‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 57 sur 92 · Sur Jean-Marc, voir Intr., 1, p · texte numérisé non relu

Sur Jean-Marc, voir Intr., 1, p

4, F. TraAurzscx, Die mündliche Verkündigung des Apostels Paulus nach seinen Briefen, Frankenberg, 1903 ; FREYTAG, Die Missionsmethode des Weltapostels Paulus auÿ seinen Reisen, Z.f. Missionswissenschaft, 1912, p. 114-128 ; OgpkEe, Missionspredigt des Apostels Paulus, 1920 ; K. Prerer, Die Missionspredigt des hl. Paulus, Paderborn, 1921.

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cieuses parce qu’on peut, en un certain sens, les considérer comme le prolongement de l’enseignement oral de l’apôtre et aussi parce que Paul est amené parfois à y traiter des questions qui faisaient l’objet habituel de sa prédication et qu’il a dû les traiter suivant le même schéma et, en partie aussi, dans les mêmes termes.

Il y a cependant des éléments comme la polémique contre le polythéisme qui occupaient une grande place dans la prédication orale de Paul et qui ne reviennent pas dans les lettres. On n’y trouve pas non plus d’équivalent de la narration de la passion à laquelle Gal, 3,1, fait allusion.

La prédication de Paul était peu brillante.

Ce qu'il y avait d’humble dans son attitude et de faible dans sa parole contrastait avec l’énergie de ses lettres (11 Cor., 10,10). Elle ne brillait ni par l’éloquence ni par l’habileté de la dialectique. Paul déclare expressément qu’il renonce à ces moyens d'entraîner les convictions (1 Cor., 1,22-2,5) il faut ajouter à cela l’inévitable répercussion de l’état physique de Paul sur son attitude et sur les caractères extérieurs de sa prédication (Gal., 4,13. I Cor., 2,3).

Cette prédication sans art et sans prestige extérieur était cependant d’une incontestable puissance. Paul expliquait son efficacité par

l’action de l'Esprit de Dieu (1 Thess., 1,5.

I Cor., 2.4). Les termes qu’il emploie à ce sujet ne sont pas, pour lui, des images ; il faut les prendre au pied de la lettre. L’apôtre est convaincu que c’est la puissance de Dieu qui est à l’œuvre dans la mission. C’est elle qui produit les phénomènes pneumatiques divers, prodiges, miracles, glossolalie qui constituent les signes de l’apostolat (1 Cor., 9,2).

La prédication de Paul répondait admirablement aux aspirations du temps. La religion des mystères exprime, avant tout, un besoin de salut. L’individu voué à la mort, en proie à l’action de puissances mauvaises, faisant partie d'un monde qui va à l’anéantissement, soupire après une transformation de sa nature qui la rendra immortelle et incorruptible. Ce qu'il faut à l’homme c’est un Sauveur!:. La doctrine quile lui prêchera sera une bonne nouvelle, «un Évangile ». À ces aspirations, la prédication paulinienne répond mieux que ne pouvaient le faire les mystères puisqu'elle ne met pas la garantie de la transformation rédemptrice de la nature humaine dans certains rites mais dans une expérience d'ordre moral qui a, pour celui qui l’a faite, une valeur incontestable. |

1. Le terme n’est pas chrétien seulement mais hellénistique Cf. WenxDpLaND, SOTHP,2Z.N.T.W., V,1904, p. 335-353.

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Le terme de doctrine de la rédemption par lequel on peut résumer l'Évangile paulinien doit être pris dans un sens très large. Il ne s’agit pas seulement d’une expérience morale mais d’une victoire remportée par le Christ sur toutes les puissances démoniaquest.

La prédication de la résurrection, c’est-à-dire du triomphe que les croyants remporteront par le Christ sur la mort, occupait dans l’enseignement de Paul une telle place que l’apôtre faisait l’impression de prêcher des Dieux étrangers Jésus et Anastasis (Actes, 17,18). Si contestable que soit l’épisode d'Athènes où se trouve ce détail, l'indication donnée conserve sa valeur. Le développement de I Thess., 4, 13-18 prouve que les chrétiens de Thessalonique avaient conçu la rédemption comme une transformation de la nature humaine que le Christ réaliserait à son retour et ils se la représentaient d’une manière si matérielle que, d’après eux, Ceux qui ne seraient plus en vie au moment du retour du Christ perdraient le bénéfice de son œuvre. Comment une telle conception auraitelle pu se former si Paul n’avait pas fait, dans sa

1. Cette idée de victoire remportée sur les démons est symbolisée, dans les Actes, par la victoire de Paul sur le magicien Elymas,Bar-Jésus (13,6 s.) et aussi par l’épisode d’Éphèse (19,19) où des magiciens, sous l'influence de la prédication paulinienne, renoncent à la pratique de leur art.

prédication, une place centrale à l’idée de la transformation de la vie humaine en vie immortelle et incorruptible ?1

C’est parce qu’il répondait directement aux besoins les plus profonds des hommes du temps que le paulinisme a été accueilli avec enthousiasme par des hommes sans culture. Deissmann (Paulus, p. 93 s.) a raison de soutenir que ce n’est pas un système théologique abstrait qui pouvait obtenir un tel succès. Il va cependant trop loin et nous paraît méconnaître le véritable caractère du paulinisme en voulant n’y voir qu’une expérience religieuse à l’exclusion d’une théologie.

Les auteurs qui ont essayé de se faire des idées pauliniennes une conception d'ensemble ont varié dans le choix de la notion qu'ils mettent à la base de la pensée paulinienne?.

Pour se placer d'emblée au centre des préoccu-

1. C’est peut-être aussi par l’idée de la rédemption conçue dans le sens d’un réalisme physique qu’il faut expliquer la thèse des libertins corinthiens et la négation de la résurrection.

2. Nous ne donnons ici qu'une esquisse très générale de la pensée de Paul, dans la mesure où il est nécessaire de la connaître pour comprendre son œuvre. C’est pour cela que nous n’entrons dans la discussion d’aucun problème et que même nous renonçons à citer les textes qui nous paraissent justifier notre interprétation de paulinisme. Pour la même raison, nous ne donnons pas ici de bibliographie. On trouvera les renseignements nécessaires dans SCHWEITZER, Gesch. d. paul. Forsch.

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pations de l’apôtre les uns prennent pour point de départ de leur exposé le fait du péché (H.-J. Holtzmann, Pfleiderer), d’autres celui de la rédemption (Ménégoz, Wrede, Weinel). Il est vrai que ces notions, ou plutôt ces expériences, ont, dans la pensée de Paul, une place centrale. Tous les éléments de son-système sont en relation organique avec elles. Il est donc légitime de les prendre pour point de départ pour exposer la genèse et le développement psychologique du christianisme de Paul. Sa pensée cependant implique des éléments psychologiquement, logiquement et chronologiquement antérieurs à l’expérience fondamentale et spécifiquement chrétienne du péché et de la rédemption et qui ne peuvent lui être rattachés par un lien naturel.

On ne peut saisir la pensée paulinienne dans son unité organique qu’en partant d’une idée à laquelle toutes les autres puissent être subordonnées et qui ne puisse elle-même être subordonnée à aucune autre. Cette idée doit, de plus, expliquer l’unité fondamentale de la pensée paulinienne dans les deux périodes de son développement. Une seule notion répond à ces conditions, c’est celle de Dieu.

Au-dessous du Dieu unique et Père de tous, il y a une multitude d'êtres célestes, qui, parfois,

reçoivent le nom de « dieux ». Leur existence n’a rien de contraire à la volonté et au plan du Dieu Père auquel ils doivent être subordonnés. Mais le désordre s’est introduit dans leurs rangs. L’un d’eux, Satan, s’est révolté parce qu'il n’acceptait pas la position subordonnée qui lui était assignée. Lui et ceux qui l’ont suivi sont devenus les ennemis de Dieu et ont prétendu à l’adoration des hommes. Ce sont les démons auxquels les païens rendent un culte. Le désordre a ainsi été introduit dans le monde des esprits où désormais il y a lutte entre Dieu et les démons. Cette lutte est le grand drame de l’histoire religieuse. À cause du culte que Satan et ses anges ont obtenu des hommes le drame céleste intéresse directement les hommes et le monde terrestre. L’idolâtrie, conséquence directe de la révolte de Satan, est le premier de tous les péchés et la source de tous les autres. Car Dieu a abandonné les hommes idolâtres à leurs passions jusque-là tenues en équilibre. À cause du péché, les hommes sont devenus l’objet de la colère de Dieu et ont été abandonnés à la puissance des démons.

L'œuvre de la rédemption qui doit arracher les hommes à ces conséquences funestes de la révolte de Satan apparaît comme un épisode d’un drame plus vaste.

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C'est par le Christ, que son obéissance a rendu capable d'accomplir cette œuvre, que Dieu combat Satan et ses anges. L'œuvre du Christ a une portée à la fois cosmique et humaine. A ce dernier point de vue qui est naturellement celui qui domine dans les épîtres, c'est une œuvre de rédemption.

Jésus est un être céleste l’Affsures érsvoaiss qui, par obéissance, est entré dans l’économie humaine. Sans être lui-même pécheur, il se place sous la domination des puissances mauvaises et se solidarise avec l’humanité. En sa chair le péché est condamné. Il meurt maudit de Dieu.

Sa mort est la conséquence de l'hostilité des puissances de ce monde contre le glorieux Seigneur mais elle réalise le plan rédempteur. Suivant le principe de la justice de Dieu, la mort est le salaire du péché. Par sa mort le Christ a payé la dette qu'il avait contractée en se rendant solidaire de l’humanité ; désormais, sans que cette solidarité soit brisée, il est libre à l’égard du péché. Dieu ne le laisse pas dans le néant de la mort mais le ressuscite. Il ne lui rend pas seulement dans la hiérarchie céleste la place qu’il avait avant son incarnation, il lui attribue le rang suprême et le nom de Seigneur. Devant lui, tous les êtres, à quelque partie du monde qu'ils. appartiennent, doivent fléchir le genou.

La rédemption opérée par le Christ devient une réalité pour chaque croyant par le lien mystique qui s'établit entre lui et le Christ et en vertu duquel ce qui est vrai du Christ l’est ausi de celui qui est uni à lui. Il est mort au péché, il a payé sa dette et n’a plus de châtiment à redouter. Il est entré dans une économie nouvelle, celle de l'Esprit. Les démons ne peuvent plus avoir d’action sur lui. Cette union du fidèle avec le Sauveur est réalisée, d’une part,par la foi et, de l’autre, par les sacrements (baptême et communion).

Mais l’œuvre du Christ, si elle se bornait à cela, resterait incomplète et inefficace. Les hommes ne seraient sauvés qu’en principe et non en fait, idéalement et non réellement. Le croyant continue à vivre dans un monde où s'exerce la puissance des démons et où règnent la mort et le péché. Il faut que la rédemption du monde soit opérée. La création tout entière doit échapper à la domination des démons. Cette défaite définitive des ennemis de Dieu sera l’œuvre du Christ à son retour. Paul a le sentiment de vivre dans une période de transition, entre l’accomplissement de l’œuvre humaine du Christ et l'achèvement de son œuvre cosmique.

La situation de l'humanité dans cette période a quelque chose de provisoire et même de con-

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tradictoire puisque l’homme spirituel vit dans un corps de chair et dans un monde charnel, qu'il est mort au monde et que pourtant il y Vite

Lorsque le Christ reviendra, les élus ressusciteront incorruptibles, ceux qui vivront encore seront transformés et les croyants ne seront plus jamais séparés du Seigneur. Quant aux autres hommes, le retour du Seigneur sera leur perte. Le Christ les jugera après la résurrection générale, il anéantira les réprouvés, il vainera et détruira toutes les puissances hostiles à Dieu et en dernier lieu Thanatos qu’il faut se représenter non comme une puissance abstraite mais comme une divinité personnelle avec laquelle le Christ entre en lutte pour lui arracher la domination des âmes’. Lorsque la victoire définitive aura été ainsi remportée, le Christ remettra le pouvoir à son Père et se subordonnera à lui. Ainsi Dieu sera tout en.tous®.

1. Ainsi s'expliquent les hésitations de la pensée de Paul sur le sort des morts avant la parousie. Tantôt l’apôtre se représente qu'ils sont dans un état de sommeil et d’anéantissement provisoire dont ils sortiront au retour du Christ, tantôt il paraît avoir le sentiment que la communion des croyants avec le Christ ne peut être interrompue même provisoirement par ia mort.

2. L’épître aux Hébreux (2,14) identifie Thanatos au diable. Il est possible que Paul ait eu la même idée.

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