‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 52 sur 92 · Contrairement à l’opinion de Jon. Weiss, Urchr., D'AT00Es · texte numérisé non relu

Contrairement à l’opinion de Jon. Weiss, Urchr., D'AT00Es

le meilleur moyen de les régler et d’en prévenir le retour était de venir débattre avec les Douze les questions litigieusest.

Cette révélation a-t-elle quelque rapport avec celle que l’apôtre eut quatorze ans avant d'écrire la seconde épître aux Corinthiens (12,2 s.) et au cours de laquelle il fut emporté au troisième ciel et entendit des paroles ineffables? La chronologie ne s’y oppose pas absolument. Y aurait-il, d'autre part, une Us cence de cette révélation dans Actes, 22, 17-21 où il est raconté qu’à son retour à Jérusalem, Paul, en extase dans le Temple, reçut du Seigneur l’ordre de quitter la ville sainte et d’aller prêcher l'Évangile aux païens? Le récit des Actes suppose que Paul avait prêché l’Évangile à Jérusalem, il appelle pour cela d’expresses réserves; peut-être y trouve-t-on cependant le souvenir plus ou moins confus d’une révélation qui avait joué un certain rôle dans la vie de Paul. Quoi qu’il en soit, la vision d’Antioche paraît avoir eu une grande importance. Quatorze ans après, le souvenir en est encore très présent. à la pensée de l’apôtre. Après la conférence de Jérusalem la carrière de

1. Un fait semblable se produisit à Troas où un songe décida l’apôtre à entreprendre l’évangélisation de la Macédoine, à laquelle sans doute il pensait déjà (Actes, 16,8 s.).

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Paul prend une orientation nouvelle. L’apôtrese lance hardiment à la conquête du monde grec. Est-il téméraire d'établir un rapport entre les deux faits et de supposer qu’à ce moment, instruit par les conflits qui s'étaient produits à Antioche, l’apôtre comprit que l’Évangile devait faire éclater le cadre du judaïsme et qu'il avait à remplir une mission mondiale à laquelle lui-même devait se consacrer désormais ?!

Paul est monté à Jérusalem parce qu’il ne voulait pas que son travail missionnaire fût vain (2,2); il l’aurait été et l’avenir même du christianisme eût été compromis, si l’on avait laissé deux Églises s'opposer l’une à l’autre et se consumer en luttes stériles.

Paul fut accompagné à Jérusalem par Barnabas et par Tite. Le premier y vint en sa qua= lité de missionnaire, comme délégué avec Paul de l’Église d’Antioche. Dans la suite du récit, Paul parle presque comme s’il avait été seul à défendre la cause du pagano-christianisme.

Cela ne prouve pas que Barnabas n'ait joué aucun rôle ou seulement un rôle subordonné puisque Paul n'entend pas donner un histo-

1. Sur l’importance de cette révélation voir HeInrret, 17 Cor., p. 389 s.; ZAHN, Einl., IT, p. 635; BAcHMANN, II Cor... p. 387.

rique de la conférence mais seulement justifier sa propre attitude.

Tite incarnait en sa personne le problème à résoudre. Grec, c’est-à-dire païen, il avait été conquis par l'Évangile mais était resté incirconcis. Serait-il, à Jérusalem, considéré comme

un frère ou bien voudrait-on et pourrait-on lui

imposer la circoncision ?

Paul relate en ces termes ce qu’il fit à Jérusalem : « Je leur (x=:i:) exposai l'Évangile que je prêche aux païens et en particulier aux chefs »1 (2,2). Le pronom x=:i; ne se rapporte à aucun substantif exprimé mais à l’idée d'Église impliquée dans le mot « Jérusalem ». C’est donc à la communauté dans son ensemble que Paul fit d’abord connaître son Évangile. Le résultat de cette première démarche ne dut pas être satisfaisant puisque l’apôtre passe immédiatement à l’exposé qu'il fit en particulier aux chefs

1. Paul emploie le terme de of ëoxobvr:s qui est sans doute l’abréviation de of doxodvres otdaot eivar (9). L'expression wi Boxoùvrec eivar tt du verset 6 pourrait faire penser que c'était là une désignation ironique. Pourtant Paul l’emploie comme pouvant être comprise sans explication par ses lecteurs ce qui suppose que c'était une expression consacrée. Seule l’ironie des formules employées aux versets 6 et 9 est à mettre au compte de l’apôtre. Il résulte du v. 6 que l’autorité des oxodvres tenait à un titre dont ils pouvaient se réclamer dans le passé, sans doute au fait d’avoir connu Jésus et d’avoir été appelés par lui,

SE ER ANR

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de l’Église’. Ce qui empêcha les premiers pourparlers d’aboutir ce furent certainement les obstacles qui faillirent faire échouer toute la conférence. L’apôtre déclare que Tite ne fut pas contraint de se faire circoncire. On avait donc émis la prétention d'imposer ou d'obtenir comme une concession la circoncision de Tite. Paul le dit expressement au verset 4 où il parle des faux frères qui s'étaient introduits dans l’Église pour espionner la liberté des chrétiens et pour les asservir. Paul déclare (v. 5) qu’il ne leur céda pas un instant, pour maintenir l'intégrité de l'Évangile’. En parlant de faux frères qui se

1. Loïsy, RH. LR, 1920, p. 455 ; MEYER, Urspr. u. Anf., III, p. 416. L'opposition marquée par à: empêche de voir dans le second membre de phrase une simple apposition au premier.

2. Nous suivons le texte donné par les éditeurs, c’est celui de la majorité des manuscrits, notamment de N. A. B. C., etc. Il présente une forte anacoluthe qui, cependant, ne rend pas la phrase inintelligible. On peut comprendre le passage en faisant du verset 4 une parenthèse inachevée. La première main du ms. D, les mss. d. e.,la peschitto, Irénée, Victorin, l'Ambrosiastre n’ont pas les mots ofçoùûe. Leur texte doit être compris dans ce sens qu'aucune obligation ne fut imposée à Tite mais que, dans un esprit de conciliation, pour faire une concession provisoire, Paul consentit à ce qu’il fût circoncis. C’est ce qu’admettent certains exégètes comme RENAN (St. P., p. 87 s. 316), SPrTTA (Apysch., p. 495 s.), LAKE (Earl. Ep., p. 278)) Jon. Weiss (Urchr., p. 203 s.). À l'appui de cette opinion on fait valoir que le passage du texte occidental au texte oriental qui semble mieux dans la

sont insinués dans l’Église, Paul a peut-être été un peu injuste pour ses adversaires. Il semble avoir transporté à Jérusalem la situation qui existait à Antioche et surtout en Galatie. Là, en effet, les judaïsants pouvaient être regardés comme des intrus ; ils n’en étaient pas à Jérusalem!. Nous ne savons pas dans quelle mesure les chefs de l’Église, Jacques, Céphas et Jean, approuvaient les prétentions des faux frères. Le fait que Paul les repoussa ne fit pas obstacle à la réalisation d’une entente qui ne semble pas avoir été un accord publie et officiel puisqu'elle n’empêcha pas de nouveaux incidents de surgir dans la suite. On a parfois jugé trop sévèrement l'attitude des Jérusalémites. Il leur a fallu un réel courage pour tendre

logique du développement est plus facile à concevoir que le processus inverse. Cette observation ne nous paraît pas juste. La suppression de ka négation pourrait avoir été suggérée à la fois par le désir de rendre la phrase plus coulante et par l’intention de mettre l’attitude de Paul à Jérusalem en harmo-

- nie avec celle que les Actes (16,3) lui attribuent quand ils

disent qu’il fit circoncire Timothée. L'hypothèse de la circoncision de Tite nous paraît devoir être écartée à cause de la faible attestation du texte occidental et parce que le fait aurait certainement été exploité contre Paul qui aurait dû s’en expliquer dans l’épître aux Galates autrement que par une incidente (cf. Loisy, R. H. L. R., 1920, p. 459).

1. Il serait théoriquement possible que Paul pense à des Juifs qui se seraient glissés dans l’Église pour la ruiner, mais n’aurait-il pas alors exprimé plus explicitement sa pensée?

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à Barnabas et à Paul la main d’association contre le sentiment de la majorité de l’Église.

Ce que Paul considère comme le résultat essentiel de la conférence c’est qu’il put maintenir son point de vue intégralement et sans aucune concession. Les fruits de son travail missionnaire parmi les païens étaient ainsi sauvegardés et la possibilité d'un développement ultérieur de son œuvre restait ouverte. En outre les chefs de l’Église de Jérusalem reconnurent que Paul avait été appelé par Dieu à prêcher l'Évangile aux païens et qu’il avait reçu pour cela un charisme spécial, mission et charisme considérés comme différents de nature mais non de valeur de ceux qui avaient été conférés à Pierre pour l’évangélisation des Juifs. Une requête fut seulement adressée à Paul, celle de se souvenir des pauvres. Les chrétiens de Jérusalem désiraient qu’au cours de ses voyages missionnaires, ilinvitât les chrétiens sortis du paganisme à venir en aide aux Églises de Judée. Ce ne fut pas en vain que cette prière fut adressée à l’apôtre.

Il se peut que dans cette question des aumônes les chrétiens de Jérusalem n'aient pas vu seulement un geste de solidarité et de charité, mais qu’ils aient, plus ou moins nettement, considéré les contributions des Églises helléniques

comme un équivalent de l’impôt du Temple qu’envoyaient à Jérusalem les Juifs de la Diasporat. Dans les deux chapitres de la seconde épîtreaux Corinthiens, où il traite de la question de la collecte, Paul n’indique pas qu'il interprète dans ce sens l’appel adressé à la libéralité des pagano-chrétiens, mais, dans l’épître aux Romains (15,27), il dit que puisque les païens ont eu part aux biens spirituels qui appartenaient aux chrétiens de Judée, c’est un devoir pour eux de les aider de leurs biens matériels. Cela autorise peut-être à voir dans la collecte pour les chrétiens de Jérusalem la reconnaissance d’un certain privilège, privilège de priorité au moins, quiappartenait à l’Église de Jérusalem considérée, en principe, comme la mère de toutes les autres Églises.

Il ne faut pas exagérer la portée des résultats obtenus par Paul à Jérusalem. Le droit des Églises qu'il avait fondées et de celles qu’il pourrait créer par la suite était reconnu, mais la fusion entre judéo-chrétiens et paganochrétiens n’était pas faite. La communion réalisée ne l’était que théoriquement. La solution adoptée était précaire, ce n’était qu’un compromis mais qui devait se révéler insuffisant et

1. Sur cet impôt voir Scaürer, Gesch., II, p. 258 $.; JOSTER, JD. 377 S.

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inefficace quand des judéo- et des paganochrétiens se trouveraienten présence. Comme les Juifs et par conséquent les judéo-chrétiens n'étaient pas cantonnés en Palestine mais répandus dans tout le monde grec, des conflits étaient inévitables. Rien n'avait été prévu pour régler les relations des judéo-chrétiens qui continuaient à obse;ver la Loi avec les paganochrétiens qui, ne pouvant s’y soumettre, étaient, à leurs yeux, des païens impurs avec lesquels ils ne pouvaient s'asseoir à la même table ni célébrer le repas du Seigneur.

La conférence de Jérusalem ne fit qu’ajourner la crise ouverte par l’entrée des païens dans l’Église. Nous verrons de quel poids ce problème pesa sur toute la carrière missionnaire de Paul.

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