I. — LES DEUX PROBLÈMES DU PAULINISME
Le paulinisme pose à l'historien deux problèmes connexes mais qu’il est nécessaire de soigneusement distinguer. Le premier est d’ordre littéraire : comment s’est formée la collection des lettres que la tradition a conservées dans le : Nouveau Testament sous le nom de l’apôtre Paul ? Quel est le caractère de chacune d’elles ? Émanent-elles toutes de l’apôtre et dans quelles circonstances chacune a-t-elle été composée ? Ce problème d’histoire littéraire n’est qu’une partie d’un problème plus vaste, celui de la biographie de l’apôtre Paul. Ce n’est que dans leur cadre naturel, quiest l’histoire de sa vie et de son activité, que les problèmes d’introduction qui se posent à propos des épîtres peuvent être abordés. C’est ce problème historique et littéraire qui sera étudié dans le présent volume.
Il y a un autre problème du paulinisme. Il a pour objet l’analyse de la pensée de l’apôtre,
l'étude de sa formation et de ses sources, de ses rapports avec le judaïsme, avec l’enseignement, de Jésus, avec le syncrétisme hellénistique et les mystères orientaux. C’est un problème d'histoire des dogmes, ce terme étant pris dans son acception la plus générale ou, si l’on veut, un problème d’histoire comparée des
religions puisque la religion de Paul a un carac-
tère syncrétiste.
Un lien organique rattache étroitement ces deux problèmes l’un à l’autre’, La pensée religieuse de Paul et sa piété intime ne font pas seulement partie de son activité, elles. en sont la source et l’explication. Les épîtres, dans. beaucoup de leurs parties les plus importantes, ne peuvent être comprises que comme la traduction et l'expression de sa vie intérieure et de sa pensée. De fait, la cohérence des idées exprimées dans une épître particulière avec le système théologique de L’apôtre est un des critères les plus couramment employés pour résoudre les questions d'authenticité. On ne peut donc, en traitant le problème des épîtres, faire abstraction de l’histoire de la pensée paulinienne. Il
1. Dans son livre Geschichte der paulinischen Forschung von der Reformation bis auf die Gegenwart (Tübingen, 1911), ALBERT SCHWEITZER ne les à pas distingués l’un de l’autre, ce qui. n’est pas sans nuire à la clarté de son exposé,
reste cependant que, dans une introduction aux épîtres, le problème de la théologie paulinienne ne peut être abordé et traité qu’en fonction du problème littéraire. Il ne sera, en particulier, pas possible, d'étudier ici, dans toute son ampleur, la question des origines de la pensée de Paul et de ses relations avec l’hellénisme. |