‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 61 sur 92 · II. — L’INCIDENT D’'ANTIOCHE · texte numérisé non relu

II. — L’INCIDENT D’'ANTIOCHE

C'est sans doute au moment du retour de Paul et de Barnabas à Antioche* que se place

question de savoir si c’est aux Églises fondées pendant ce premier voyage qu'est adressée l’épître aux Galates.

1. Sur cette opinion et sur les arguments qu’on peut lui opposer voir Introd., 111, p. 239 n. 1.

2. KiôPpPer, Zur Erlaüterung von Gal., 2,14-21, Z. f. wiss. Th., 1894, p. 373-395 ; H. Groscu, Der im Galalerbrief berichtete Vorgang in Antiochia, Berlin, 1911; MAURICE GORUEL, Le récit d Actes, XV, l'histoire de Corneille et l'incident d Antioche, R.H.P.R., 1923, p. 138-144.

3. La date ne peut être exactement fixée puisque nous ne possédons aucune donnée chronologique précise entre le début du premier voyage missionnaire (printemps 44) et l’arrivée de Paul à Corinthe (printemps 50) et qu’il n’est possible d’évaluer ni la durée du premier voyage ni celle de la première dartie du second.

268 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES

l'incident rapporté par Paul dans Gal., 2,11-14 et qui détermina,sinon une rupture, du moins une séparation entre Paul et Barnabas. On en trouve dans Actes, 15, 37-40 un écho très atténué’. Pierre, venu à Antioche?, avait accepté

1. WErzsAECKER (Ap. Z., p. 191), Lrpsrus (Gal., p. 29)'et SIEFFERT (Gal., p. 126) placent l’incident d’Antioche immédiatement après la conférence de Jérusalem, ce quis’impose en effetsil’on admet que la conférence est postérieure au premier voyage. ZAHN (Gal., p. 111; cf. Ramsaw, P. i. d. Apgsch., p. 132) pense que Paul n’a pas suivi, dans le récit de l’épître aux Galates, l’ordre chronologique et que l'incident se produisit en réalité avant la conférence de Jérusalem parce que plus tard, la venue de Pierre à Antioche aurait violé le partage d’attributions fait entre Paul et Pierre et parce que le règlement arrêté à Jérusalem aurait rendu le conflit impossible. Mais, comme Paul n'indique par rien dans l’épître aux Galates qu’il revienne en arrière, il est naturel de penser qu'il suit l’ordre des faits. La présence de Juifs à Antioche justifiait la venue de Pierre, même après la conférence. Nous savons d’ailleurs que Pierre a aussi exercé son ministère hors de la Palestine. Nous avons vu, de plus (p. 230 s.), qu’à Jérusalem, on a bien reconnu la légitimité de l'Évangile et de l’apostolat pauliniens mais que la fusion entre pagano-chrétiens et judéochrétiens n’a pas été réalisée et que même les relations entre eux n’ont pas été réglées. Elle ne l’ont été que plus tard par le décret de Jérusalem pour les chrétiens de Syrie et de Cilicie. Il faut ajouter que, si on plaçait l’incident d’Antioche avant la conférence de Jérusalem, on rendrait difficilement explicable la collaboration entre Paul et Barnabas au cours du premier voyage et à la conférence elle-même.

2. Jon. Weiss (Urchr., p. 205) pense que ce fut peut-être pour y faire une visite d'inspection au nom de l’Église de Jérusalem.

d'entrer en relations avec les chrétiens sortis du paganisme et de manger avec eux, c’est-àdire vraisemblablement de célébrer en leur compagnie le « repas du Seigneur », puis, à l’arrivée de partisans de Jacques!, il modifia son attitude et se tint à l'écart, entraînant par son exemple Barnabas et peut-être d’autres membres de l’Église comme Jean-Marc. Ce fut l’occasion d’une vive altercation, Paul ne s’étant pas fait faute de reprocher à Pierre ce qu’il appelait son hypocrisie, parce qu'il tenait moins compte des considérations qui dictaient sa conduite’ que des conséquences qu’elle pourrait avoir pour les Églises pagano-chrétiennes®. L’épitre aux Galates ne dit rien de

1. Certains exégètes (LIETZMANN, Gal., p. 14) pensent qu’il s’agit de partisans de Jacques qui peuvent avoir passé fortuitement par Antioche, d’autres (RENAN, St P., p. 291; SIEFFERT, Gal., p. 127 s. et surtout Lrpsius, Gal, p. 29) pensent à des émissaires envoyés par Jacques pour observer ce qui se passait à Antioche et pour agir sur Pierre. S'il en avait été ainsi, il serait surprenant que Paul ne l’ait pas dit,

2. L’attitude de Pierre pourrait avoir été dictée non par la crainte des partisans de Jacques mais par le désir de ne pas les scandaliser, elle aurait alors été inspirée par un principe de charité comme celui que Paul formule dans Rom., 14,21 et dans I Cor., 8,13.

3. Meyer qui pense que Paul avait accepté le décret de Jérusalem (Urspr. u. Anf., III, p. 189) reconnaît que l’attitude de Pierre et de Barnabas ne fut pas conforme à ce qu’elle aurait dû être d’après les conventions intervenues (111, p. 424). Mais si les adversaires de Pierre s’étaient mis en con-

l'issue du conflit; il n’est pas nécessaire de supposer, comme le fait Loisy (Actes, p. 609), que Paul ait voulu la taire parce qu’elle ne lui avait pas été entièrement favorable, son attitude n'ayant pas été approuvée par l’Église d’Antioche. Le récit tourne court parce que en repro- duisant son apostrophe à Pierre, Paul glisse insensiblement à une tractation directe du problèmetet perd ainsi de vue son point de départ. Le livre des Actes supplée, en quelque mesure, au silence de l’épître quand il parle de la divergence de vues qui se produisit entre Barnabas et Paul au sujet de Jean-Marc que le premier voulait et que le second ne voulait pas prendre comme collaborateur, ce qui provoqua la séparation des anciens compagnons. La gravité de cette conséquence, comme aussi le terme de magoëvsusc (Actes, 15,39), autorisent à se demander si l’incident relatif à Jean-Marc, tel qu'il est raconté dans les Actes, ne couvre pas autre chose, soit qu'il ait été, comme on l’a supposé. (Loïsy, Actes, p. 604 s.), intentionnellement substitué au motif réel de la dispute, soit que l’attitude prise par Jean-Marc au cours de la visite de Pierre et peut-être déjà auparavant

tradiction avec un règlement accepté par eux, Paul n’auraitil pas signalé ce fait ?

1. Il est en effet impossible de reconnaître où s’arrête l’interpellation à Pierre.

quand il avait quitté Barnabas et Paul ait déterminé l’apôtre à refuser, provisoirement au moins, sa collaboration.

L'incident d’Antioche n’a été sans conséquences, ni pour la question des relations entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens, ni pour le développement des idées de Paul. Ce fut peutêtre pour prévenir le retour d'incidents semblables que l'Église de Jérusalem arrêta, à l’usage des chrétiens de Syrie et de Cilicie, les règles qui sont formulées dans Actes, 15,23-261.

D'autre part, la rupture avec Barnabas et peut-être, dans une certaine mesure, aussi avec l’Église d’Antioche, dont il avait été jusque-là le délégué (Joux. Werss., Urchr., p. 207), accentua l’isolement de Paul et fit de lui, avec plus d’intransigeance encore que par le passé, le champion du pagano-christianisme ; elle le détermina peut-être à développer plus systématiquement sa théorie de l’abrogation de la Loi. Par Îà, Paul fit figure d’adversaire du judaïsme et presque de renégat, ce qui lui valut l’hostilité des Juifs et des judaïsants. C’est après l’incident d’Antioche que commence le grand conflit de Paul avec les judéo-chrétiens?.

1. Paul n’en eut pas connaissance avant sa dernière venue à Jérusalem (Actes, 21,25).

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