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C’est par exemple l’hypothèse de RENAN, Les Ap., Dr

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par tout un travail psychologique, c’est a priori très vraisemblable, que ce travail ait été conscient et que nous soyons en état de nous le représenter, c’est ce qui est beaucoup moins certain. La majorité des interprètes protestants nous paraît avoir fait complètement fausse route en tendant, d’une manière plus ou moins consciente, à représenter la conversion de Paul sur le type de celle de Luthert. L’apôtre, d'après eux, aurait passé par une crise à laquelle on pourrait reconnaître deux causes : il aurait été, sans vouloir se l’avouer à lui-même, impressionné par l'attitude des chrétiens persécutés et aurait subi l'attrait de l'Évangile qu'ils prêchaient. Là serait «l’aiguillon » contre lequel

Paul aurait tenté de regimber en persécutant

les disciples. D'autre part, dans son besoin d’absolu, il aurait souffert de l’insuffisance de la justice légale telle que la concevait le judaïsme et aspiré de toutes les forces de son être, à une

1. Voir par exemple, WEIZSAECKER, AD., Z., p. 72 ; DEIss- MANN, Paul.,p. 83; WeINEL, Paulus, Tübingen, 1904, p. 54s.; Nt. Th., p. 4165. ; CLEMEN, 11, p. 82. Cette opinion a été combattue notamment par Wrepe, Paulus, Halle a. S., 1905, p. 8 s. Lorsy, La conversion de saint Paul et la naissance du christianisme, R. H. L. R., 1914, p. 309 ; La carrière de l’'apôtre PAUL ER TEL ER FE 1920 D ASSET BoUus SEE RUT CRT, p. 106; HerrmüLrer, Die Bekehrung des Paulus, Z. f. Th. u. K., 1917, p. 186-153. ZaAHN (R.E., XV, p. 72) insiste sur le caractère subit de la conversion.

justice plus haute. Ni l’une ni l’autre de ces deux considérations ne nous paraît fondée, Rien n’autorise à suspecter la parfaite bonne foi et l’entière sincérité de Paul persécuteur. Le témoignage qu’il se rend à lui-même quand il parle de la première période de sa vie est caractéristique. Il présente son attitude passée comme une erreur et non comme un crime.

Aurait-il parlé ainsi si sa conscience lui avait reproché d’avoir persécuté les chrétiens sans être bien sûr qu'ils avaient tort ?

A l'appui de l’idée que Paul, avant sa conversion, se serait douloureusement débattu contre l'insuffisance de la justice légale, on invoque le témoignage de Rom., 7,7 S.1, passage dans lequel on trouve l’expression classique de l’angoisse d’une âme quiaspire à un idéal de justice qu’elle ne parvient pas à réaliser. Il faut, en tout cas, n’user de ce texte qu'avec une grande prudence puisqu'il n’a été écrit que longtemps après la période à laquelle on croit qu'il se rapporte. Dans l'hypothèse la plus favorable, la conscience du rabbin serait vue à travers l’expé-

1. Outre les théologiens cités dans la première partie de la note précédente, SABATIER, L’Ap. P., p. 37 s.; FULLIQUET, La pensée religieuse du Nouveau Testament, Paris, 1893, p. 292; Goper, Rom., II, p. 114; HoLTzMANN, Ni. Th, II, p. 65 ; JücicHeR, Einl., p. 24 ; PFLEIDERER, Urchr., TAphos etc

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rience du chrétien. L’allure très générale du morceau, le fait que pas un seul mot n’y fait. allusion à la conversion indiquent que l’emploi de la première personne doit y être seulement. un procédé d'exposition. Rom., 7 est un développement théorique, non une confession personnellet.

Laconception d’après laquelle il y aurait,dans ce passage, l’écho d’angoisses morales par lesquelles Paul aurait passé avant sa conversion se heurterait d’ailleurs à une double et décisive objection. Dans le passage de l’épître aux Philippiens où il parle de son passé juif, Paul se rend à lui-même ce témoignage : « Quant à la justice légale, j'étais irréprochable » (3,6). En outre, si les choses s'étaient passées comme le pense, par exemple, Weinel, la révélation du chemin de Damas aurait été pour Paul une délivrance et un soulagement; il aurait eu conscience d’avoir enfin trouvé ce qu’il avait vainement cherché jusque-là. Le sentiment qu’il a éprouvé a été, nous l’avons vu, très différent. Il a subi une contrainte, il a éprouvé

1. C’est en ce sens que le morceau est entendu par REuss, Ep. paul, II, p. 74; OLTRAMARE, Commentaire sur l'épître aux Romains, Genève, Paris, 1882, II, p. 82 s.; MÉNÉGoOZ, Le péché et la rédemption d'après saint Paul, Paris, 1883, p. 495s. Voir surtout les remarques de HEITMÜLLER, Z. f. LRU SALON TE RD AIS CES

une violence, il a été jeté, malgré lui, hors de la voie qu’il avait jusque-là suivie.

Cela ne prouve pas, sans doute, que les causes invoquées n'aient pas agi dans le subconscient de l’apôtre et n’aient pas préparé la décision qui devait intervenir, mais cela nous paraît établir qu'il n’y à pas eu de préparation dont l’apôtre ait eu conscience.

L'hypothèse d’un travail préparatoire inconscient est très vraisemblable ; il serait vain, en l’absence de toute donnée positive, de vouloir deviner ce qu’il a pu être. Mieux vaut avouer franchement notre ignorance sans essayer de la dissimuler derrière des constructions arbitraires.

La conversion a été pour Paul une révélation du Fils de Dieu : il a vu le Christ vivant, telle est son expérience essentielle. Le Christ lui est apparu dans des conditions qui établissaient à la fois qu’il était vivant et qu'il était gloritié. Par là s’imposait une revision radicale des jugements que Paul avait jusque-là portés sur Jésus, sur son œuvre et sur les prétentions de ceux qui se réclamaient de lui.

Ce fait nouveau, l’apôtre a dû l’intégrer dans le système de sa pensée. Il ne faut pas, en effet, se représenter sa conversion comme une rupture complète dans sa vie; elle ne marque pas le

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commencement de quelque chose d’absolument nouveau, comme s’il y avait, sur tous les points, une opposition entre sa pensée juive et sa pensée chrétienne. Les prémisses de la pensée paulinienne, en effet, sont restées constamment identiques à elles-mêmes. C’est au judaïsme que l’apôtre emprunte non seulement les principes formels de sa théologie mais encore la position même du problème religieux. Dans l’épître aux Philippiens, après avoir rappelé les titres dont il pourrait se prévaloir au point de vue juif, il écrit : « Ce qui était pour moi un gain je l’estime à cause du Christ une perte, et même j'estime que tout est perte à cause de l’excellence de la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur, par qui tout est devenu perte pour moi. Je l'estime balayure pour gagner Christ et pour être trouvé (au jour du jugement) en lui, n'ayant pas ma propre justice, celle qui vient de la Loi, mais la justice par la foi au Christ, celle que Dieu donne à la foi » (3, 7-9). L'idéal poursuivi est le même dans les deux périodes de la vie de Paul : c’est la justice conçue d’une manière forensique, c’est-à-dire non comme une justice effective, mais comme la proclamation d’un jugement divin d’acquittement en vertu duquel l’homme n’a plus rien à craindre de la colère de Dieu, mais est assuré de la trans-

formation de sa nature corruptible en nature incorruptible.

Le problème est donc dans la période chrétienne ce qu’il était dans la période juive. Comment l’homme sera-t-il déclaré juste au jugement de Dieu ? Seule la réponse à cette question a changé. Paul n’a pas le sentiment qu'à un moment donné de sa vie, un problème nouveau ait surgi devant sa conscience. Les lignes maîtresses de son système sont restées les mêmes. Juif ou chrétien, Paul a toujours vu dans l’Ancien Testament l’autorité suprême ; il a toujours cru que le rapport de l’homme avec Dieu était conditionné par l'alliance divine conclue avec Abraham. Il a pensé que l’homme était un être de chair et de péché qui devait comparaître en accusé devant le tribunal du Dieu saint et qui ne pourrait subsister et être sauvé que si un jugement d’acquittement, la justification, était porté sur lui qui lui permettrait d’avoir part à la transformation par laquelle la nature entière devait passer à l’avèenement du Messie. Ce n'est pas seulement comme chrétien, c’est déjà comme rabbin qu'il a lu dans l’Ancien Testament la promesse de la venue du Messie et qu’il a cru que le Fils de Dieu serait le héros du grand drame. final, que ce serait lui qui anéantirait définitivement

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les ennemis de Dieu, c’est-à-dire les puissances célestes qui, dans leur révolte contre Dieu, se sont imposées à l’adoration des hommes et exercent leur empire sur eux. C’est déjà comme rabbin qu’il a dû aspirer de toutes les puissances de son être au moment où, sous les coups de Christos, Thanatos, la mort, le dernierennemi, peut-être identique à Satan lui-même serait anéanti. Le Maran atha, « le Seigneur vient » de I Cor., 16,22, a, sans doute, exprimé l’ardent espoir du Juif avant de traduire la confiante attente du chrétien.

L'identification du Messie attendu avec Jésus de Nazareth mort et ressuscité a nécessité une adaptation du système théologique de Paul.

Nous aurons à la signaler dans l’analyse de la pensée paulinienne. Notons seulement ici deux conséquences théologiques principales de la conversion.

La première est que, par suite des conditions mêmes dans lesquelles s’est établi pour lui le contact avec le christianisme, Paul a été conduit à considérer toute l’œuvre du Christ sous l’angle de la croix. Il a été ainsi amené à développer, au centre même de sa théologie, l’interprétation de la mort rédemptrice du Christ. Le principe du Deuteéronome, 21,23 : « Maudit est quiconque est pendu au bois », qui avait déterminé

son attitude première à l'égard du christianisme, n'a pas cessé d’être valable pour lui. Ila dû concilier le fait de la malédiction du Christ avec sa messianité et, pour cela, a développé l’idée de la malédiction substitutive. Ce n’est pas Jésus personnellement, c’est, en sa chair, le péché, qui à été condamné afin que la solidarité du péché entraînât aussi la solidarité de la justification.

La proclamation de la messianité de Jésus a obligé Paul à dissocier l’œuvre messianique et à réserver pour le retour du Christ tout ce qui, supposant le Messie glorieux, puissant et vainqueur, ne pouvait être considéré comme ayant été réalisé dans le ministère historique de Jésus. Nous aurons l’occasion de montrer que, par là, s'expliquent certaines des particularités les plus remarquables du système paulinien.

Si la conversion apparaît ainsi comme la source dont, étant donnée la théologie juive préexistante de l’apôtre, dérive toute sa pensée chrétienne, cela ne veut pas dire que tout le système paulinien ait été, dès l’arrivée de Paul à Damas, constitué tel que nous le trouvons dans les grandes épîtres.

Paul n’a pas eu le sentiment d’être arrivé du premier coup à la perfection de la connaissance (Phil., 3,13), cependant, il a conscience d’avoir

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toujours prêché le même Évangile. Sa pensée chrétienne a pu s'enrichir et s’approfondir, elle ne s’est pas transformée. La théorie des relations de l'Évangile avec le judaïsme notamment paraît s'être formée sous l'influence des conflits, avec les judaïsants. La pratique de la mission en terre païenne a aussi contribué à développer chez Paul la théorie de l’universalisme de l'Évangile.

Peut-on, dans le domaine proprement théologique, constater un développement du même ordre? Auguste Sabatier l’a cru et c’est sur cette idée que repose son admirable livre « L’apôtre Paul, Esquisse d’une histoire de sa pensée » (Strasbourg, Paris, 1870, “Paris, 1897)1- Si séduisante que soit la construction qu'il présente, elle paraît, à bien des égards, un peu abstraite et prête à la pensée paulinienne un caractère trop systématique. Des affirmations logiquement contradictoires ne dénotent pas nécessairement des phases successives de la pensée. Dans certains cas elles peuvent s'expliquer par la coexistence de deux courants d’idées d’origine différente qui n’ont pas été réduits à une parfaite unité. L'histoire de la pensée religieuse présente de nombreux exemples de semblables

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