Vox Do8scaüTz, Thess., p. 2 s
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Le but que l’apôtre propose à son activité est immense. Ce sont tous les païens qu’il doit amener à l’obéissance de la foi (Rom., 1,5). Sa tâche cependant est limitée, d’une part, par le partage d’attributions fait ou reconnu à Jérusalem entre Pierre et lui (Gal., 2,7) et, de l’autre, par le principe formulé dans Rom., 15,20 de ne prêcher l'Évangile que là où le Christ n’a pas encore été nommé.
La limitation de la mission paulinienne au monde païen n’est pas aussi précise qu’elle le semble au premier abord. Elle ne comporte que l'exclusion de la Palestine car, dans la Diaspora, la limite entre Juifs et non-Juifs n’était pas rigoureuse. Autour des synagogues gravitait tout un monde de prosélytes plus ou moins gagnés au judaïsme sans cependant y être réellement agrégés. C’est parmi eux que Paul semble avoir recruté les premiers membres des Églises qu'il fondait. L’apôtre ne s’est d’ailleurs nullement désintéressé des synagogues du monde grec, c’est sur elles que, däns la plupart des cas, il s’est appuyé pour commencer la prédication de l’Évangiler.
1. Dans les villes d’Asie, de Macédoine et de Grèce la population juive ne devait constituer qu’une faible minorité. Il est possible que ce soit pour cela que Paul ait considéré ces provinces comme faisant partie de son domaine missionnaire,
Le principe de ne travailler que sur un terrain encore vierge ne s'explique pas uniquement par le désir d’éviter des conflits. II faut le mettre en rapport avec la manière dont Paul concevait l’œuvre missionnaire en extension plutôt qu’en profondeur. Ce qu’il fallait pour lui c’était porter le nom du Christ partout. Dans Rom., 15,19, il considère son œuvre comme achevée dans le bassin oriental de la Méditerranée. À ce moment là, il a fondé un réseau assez lâche d’Églises et parcouru diverses provinces ; il ne les a pas conquises au Christ mais a seulement posé des fondements. Il a jeté une semence, c’est aux Églises qu'il appartient de la faire fructifier. L'œuvre du missionnaire est une œuvre de pionnier.
Quand Paul dit aux Corinthiens (1 Cor., 1,17) que le Christ ne l’a pas envoyé pour baptiser mais pour prêcher l'Évangile, ce n’est pas seulement au rite particulier du baptême qu’il pense, c’est à toute l’activité régulière et normale de l’Église telle qu’elle doit se développer sur la base posée par lui. C’est ainsi que s’ex-
On pourrait se demander si ce n’est pas à cause de l’importance de la colonie juive d'Égypte qu’il ne paraît pas s’être préoccupé de cette province ni des contrées limitrophes. Il se pourrait cependant que l'Évangile ait déjà pénétré en Égypte avant lui. C’est peut-être par une raison du même ordre qu’il faut expliquer que Paul n’ait pas tourné ses regards vers l’Orient.
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pliquent les fréquents changements du théâtre de l’activité de Paul. Dans la pratique il a apporté quelque tempérament à son principe.
Loin de se désintéresser des Églises une fois constituées, il en porte constamment le souci (IT Cor., 11,28); de là: cettes correspondance active qu'il entretient avec elles et dont la majeure partie sans doute a disparu, de là ces visites qu'il leur fait et qui le remènent une seconde, parfois une troisième fois, dans les régions déjà évangélisées par lui.
Paul a très nettement le sentiment de n'être envoyé que par le Christ (Gal., 1,1. Rom., 1,5. elc.) ; cependant son premier grand voyage missionnaire a été entrepris comme délégué de l'Église d’Antioche!, Les Actes (13, 1-3) ont conservé à ce sujet une notice sobre et précise qui mérite d’être prise en considération. Il y est question de prophètes et de didascales parmi lesquels sont Barnabas et Saul qui sont à l’œuvre à Antioche. L'Esprit Saint leur révèle que Barnabas et Saul doivent être mis à part pour l’œuvre à laquelle le Seigneur les appelle. Ici, comme dans les cas similaires, la révélation ne
1. Jon. Weiss, Urchr., p. 151 s.; K. BAUER, Antiochia in der aeltesten Kirchengeschichte, Tübingen, 1919 ; K. DIECKMANN, Antiochien, ein Mittelpunkt urchristlicher Missionstätigkeit, Abh. f, Missionskunde und Missionsgeschichte, 17,2. 1920.
fut sans doute que la confirmation d’un projet déjà formé. Après qu’on a jeüné et prié, Barnabas et Paul reçoivent l’imposition des mains et se mettent en route. Il s’agit donc d’une mission qui leur est confiée. Ce qui confirme cette interprétation c’est que, le voyage achevé, ils reviennent à Antioche et rendent compte de ce qu'ils ont fait à l'Église assemblée (Actes, 14, 21):
Il n’est pas dit aussi nettement que le second voyage, dans lequel Paul eut pour collaborateur Silas, ait étéentrepris dans les mêmes conditions. Sans doute, à leur départ, l’apôtre et son compagnon sont confiés par les frères à la grâce du Seigneur (15,40) et, après ce voyage encore, Paul revient à Antioche (18, 22), mais il se pourrait que l'incident qui se produisit entre Barnabas et Paul ait modifié les relations de l’apôtre avec l’Église d’Antioche et qu’à partir de ce moment l’œuvre missionnaire de l'Église de Syrie ait été confiée à Barnabas et non plus à Paul qui aurait désormais agi de sa propre initiative comme il semble le faire pendant le troisième voyage.
Même à l’époque où il n’est plus simplement le délégué d’une Église, Paul a toujours le sentiment de porter aux païens les biens spirituels qui appartiennent aux premières Églises
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(Rom., 15,27). C’est, en dernière analyse, et bien qu’elle n’en ait pas elle-même le sentiment, au nom de l’Église de Jérusalem que Paul fait son œuvre de missionnaire. La collecte en faveur des saints qui est une de ses préoccupations dominantes pendant le troisième voyage est l’expression concrète de cette solidarité entre l’Église de Jérusalem et l’œuvre missionnaire.
Paul paraît avoir considéré les Églises, aussi bien celles qui existaient avant lui que celles qu’il fondait, comme des bases d’opération.
C’est en ce sens qu’il parle aux Corinthiens d’être envoyé par eux, là où il ira (1 Cer., 16, 6. FF Cor. 1,16) et qu'il écrit aux Romaïns (15,24) qu'il sera envoyé par eux en Espagne.
La contribution des Églises à l’œuvre missionnaire a dû se traduire par des contributions financières. .À Thessalonique, Paul reçoit par deux fois des subsides de Philippes (Phil., 4,16). De Macédoine il reçoit de quoi subvenir aux frais de la mission à Corinthe (11 Cor., 11,9)7.
Ces données ne contredisent pas ce que Paul it aitleurs (T Cor, 4125 9,15. FT Cor, A7- 11. Actes, 20,34) du travail manuel par lequel
1. Comme il écrit (Phil, 4,16) que l’Église de Macédoine: est la seule qui soit «entrée en comptes avec lui », il est probable qu'il s’agit, ici aussi, de subsides fournis par les Philippiens.
il subvenaït à ses besoins. Il semble que ce ne soit qu’en Grèce, sans doute en raison de circonstances particulières, peut-être pour couper court à certaines calomnies, que Paul ait pris pour principe de renoncer à ce qui était considéré comme un droit de l’apostolat, celui d’être entretenu par les Églises (1 Cor., 9,4-14). |
Il n’est pas difficile d’apercevoir comment peuvent se concilier ces indications, en apparence contradictoires. L’apôtre, tout en travaillant de ses mains, ne parvenait sans doute pas à subvenir à tous ses besoins et à ceux de ses collaborateurs qui ne s’imposaient peut-être pas la même discipline que lui. Ses voyages, sans parler des frais qu'ils entraînaient, l’entravaient dans une activité matérielle à laquelle il ne pouvait d’ailleurs consacrer qu’une partie de son temps. On s’explique ainsi que le budget de Paul, s’il est permis de parler ainsi, se soit parfois trouvé en déficit. Ce sont ces déficits que comblaient les subsides des Églises.
Quand on envisage, dans son ensemble, l’œuvre missionnaire de Paul, on ne peut manquer d’être frappé de sa rapide progression dans la direction générale de l'Est à l'Ouest, avec ses stations principales, Antioche, Éphèse, Thessalonique, Corinthe et Rome, villes qui étaient dans l’antiquité les principaux nœuds de com-
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munications d’où il était possible de rayonner dans les diverses provinces. L’œuvre accomplie suggère l’idée d’un plan d'ensemble tracé par un homme qui, après avoir médité sur la carte du monde, a, d’un coup d’œil génial, reconnu les points stratégiques sur lesquels il fallait faire porter son effort. Sans s’arrêter au détail ni se préoccuper de l’évangélisation des campagnes et des villes d'importance secondaire, il à conquis pour l'Évangile un réseau de places fortes qui commandaient le mondet.
Diverses raisons peuvent cependant être alléguées qui paraissent indiquer que le plan réalisé par Paul n’a été conçu par lui que progressivement, par étapes et non d’un seul coup. Nous ne trouvons pas dans les. épîtres de projets dont la réalisation s’étende sur une période de temps de quelque étendue. Ceux qui sont exposés sont à brève échéance et n’embrassent, en général, guère plus qu’une année. Ce n’est qu’à la fin du dernier séjour à Corinthe que Paul conçoit un projet un peu plus vaste : retourner à Jérusalem, ensuite gagner Rome d’où il ira en
1. L'idée d’un plan d’ensemble est admise par WEIZSAEC- KER, (AD. Z., p. 193), ZAHN (R. E., XV, p. 75) et par Derss- MANN (Paulus, p. 130 s.). Sur la question des plans de voyage de Paul voir E. STANGE, Paulinische Reisepläne, Gütersloh,
Espagne ;mais touteune partie de ce programme, la visite à Jérusalem, ne fait pas partie de l’œuvre missionnaire proprement dite. Réduit à ce qui touche la propagation de l'Évangile, ce plan de voyage n’a pas de caractère plus général que ceux des périodes antérieures ; encore faut-il distinguer entre le projet de venir à Rome qui est net et précis et celui,encore vague, arrêté seulement en principe, dese rendre en Espagne.
L'idée d’un plan d'ensemble se heurte en outre à deux objections. La première est que Paul n’a évangélisé l’Asie qu'après la Macédoine et la Grèce, la seconde est que — sa correspondance avec l’Église de Corinthe le prouve, — les projets de l’apôtre étaient, dans une large mesure, soumis à des modifications suggérées par les circonstances.
La conclusion à laquelle nous venons d’aboutir est confirmée par ce que nous savons des conditions dans lesquelles Paul formait ses projets.
Paul a le sentiment d’être un instrument entre les mains de Dieu et la subordination de ses projets à la volonté divine (Rom., 1,10 ; 15, S22 Cor, 2495,:16;7. Phil. 1,24%#etc,)festhbien loin d’être chez lui une formule de stylet : c’est
1. Comme elle l’est souvent chez les écrivains du temps. Voir les textes cités par DEissMANN, N. Bibelst., p. 80 et par Dreezius, Der Brief des Jakobus, Goettingen, 1921, p. 215, n. 2.
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l'expression d’un sentiment très profond. Mais comment la volonté de Dieu se manifeste-t-elle pour l’apôtre ? Un élément extatique intervient certainement ici. Des visions et des révélations ont été interprétées par Paul comme des manifestations de la volonté de Dieu. Au cours du second voyage missionnaire, Paul, empêché de prêcher l'Évangile en Asie, veut pénétrer en Bithynie, mais l’esprit de Jésus ne le permet past. A Troas, il a un songe qui lui révèle la volonté divine. Un macédonien lui apparaît et lui dit : « Passe en Macédoine et viens nous secourir » (16, 9-10). Un peu plus tard, à Corinthe, Paul a une autre vision (18, 9-10) dont le sens et la portée sont difficiles à préciser, le récit qui nous en est donné faisant partie d’une tradition mutilée (Inir., III, p. 274). Elle semble avoir déterminé Paul à rester à Corinthe malgré un danger qu'il y avait couru, ou bien à s’y établir pour quelque temps alors qu’il n’y avait d’abord séjourné qu’en attendant de pouvoir retourner en Macédoine *.
1. Nous ne pouvons déterminer en quoi ont consistéles prohibitions de l'Esprit. Ce peuvent avoir été soit des circonstances adverses, soit le projet plus ou moins conscient d’une mission en Macédoine qui lui rendent difficile toute autre activité.
2. Le texte de D mentionne encore deux autres directions surnaturelles (19,1 et 20,3). Il semble n’y avoir dans ces passages qu’une imitation de 16,95.
Les épîtres n’apportent aucun renseignement sur des révélations surnaturelles de la volonté de Dieu mais il ressort de 11 Cor., 1,17 que l’apôtre avait le sentiment que ses projets n'étaient pas formés x4ta cépux, par conséquent qu'ils étaient conçus sous l'influence de l'Esprit. Le soin même qu'il met à expliquer que les modifications qu’il leur fait subir n’altèrent pas ce caractère, montre l’importance que cette conviction avait à ses yeux.
Pour une part, l’élément irrationnel dans la formation des projets de l’apôtre est constitué par l’interprétation des circonstances comme des manifestations de la volonté de Dieu. La limite entre les éléments rationnels et les éléments irrationnels est rendue par là un peu flottante.
Paul sait discerner les -circonstances favorables et n’hésite pas, pour en profiter, à modifier les plans qu'il a formés. Il prolonge son séjour à Éphèse parce qu'une «porte lui est ouverte » (1 Cor., 16,9). S’il ne fait pas de même à Troas, où les circonstances sont également favorables (11 Cor., 2,12), c’est qu'il est trop anxieux de la situation de l’Église de Corinthe pour pouvoir s'arrêter avant d’avoir rencontré Tite. Il sait aussi, quand il le faut, modifier ses projets en présence de circonstances défavorables. Nous en trouverons un exemple carac-
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téristique dans l’histoire de la crise corinthiennet.
D'autre part, Paul a certainement tenu grand compte, dans l’organisation de ses voyages, des conditions matérielles. Ses itinéraires paraissent souvent déterminés par le tracé des grandes routes. Dans l’évangélisation de la Macédoine, 1l suit la via Egnatia de Néapolis à Philippes, puis par Amphipolis et Apollonie, jusqu'à Thessalonique (Actes 16-070) Se quirtencne suite pour aller à Bérée (17,10) au lieu de la continuer vers l'Ouest dans la direction de Dyrrhachium c’est que son intention, au départ de Thessalonique, était d'y revenir bientôt, ce que les circonstances ne lui permirent pas.
L'’apôtre a aussi dû tenir compte des conditions de la navigation qui était interrompue de la fin de l’automne au printemps ; ainsi s'expliquent des projets comme celui de rester à Éphèse jusqu'à la Pentecôte (1 Cor., 16,8) et celui d’hiverner à Corinthe (1 Cor., 16,6).
Paul a exercé son activité surtout dans les grandes villes où un voyageur pouvait plus facilement s'établir que dans les campagnes, et trouver du travail et des moyens de subsis-
1. Nous ne parlons pas ici de l’ajournement du retour en Macédoine projeté par Paul (1 Thess., 2,18), car ce retour fut
empêché par un obstacle extérieur indépendant de la volonté de l’apôtre.
tance qu'il aurait difficilement rencontrés dans des centres moins importants.
Le choix des villes peut aussi avoir été dicté à Paul par le fait qu’il y trouvait, dans les colonies juives et dans les synagogues!, un point d'appui précieux pour son œuvre missionnaire?. La prédilection de l’apôtre pour les villes ne l’a pas empêché, à certains moments, d’évangéliser les campagnes, notamment dans la région d’Éphèse (Actes, 13,49 ; 14,7).
Les Actes attribuent à Paul une méthode missionnaire constante qu'illustrent, par exemple, les événements d’Antioche de Pisidie (13,45) et de Corinthe (18,6 s.). Profitant des occasions que les réunions de la synagogue lui offraient pour faire entendre la prédication de l’Évangile, Paul se serait d’abord et exclusivement adressé aux Juifs. Les faits racontés ne se rapportent pas à un schéma aussi rigide. À Antioche
1. Les Actes (17,1) en disant que Paul s’arrête à Thessalonique notent qu’il y avait une synagogue dans cette ville.
2. Ramsay, Paulus i. d. Apgsch, p. 60 ; K. AXENFELD, Die jüdische Propaganda als Vorlaüjerin und Wegbereiterin der urchristlichen Mission, Missionswissenschaftliche Studien, Festschrift für G. WARNECK, 1904; P. WENDLAND, Urchr. Litf., p. 255; Jon. Weiss, Urchr., p. 154 s.; Loïsy, Actes, p. 509 s. Il se peut aussi que Paul ait choisi les villes parce qu'on y parlait grec ce qui n’était pas toujours le cas dans les campagnes et parce que la culture des habitants des villes les rendait plus accessibles à la prédication chrétienne.
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et à Éphèsele résultat de cette prédicationinitiale c’est que des Juifs et des Grecs se convertissent (14,1; 18,4). Paul a donc dû parler ailleurs encore qu’à la synagogue. Il ne s’est cependant pas désintéressé du sort des Juifs. Ne dit-il pas lui-même qu'il se doit à tous et que pour gagner les Juifs, il s’est fait Juif pour eux (1 Cor., 9,20) et ne convertit-il pas, à Corinthe, Crispus le chef de la synagogue (Actes, 18,8, cf. I Cor., 1,14)? Les démêlés de Paul avec les Juifs suffiraient d’ailleurs à prouver qu'il n’a pas poursuivi son œuvre sans contact avec la synagogue.
Si les Actes ont, sans doute, systématisé à l'excès en faisant, dans chaque ville, précéder la prédication directe aux païens d’une rupture avec la synagogue, il est cependant certain que partout Paul a dû être amené, par le développement même de son œuvre, à se séparer de la synagogue. Un texte comme 7 Cor., 10,32, montre que la communauté de Corinthe a le sentiment très net de former un groupement distinct aussi bien des païens que des Juifs. La synagogue constituait d’ailleurs un cadre trop étroit pour que l’œuvre missionnaire püût faire autre chose que s’y abriter à ses débuts. Les chrétiens avaient besoin de se réunir entre eux, quand cela n'aurait été que pour célébrer le repas du Seigneur et pour accueillir les païens.
L'enseignement donné dans les maisons à côté des instructions publiques (Actes, 20,20) ne pouvait suffire. Aussi est-on en droit de considérer comme très vraisemblable le renseignement d’après lequel Paul, à Corinthe, se serait établi dans la maison du prosélyte Titus Justus qui était voisine de la synagogue (Actes, 18,8) et à Éphèse dans l’école de Tyrannus (Actes, 19,9).
Souvent la séparation d’avec la synagogue a dû être violente. Les Juifs paraissent avoir organisé contre Paul une véritable contre-mission (1 Thess., 2,16)1. Les Actes nous présentent ceux d’Antioche et d’Iconium poursuivant Paul à Derbe (14,19) et ceux de Thessalonique le faisant chasser de Bérée (17,13 s.). Nous les voyons, à peu près partout, susciter des difficultés à l’apôtre soit par leurs intrigues comme à Antioche (13,50), à Iconium (14,2), à Thessalonique (17,5), soit même, comme à Corinthe, par une plainte devant le tribunal romain (18, 12 s.). Ces divers récits ne sont pas tous également solides ; ilest impossible, cependant, de penser, certains détails mis à part, qu'ils ne cor-
1. Jusrex MartTvr (Dial. avec Tryphon, 17,108) parle aussi de délégués juifs envoyés par toute la terre pour combattre le christianisme. Cependant, dans Actes, 28, 21,les Juifs de Rome déclarent à Paul n’avoir pas reçu de lettres de Judée à son sujet.
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respondent pas, en quelque mesure, à la réalité.
Malgré toutes les difficultés que les Juifs suscitèrent à Paul dans son œuvre missionnaire, il faut reconnaître que, sans le point d'appui du judaïsme, cette œuvre n'aurait peut-être pas été possible. Le judaïsme a fourni à Paul la tribune de la synagogue et lui a assuré — malgré lui, sans doute — la possibilité légale de sa mission. Pour les autorités romaines, jusqu’au procès de Jérusalem au moins, puisque la plainte des Juifs de Corinthe ne fut pas accueillie, le christianisme n’a pas été distinct du judaïsme ; il a ainsi profité de la protection que les lois romaines accordaient au culte juif reconnu religiolicita:.
Il ne semble pas que Paul se soit préoccupé de donner une organisation aux Églises qu'il fondait. On n’y trouve aucun système ecclésiastique réglementé. Les principales fonctions y sont d'ordre charismatique. (1 Cor., 12,4 s.), même celles qui se rapportent aux charges administratives (1 Cor.; 12,28. Rom., 12,8)2. , 1. Sur le privilège légal du judaïsme dans l'empire romain, voir Scnürer, Gesch., 111, p. 65 s.; JusTER, L, p. 215 s., 243 5, 3381S,,1etc,
2. Aussi ne faut-il accueillir qu'avec réserve l'indication d’Actes, 14,23, d’après laquelle, au retour du premier voyage, Barnabas et Paul se seraient préoccupés d’établir dans chacune des Eglises qu’ils avaient fondées des Anciens auxquels
ils imposaient les mains. Le rédacteur des Actes projette ici dans le passé la situation qui existait de son temps.
à UT, MER ENT A PA LES
* Dans son œuvre Paul a eu des collaborateurst1. Les Actes et les épîtres nous en font connaître un certain nombre. Leur rôle paraît avoir sensiblement varié et leurs relations avec Paul avoir été assez diverses. Les uns étaient ses véritables associés comme Barnabas? et Silas®, d’autres des
1. Pôzz, Die Mitarbeiter des Weltapostels Paulus, Regensburg, 1911; Repzicu, St Paul and his AT de London, 1913 ; HARNAGK, Mission, I, p. 785.
2. Barnabas, cousin de Jean-Marc (Col.,4,10),est nommé par les Actes (4,36 s.; 9,27; 11,22) comme membre de la primitive Église, il était lévite et cypriote. Le nom qu'il porte ne signifie pas, comme le disent les Actes, «fils de la consolation » ou «de la prédication ». C’est un nom théophore « fils de Nébo » (DEISSMANN, Bibelst., p. 175 s. N. Bibelst., p. 16; Barnabas., Z. N. T.'W. VII, 1906, p. 91 s.). Barnabas aurait été délégué par l’Église de Jérusalem à Antioche (11,39) où il aurait attiré Paul (11,22 s. ; 13,1, 2). Mais le fait que Barnabas accompagne Paul à Jérusalem comme délégué et représentant de l’Église d’Antioche (Actes, 11,30 ; 12,25 ; 15,25. Gal., 2,1. 9) autorise à le considérer plutôt comme un des missionnaires qui fondèrent l’Église d’Antioche. Il accompagna Paul dans son premier voyage mais se sépara de lui au commencement du second, sans doute, non comme le disent les Actes, à cause d’un différend au sujet de Jean- Marc (15, 36-41) mais par suite de l'incident d’Antioche auquel il fut mêlé (Gal. 2,13). Cette rupture n'empêche pas Paul de parler de Barnabas dans 1 Cor., 9,6, comme d’un apôtre qui travaille dans le même esprit et suivant les mêmes principes que lui. :
3. À. STEGMANN, Silvanus als Missionar und Hagiograph, Rottenburg, 1917. Silas ou Silvanus accompagna Paul dans le deuxième voyage missionnaire (Actes, 15,40 s.); il prêcha l'Évangile à Thessalonique et à Corinthe (1 Thess. 1,1. IT
missionnaires indépendants comme Tite: qui, dans des circonstances spéciales, acceptaient de l’apôtre une mission particulière. D’autres avaient un rôle nettement subordonné comme Timo-
Thess., 1,1. II Cor., 1,19). D’après Actes, 15,22 s., il serait venu à Antioche commedélégué de l’Église de Jérusalem, mais cette indication ne paraît pas pouvoir être retenue (cf. Zntr., III, p. 253). Il est nommé comme auteur ou rédacteur de la première épître de Pierre (5,12). Quelques critiques (ZIMMER, Die Identität von Titus, Silas und Silvanus, Z. f. kirchl. Wiss. u. k. Leb., 1881, p. 169-174; Woher kommt der Name Silas ? Jahrb. f. pr. Th., 1881, p. 721-723; WeIzSAECKER, Ap. Z., p. 247) ont cru qu'il fallait distinguer entre le jérusalémite Silas et le paulinien Silvanus qui aurait appartenu à l’Église d’Antioche. Cette théorie se heurte au fait que les Actes nomment Silas le compagnon de Paul et que la première épître de Pierre donne Silvanus pour le nom du collaborateur de Pierre. Cf. JüzrcHer, Zur Lebensgeschichte des Titus Silvanus, Jahrb. f. pr. Th, 1882, p. 538-552. VAN VLOTEN (Z. j. wiss. Th., 1867, p. 223 ; 1871, 43) a proposé l’identification de Silas à Luc. Toutes ces hypothèses sont arbitraires. cf. P.-W. ScxmiepEL, art. Silas, Silvanus, E. B., I V,c.4514s.
1. Tite qui était païen d’origine ( Gal., 2, 1-3) ne semble avoir été qu'un collaborateur occasionnel de Paul. I1 remplit à Corinthe une mission très délicate sur laquelle nous reviendrons. Il faut remarquer que, tandis que Paul envoie Timothée (I Cor., 4,17), ou le frère (II Cor., 12, 18), il prie Tite d'aller (II Cor., 8,6 ; 12,18), ce qui prouve qu’il ne le considère pas comme un de ses subordonnés. Ultérieurement Tite paraît avoir été en Dalmatie (11 Tim., 4,10). L’identification de Tite avec Silas proposée par Zimmer (Die Identität von Titus Silas und Silvanus, Z. f. kirchl. Wiss. u. kirchl. Leben, 1881, p. 169-174) a été avec raison repoussée par JÜLIGHER
(Zur Lebensgeschichte des Titus Silvanus, Jahrb. f. prot. Theol., 1882, p. 538-552).
thée, l’homme de confiance de Paul’. D’autres encore comme Adquilas et sa femme Priscille?
n'étaient pas des missionnaires mais des amis de l’apôtre qui l’aidaient dans son œuvre de tout leur pouvoir. Parmi ces hommes les uns, comme Timothée, semblent avoir accompagné Paul pendant presque toute sa carrière, d’autres, tels Barnabas, Silas et Jean Marc ne lui furent que momentanément associés. Quelques-uns (Silas, Jean-Marc) semblent avoir été tantôt les collaborateurs de Paul, tantôt ceux de Pierre: