‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 73 sur 92 · VII. — LE PROBLÈME DE LA SECONDE ÉPÎTRE ET LES SOLUTIONS PROPOSÉES · texte numérisé non relu

VII. — LE PROBLÈME DE LA SECONDE ÉPÎTRE ET LES SOLUTIONS PROPOSÉES

L'analyse que nous avons faite des données du problème soulevé par la seconde épître aux Thessaloniciens et par ses rapports avec la première semble conduire à une antinomie.

L’étroite parenté des deux lettres oblige à rapprocher les moments de leur composition jusqu’à les confondre en un seul. L’absence de lien organique entre les situations qu’elles supposent et surtout la différence des enseignements eschatologiques qu’elles contiennent obligent à les séparer par un intervalle assez important.

Avant d'indiquer une solution qui résoudrait peut-être cette difficulté nous devons passer rapidement en revue les diverses théories actuellement défendues sur l’origine et la composition de la seconde épître aux Thessaloniciens.

La thèse de l’authenticité n’est pas seulement défendue par les exégètes catholiques et conservateurs comme Jacquier, Prat, Zahn, Wohlenberg dont la position est prise d'avance! mais

1. Témoin cette déclaration caractéristique de WoxLEN- BERG : Die kirchliche Ueberlieferung hat sich allen Angriffen .3egenüber um so siegreicher behauptet (p. 13).

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aussi par des indépendants comme Jülicher, von Dobschütz, Clemen, Moffatt:. Les raisons invoquées par eux sont surtout d’ordre négatif. On peut les ramener à deux arguments principaux. Le premier, développé par Jülicher (p. 55), est que l'ignorance où nous sommes de la situation exacte de l’Église de Thessalonique au moment de la composition des lettres, permet de supposer que ce qui nous paraît obscur et incompréhensible pourrait s'expliquer par des faits et des circonstances que nous ignorons. Cet argument ne peut être tenu pour décisif ; l’admettre ce serait, en somme, renoncer à comprendre et à expliquer l’épître.

La seconde raison invoquée a plus de poids, elle s’appuie sur le fait que, jusqu’à présent au moins, on n’est pas parvenu, nous le verrons un peu plus loin, en partant de l’hypothèse de l’inauthenticité, à donner une explication satisfaisante de l’épître?.

1. Parmi ces partisans de l’authenticité, il en est qui ne se prononcent pas sans hésiter, tel JüLicHEer (p. 55) qui déclare ungemein belastend les objections faites à l’authenticité.

2. Cet argument a été formulé principalement par von DogscnüTz, p. 35. ZAHN (Eïinl., I, p. 174) ajoute que l’on ne pourrait comprendre comment, si l’Église de Thessalonique n'avait reçu qu'une lettre de Paul, elle aurait pu être amenée à en admettre une seconde. Mais c’est supposer, ce qui n’est prouvé par rien, que l’épître inauthentique aurait été fabriquée à Thessalonique alors que ce pourrait être seulement à cause de

La thèse de l’inauthenticité présentée pour la première fois au xvrre siècle par Schmidt, puis reprise par l’école de Tübingue (voir p. 27 s.) a été, dans ces dernières années, défendue par H.-J. Holtzmann, Pfleiderer, Schmiedel, Von Soden, Wrede, etc.

Cinq arguments principaux sont invoqués à l’appui de cette opinion

19 L'absence, apparente au moins, de situation historique concrète ;

29 La relation littéraire avec la première épitre ;

39 L’enseignement eschatologique différent de celui de la première épître ;

49 Le passage 2,2 où l’on a vu un essai de ruiner l’autorité de la première épître ;

5° Le passage 5,17 qui contient une affirmation de l’authenticité si énergique que certains critiques y ont vu, sinon une preuve, du moins un indice d’inauthenticité.

Aucun de ces arguments n'est décisif, mais il faut reconnaître que l'impossibilité où l’on est de donner, dans l'hypothèse de l’authenticité, une explication satisfaisante de l’épître renforce singulièrement leur portée.

l’emploi que son auteur a fait de la première épiître aux Thessaloniciens qu’elle aurait été présentée comme une lettre aux Thessaioniciens.

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Cependant, pour que la thèse de l’inauthenticité puisse être considérée comme établie, il ne suffit pas que l’on ait souligné, voire même démontré, les difficultés que soulève la thèse opposée, il faudrait encore que l’on ait expliqué l’origine de l’épître supposée pseudépigraphe, or, cette explication fait défaut (SpiTrA, Z. Gesch., I, p.112). Il est ‘aisé, sans doute, d'imaginer que l’auteur de la seconde épître pourrait avoir eu l'intention de corriger l’eschatologie exposée dans la première, à un moment où la question qui se posait n’était plus celle du sort de quelques individus exceptionnellement morts avant la parousie et où le problème ne pouvait plus être traité au point de vue de la survie de l’apôtre. Mais, ceci admis, à quelle époque l’épître a-t-elle été composée ? Comme le remarque Hadorn (p. 9), on à parcouru à peu près tout l’âge postapostolique à la recherche d’une petite place où mettre la seconde épître si elle est inauthentique. Baur (P., II, p. 358) et Schmiedel (p. 43) pensent aux environs de lan 70, von Soden (Urchr. Litgesch., p. 167 s.) et Wrede (p. 95 s.) à la fin du premier siècle, Hilgenfeld (Einl., p. 642 s.), Pfleiderer (Urchr. 1, p. 98) et Hollmann (Z. N. T: W., V, 1904, p. 35-38) au commencement du second. L'accord est donc loin d’être fait entre les partisans de

l’inauthenticité et l’on ne voit guère comment il pourrait être réalisé. Les seuls indices sur lesquels on puisse s'appuyer pour dater l’épître sont ceux qui sont fournis par le développement eschatologique, ils sont beaucoup trop sommaires pour qu’on puisse les interpréter d’une manière précise et notamment décider si ce sont des allusions à quelque événement historique ou des emprunts à la tradition apocalyptique.

Pour essayer d'échapper aux difficultés que soulèvent à la fois la thèse de l’authenticité et celle de l’inauthenticité plusieurs critiques ont cherché une voie moyenne. C’est ainsi que P. Schmidt (cité par von DogscHürz, p. 35) a proposé de considérer les morceaux 1, 5-12 : 2, 3-12 comme interpolés et 2, 2b. 3, 17, comme remaniés. Cette hypothèse ferait disparaître les principales difficultés que l’on oppose à l’authenticité mais elle ne laisserait subsister qu'un document trop insignifiant pour avoir jamais pu constituer une épître indépendante. Le problème soulevé par le rapportlittéraire des deux lettres entre elles serait plus insoluble encore que dans l'hypothèse de l'intégrité.

De plus, il n’y a aucune trace de suture ni au commencement ni à la fin des morceaux considérés comme interpolés.

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Spitta (Z. Gesch., I, p. 120 s.) a proposé de voir dans la seconde épître une lettre que Paul, après avoir dicté la première, aurait chargé Timothée d'écrire en son nom. Timothée se serait attaché à suivre fidèlement le modèle qu'ilavait sous les yeux, mais en y introduisant ses vues eschatologiques personnelles. Si, dans une épître qui nomme comme auteurs, Paul, Silas et Timothée,la part de Silas et de Timothée peut être minime, il est difficile de penser qu’il puisse en être de même de celle de Paul, étant donné surtout que, dans la conclusion, l’apôtre se donne lui-même et lui seul comme l’auteur responsable de l’épître. Il faut ajouter que l'hypothèse de Spitta laisse subsister tout entier le problème du but de la rédaction de la seconde épître.

En présence de l'impossibilité où la critique se trouve de résoudre d’une manière satisfaisante le problème de la seconde épître aux Thessaloniciens formulé dans les termes « authentique ou inauthentique », on devait naturellement être amené à se demander si ce ne seraient pas les termes mêmes du problème qui devraient être modifiés. C’est ce qu'a tenté de faire Harnack. Il suppose qu'il y avait à Thessalonique deux groupes en quelque sorte concentriques, l’un judéo-chrétien peu nombreux repré-

sentait le premier noyau de convertis, l’autre pagano-chrétien formait la grande masse de l’Église. Bien que les deux groupes n'aient pas été opposés l’un à l’autre, chacun gardait sa physionomie propre et les relations que l’apôtre avait avec les judéo-chrétiens n'étaient pas aussi cordiales que celles qu’il avait avec les pagano-chrétiens. La première épître aurait été adressée à l’ensemble de l'Église, la seconde envoyée, en même temps, aux judéo-chrétiens qui risquaient d’être troublés et agités par l’enseignement eschatologique dont les paganochrétiens avaient besoin. Le fait que les judéochrétiens auraient formé comme une petite Église au sein de la communauté expliquerait que Paul demande que sa lettre soit lue à tous les frères (7, 5, 27).

Les passages par lesquels Harnack lui-même et, après lui, Lake (Earl Ep., p. 89) ont cru trouver la preuve de ces divisions n’ont pas, nous l’avons vu (p. 291), la portée qu’on leur prête. Paul y présente une unité toujours plus parfaite comme un idéal mais rien, dans les expressions qu'il emploie, n'indique que, pour atteindre cet idéal, les Thessaloniciens aient à changer de voie. Nous savons, d’autre part, que, là où il avait affaire à des divisions véritables, Paul parlait sur un tout autre ton. Il

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suffit de rappeler le début de la première épître aux Corinthiens. C’est que, pour Paul, l'unité n’est pas une qualité dont l’Église pourrait, à la rigueur, se passer, elle est quelque chose d’essentiel, l'unité même du corps du Christ. La division de l’Église, c’est la négation même du christianisme ; pour Paul elle est intolérable.

On n'arrive, d’ailleurs, pas à se représenter comment deux groupes non pas hostiles, mais seulement distincts l’un de l’autre auraient pu coexister dans l’Église de Thessalonique et entretenir les relations que suppose la vie commune sans aboutir ou bien à la fusion ou bien à l’hostilité ouverte.

Mais ce n’est pas là la seule difficulté que soulève l'hypothèse de Harnack. On en doit mentionner au moins deux autres qui sont essentielles. La première est que rien, dans la seconde épître, n'autorise à penser que l’apôtre ne s’adresse pas à l’ensemble de l’Église’. La seconde est que la théorie de Harnack rendrait plus nécessaire encore que l’interprétation traditionnelle une allusion à la première épître dans la seconde. Conçoit-on que Paul ait pu compléter ou rectifier à l'usage des judéo-chrétiens de Thessalonique lenseignement escha-

1, MEYER, Urspr. u. Anf., III, p. 935.

tologique, qu’il leur avait donné, à eux aussi, dans la première épître, sans faire aucune allusion à ce premier développement et sans indiquer pour quelles raisons un nouvel enseignement lui paraissait nécessaire ?

VIT. — ÆConNCLUSION. LA SECONDE ÉPÎTRE ADRESSÉES À 1 ÉGLISE LDE DÉRÉE ?

On peut fixer un certain nombre de conditions auxquelles une solution satisfaisante du problème de la seconde épître aux Thessaloniciens devrait satisfaire. Il n’y a rien dans l’épître qui oblige, ou même qui autorise, à contester son origine paulinienne, mais il est impossible que la seconde épître ait les mêmes destinataires que la première. Elle doit avoir été écrite à une date très voisine. Enfin la connaissance très précise de la tradition apocalyptique juive qu’elle suppose chez ses destinataires exclut l’hypothèse de lecteurs récemment sortis du paganisme.

Ces déterminations suffisent pour caractériser la physionomie de l’Église à laquelle Paul s’adresse. Elles ne permettent pas de déterminer quelle était cette Église. On pourrait peut-être penser à celle de Bérée, toute voisine de Thessalonique, et qui, à la différence des

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autres Églises pauliniennes, s'était recrutée en grande partie dans la synagogue. Il serait tout naturel que Paul, après avoir été rejoint à Corinthe par Timothée, ait pensé aux fidèles de Bérée comme à ceux de Thessalonique et qu’il leur ait écrit en même temps. La composition simultanée des deux épîtres expliquerait l’étroite affinité littéraire que l’on constate entre elles. La différence des destinataires rendrait compte des divergences qu’il y a entre les deux enseignements eschatologiques.

Il resterait à expliquer comment une lettre aux chrétiens de Bérée est devenue une seconde lettre à ceux de Thessalonique. Nous sommes trop ignorants des conditions dans lesquelles a été constitué le recueil des épîtres pauliniennes pour pouvoir hasarder ici plus d’une simple conjecture. On peut supposer que, de bonne heure, il est arrivé que des Églises voisines se soient communiqué des copies des lettres qu’elles avaient reçues de l’apôtre. Au moment où l’on se mit à collectionner les épîtres de Paul, on aurait ainsi trouvé, dans les archives de l'Église de Thessalonique, la copie d’une lettre aux chrétiens de Bérée. Il suffit de supposer que la salutation initiale en était perdue pour comprendre comment cette épître est devenue une seconde lettre aux Thessaloniciens par

l'addition d’une salutation copiée sur celle de la première épître.

Harnack (p. 573 n. 1) déclare avoir envisagé l'hypothèse d’une épître aux chrétiens de Bérée, mais l’avoir reconnue insoutenable « ce qui, dit-il, n’a pas besoin d’être démontré ». Cette hypothèse cependant nous paraît soulever moins de difficultés que la sienne propre bien qu'elle ne puisse être — il convient de le dire expressément — autre chose qu'une simple conjecture.

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