransigeant, on rencontre cette affirmation très nette : «Bien qu'il y ait, dans le ciel et sur la terre, beaucoup de dieux et beaucoup de Seigneurs.… «(1 Cor. 8,5)1. Ce sont ces « princes de ce monde « qui ont crucifié le Seigneur de gloire » (I Cor., 2,8). Le culte païen est l’asservissement aux otomyeta voù xéouou (Col, 2,8.20). c’est-à-dire, très probablement, aux astres?. Il est, selon Paul, le renversement de l’ordre normal puisqu'il substitue ce qui est créé au créateur comme objet de l’adoration (Rom.
Sans doute, l’idée que Dieu s’est réservé la
1. Le premier membre de phrase paraît être une citation de la lettre des Corinthiens, mais, dans le second, Paul prend à son compte l’affirmation qu’elle contient.
2. Dans Gal., 4,3.9, Paul considère à la fois le judaïsme et le paganisme comme un asservissement aux éléments, c’est pour cela que l’exégèse traditionnelle a compris (otosyeta) dans le sens de «rudiment », sens qui ne peut convenir dans l’épître aux Colossiens et qui, dans l’épître aux Galates elle-même, s’accorde mal avec les mots « être asservi » et avec le complément «du monde ». Il est probable que, dans le feu de sa polémique antijuive, Paul assimile le judaïsme au paganisme, peut-être par l'intermédiaire de cette idée que l’observation des temps (sabbats, fêtes, etc.) est un asservissement aux astres qui en règlent la marche. Cf. LIETZMANN, Gal, p. 24 s. et (sur le sens de ovosysta) : DiseLrus, Geisterwelt, p. 227-230, KI. paul. Br:, p. 7815. ; PrAT, II, p, 503-509.
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domination sur Israël et qu’il a abandonné les autres nations à la direction des anges est une idée -bien juive ((Suac. 17,171 on comprend aisément que de l’idée d’un gouvernement des peuples par les anges, on ait passé à l'idée ‘d'unculte rendu 2 des anges révoltés contre Dieu, c’est-à-dire à des démons. La pensée de Paul pourrait donc avoir ici des racines juives. Diverses raisons doivent cependant, croyons-nous, faire admettre qu'elle a subi fortement l'influence de l’hellénisme. D'abord, la théorie des anges en quelque sorte délégués par Dieu au gouvernement des nations était, à l’époque qui ‘nous occupe, en voile de complète régression (BousseT, Rel. d. Jud., p. 172), ce qu’on pourrait expliquer par le fait qu’elle’ constituait une justification, au moins relative, du paganisme.
Il faut, en second lieu, noter que ce qu’on pourrait appeler la théorie du polythéisme chez Paul n’est nullement à la périphérie de sa pensée ; elle est en relation avec certaines idées comme celles du péché et de la rédemption qui en forment le centre et on a très nettement le sentiment qu’elle constitue une de ses préoccupations essentielles. L'influence, ou du moins l'impression produite par l’hellénisme, paraît
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ici profonde quand bien même il ne saurait être question d’empruntt.
Il faut mentionner, dans le même ordre d'idées, la manière dont Paul parle du culte païen et spécialement de la communion réalisée par le sacrifice (1 Cor., 8-10). Il n’émet aucun doute ni sur l'efficacité du sacrifice, ni sur la réalité de la communion qui en résulte. S’il n’y avait, pour lui, dans tout cela, que geste vain et illusion, toute l’exhortation qu'il adresse aux Corinthiens deviendrait sans objet?. Nous avons affaire ici à une conception païenne très générale qui n’a pas seulement effleuré l'esprit de l’apôtre d’une manière superficielle, mais qui l’a pénétré très profondément. Il ne saurait donc être question d’une impression qu'il aurait éprouvée ‘ lors de son séjour à Corinthe. C'est dans son enfance que ces idées ont dû pénétrer dans son esprit puisqu'elles forment une des assises premières de sa pensée. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de supposer que Paul ait lu et médité la littérature mystique païenne*, encore moins
1. Ce que nous avons dit des idées de Paul sur les dieux païens est vrai aussi de son angélologie. Cf. DiBerius, Geisteriwelt, p. 189$.
2, Maurice Gocuez, L'Eucharistie des origines à Justin Martyr, Paris, 1910, p. 167 s.
3. Comme paraît le penser REITZENSTEIN, Die hellenistischen Mysterienreligioner?, Leipzig, Berlin, 1920, Voir les très
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qu'il ait été lui-même initié à quelque mystèret. Ces idées, Paul a dû les respirer dans l’atmosphère de Tarse, il a dû les connaître par la fréquentation des païens (Lorsy, Les myst., p. 323) et il a réagi vis-à-vis d'elles d’une manière très originale, ne les critiquant pas en elles-mêmes, mais les intégrant dans son système de pensée?.
Si évident que soit le caractère hellénique de la pensée sacramentaire de Pauli, l'hypothèse d’un emprunt direct apparaît comme incompatible avec l’idée fondamentale de l’apôtre sur le caractère absolu de la révélation accordée à Israël.
Pour nous borner à l’essentiel, il faut encore signaler un point important sur lequel il ne semble pas que Paul se tienne exactement dans la ligne de la pensée juive. Nous voulons parler de la notion du salut. Pour le judaïsme, le salut se réalise par un jugement qui, dans un
justes observations formulées par Loïrsy, Les mystères païens et le mystère chrétien, Paris, 1919, p. 323 n. 2.
1. L'attachement profond de Paul au judaïsme suffit pour nous obliger à écarter d'emblée une telle idée.
2. Il est possible que l'impression reçue par Paul à Tarse dans sa jeunesse ait été renouvelée et ravivée au cours de ses voyages missionnaires, mais nous ne saurions voir là, comme le voudrait ToussainT (L’hell. et l’ap. P.,p. 323 s.), la source principale de sa connaissance du paganisme.