LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
à laquelle il lui serait impossible de résister. L'idée de violence subie est aussi exprimée dans Z :.Cor., 15,8; par leterme d'éceuyea qui évoque l’idée d’un avortement, c’est-à-dire d'une manœuvre violente et aussi celle d’un miracle, puisque l’Exxowux ne doit normalement pas vivre. Dans Phil, 3,12 : -« J'ai été-saisk (aarertuelm) par le Christ Jésus » on trouve la preuve que, dans sa conversion, Paul a eu le sentimentd’être saisi, on pourrait dire empoigné,, par une force divine.
Dans le même chapitre, après avoir fait allusion aux titres d'honneur et de gloire qu’il possédait au point de vue du judaïsme, Paul déclare : « Mais ce qui était pour moi un gain je l’ai estimé une perte et même j'estime que tout est perte à cause du (ou peut-être par comparaison avec le) Christ Jésus, mon Seigneur. Par (ou à cause de) lui, tout est pour moi une perte, je regarde tout comme des balayures afin de gagner Christ» (3, 7-8). Il n’y a pas là de récit, même sommaire, de la conversion mais un témoignage de la transformation opérée dans la vie de l’apôtre. On peut la caractériser comme une transposition de valeurs.
Enfin, une indication précise se dégage du rapprochement de deux textes de la première épître aux Corinthiens. Au chapitre 9, v. 1-2.
Paul écrit : « Ne suis-je pas libre ? Ne suis-je pas apôtre ? N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur ? Si, pour d’autres, je ne suis pas apôtre, pour vous, du moins, je le suis car le sceau-de mon apostolat, c’est vous qui l’êtes dans le Seigneur ». L’affirmation de l’apostolat de Paul est ici justifiée par deux arguments, l’un d’une portée générale : Paul à vu le Seigneur, l’autre qui vaut spécialement pour les Corinthiens :
c'est une œuvre apostolique qu'il a accomplie parmi eux. Qu'est-ce que Paul entend par l'expression : « J’ai vu Jésus notre Seigneur »? Il ne peut s’agir iei du rapport mystique fondamental du croyant avec le Seigneur, car ce rapport existe partout où est la foi chrétienne et non seulement dans le cas de l’apostolat.
Il ne peut non plus être question du fait d’avoir vu Jésus pendant sa vie terrestre puisque, si un contact s’est produit entre Jésus et lui, ce contact l’a fait persécuteur et non apôtre et puisque, religieusement au moins, Paul n’a pas connu le Fils de Dieu avant qu’il lui ait été révélé sur le chemin de Damas (Gal, 1,15).
Aucune autre explication de l’expression n’est possible que celle qui la rapporte à une vision du ressuscité. Cette interprétation est confirmée par le passage Z Cor., 15,8 : « Au dernier de tous, il m'est apparu, à moi, l’avorton ». Joh. Weiss
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(I Cor., p. 349), remarque avec raison que le passif 690 ne désigne pas une vision subjective au sens que la psychologie moderne donne à
ce mot, mais une vision réelle bien qu’elle ne,
puisse se produire que dans certaines conditions, qui, en dernière analyse, d’après Paul, dépendent de la grâce de Dieu. Il n’est pas douteux que ce soit à cette vision que Paul pense dans I Cor.; 9,2. C'est à elle qu'il rapporte Porigine de son apostolat et comme, d’après Gal., 1,15, il ne la sépare pas de celle de sa foi chrétienne, sa conversion elle-même.
Ces textes montrent que Paul a attribué sa conversion à un acte de Dieu qui s’est imposé à lui comme une force irrésistible. La conséquence de cet acte a été de lui révéler le Fils de Dieu ; sa forme a été une vision du ressuscité. L’apôtre ne fait à cette vision que de simples
1. ZAHN (R. E., XV, p. 72) croit que cette vision initiale n'entre pas dans la catégorie des « visions et révélations du Seigneur » dont il est question dans 11 Cor., 12,1. Il est vrai que dans 1 Cor 15,8, Paul présente sa première vision comme clôturant une série mais on n’aperçoit pas de raison théorique de distinguer entre elles et les visions qui ont suivi (Joux. Weiss, 1 Cor., p. 351). Il est probable que ce qui caractérise la vision du chemin de Damas et la distingue des visions subséquentes de même nature c’est que les premières visions ont été, pour Paul aussi bien que pour les Jérusalémites, créatrices de foi à la résurrection et de vocation à l’apostolat, Cf. HarNack, Chron. Berechn., p. 679, n. 4. È
allusions qui suffisaient sans doute pour évoquer dans l'esprit de ses lecteurs une idée claire de ce qui s’était passé. Nous ne sommes pas en état de suppléer à ce que Paul ne dit pas et il nous paraît vain d’essayer de deviner à quoi Paul a reconnu Jésus ou de quels attributs (gloire, lumière, éclat) son image pouvait être accompagnée.
Le rédacteur des Actes attache certainement une importance particulière au récit qu'il donne de la conversion de Paul puisqu'il le répète trois fois (9, 1:19; 22, 1-16 ; 26, 4-20):. On reconnaît aisément dans ce triple récit certains éléments secondaires, notamment la cécité de Paul et l’épisode relatif à Ananias qui, du moins sous la forme où il est présenté aux chapitres 9 et 22, ne peut être tenu pour historique. Certains critiques estiment que, même abstraction faite de ces détails, le récit des Actes est sans valeur et que ce n’est qu'un