Nous y reviendrons à propos de la crise corinthienne
se rencontraient et où florissaient les tendances religieuses les plus diverses.
Le séjour de Paul à Éphèse a été marqué par de grandes difficultés mais en même temps de larges possibilités s’offraient à son action missionnaire. Paul écrit aux Corinthiens : « Je resterai à Éphèse jusqu’à la Pentecôte, car une porte m'y est ouverte, grande et puissante, et les adversaires sont nombreux » (7, 16,8-9, cf.
Actes, 20,19). L'opposition n’a, nulle part, fait défaut à l’apôtre ; s’il la signale ici, c’est qu’elle a dû être particulièrement ardente et dangereuse. On doit rappeler aussi la tribulation par laquelle l’apôtre passa en Asie et au cours de laquelle il désespéra de la vie (II Cor., E8;s.}.
A la fin de son séjour en Asie, où très peu après, Paul avait été en prison « beaucoup plus » que tous les autres prédicateurs de l’Évan- SH (TIR Cor et 29) DPaprès les, Actes rl
1. Le fait dont il est question dans ZI Cor., 1,8 S., ne peut être identifié à la lutte contre les bêtes fauves de ZI Cor., 15,32, puisque ce dernier texte fait allusion à quelque chose que connaissaient les Corinthiens, tandis que, dans 21, 1,8 s., ïl leur parle d’un épisode qu’ils ignorent encore.
2, Un peu plus tard, Paul parle, dans Rom., 16,7, d’Andronicus et de Junias qui ont été prisonniers avec lui. Il ne dit ni où, ni dans quelles conditions. Si Rom., 16 était, comme on Va parfois pensé, un billet adressé à l’Église d’Éphèse, il
364 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
n'aurait été, à ce moment-là, emprisonné que quelques heures à Philippes (16,23 s.)!. Si l’on tient compte de la durée du séjour de Paul à Éphèse et de l'importance des difficultés et des oppositions qu’il y a rencontrées, l'hypothèse d’après laquelle une de ces captivités de l’apôtre se placerait à Éphèse apparaît comme très vraisemblable?,
Un texte, malheureusement obscur, de la première épître aux Corinthiens vient la confirmer. Au cours de la démonstration qu'il donne au chapitre 15 en faveur de la résurrection, Paul
pourrait y avoir là (comme le pense ALBERTZ, St. u. K.,1910, p. 562) un indice précis bien que non décisif en faveur de l'hypothèse d’une captivité éphésienne. Mais nous verrons que l’hypothèse de destinataires éphésiens de Rom., 16 ne s'impose pas.
1. Clément Romain (1 Cor., 5,6) dit que « Sept fois, Paul a porté des chaînes », ce qui prouve que, de son temps encore, on connaissait d’autres emprisonnements de l’apôtre que ceux qui sont racontés dans le livre des Actes.
2. On ne peut voir plus qu’une conjecture dans le passage du prologue marcionite à l’épître aux Colossiens dans lequel il est fait mention d’un emprisonnement de Paul à Éphèse (texte dans Dom pe BRUYNE, Prologues bibliques d’origine marcionile, Revue Bénédictine, janvier 1907, p. 14). Il faut aussi indiquer, pour mémoire, sans attacher à ce fait plus d'importance qu’il n’en a qu’un fort situé sur le mont Péon, au sud d’Éphèse, est appelé « Prison de saint Paul « (TANT: Woo, Moderne Discoveries on the Sites of Ancient Ephesus, London, 1890, p. 23). On trouvera un dessin des ruines qui en subsistent dans DiseLrus, KI. Paul. Br., p. 95.
est amené à dire que, s’il n’y avait pas de résurrection, le baptême pour les morts ne signifierait rien (15,29) et que les hommes devraient se borner à manger et à boire (15,32 b). Entre ces deux arguments, il cite sa propre conduite en exemple : «Pourquoi, dit-il, nous exposonsnous à chaque heure au danger ? Chaque jour je meurs. si c’est dans des vues purement humaines! que j'ai combattu contre les bêtes fauves à Éphèse (&6reuiynsz iv Eco) à quoi bon?»
La plupart des interprètes estiment que Paul s’exprime ici par métaphore et qu’il pense aux difficultés qu’il a rencontrées à Éphèset, mais,
1. C'est-à-dire sans l’espoir de la résurrection, laquelle est considérée comme un don divin.
2. L’authenticité de ce passage n’est pas contestable malgré l’opinion de P.-W.ScamipT (Die Apostelgeschichte bei de Wette- Overbeck und bei Adolf Harnack, Basel, 1910, p. 52, n. 41) qui ne la considère pas comme parfaitement sûre à cause de sa relation avec le verset 29 qu’il tient pour interpolé, l’usage du baptême pour les morts ne datant pas du temps de Paul. Cette argumentation n’est nullement fondée car on ne comprendrait pas l'introduction dans une épître d’une allusion à un usage qui n’a jamais été reçu dans la grande Église. Bousser (Schriften, 118, p. 158) s’est aussi demandé si le verset 31 ne serait pas à attribuer à un copiste qui aurait ainsi introduit dans l’épître une allusion à des légendes qui couraient sur l’apôtre, par exemple à des légendes comparables à celles auxquelles nous faisons allusion p. 866, n. 4.
3. Heinrict, p. 480 s.; ScHmiEDEL, p. 198; BACHMANN, p. 461. — KRrEeNKEL (Der Tierkampf in Ephesus, I Kor., 15,
366 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
comme le remarque justement Joh. Weiss (p. 365), le terme de Omsouxys peut difficiiement être tenu pour une image. Le parallèle de l’épître d’'Ignace aux Romains (5,1), souvent invoqué, ne porte pas, puisque toute la phrase d’Ignace montre qu’on a affaire à une image et qu'il n'y a rien de tel dans notre texte. Aussi divers auteurs! ont-ils entendu le mot dans son sens propre. Plusieurs pensent que Paul fut réellement condamné comme séditieux à être exposé.
aux bêtes? mais qu’il fut sauvé, soit par une grâce’, soit par quelque circonstance qui nous échappe. Mais si une condamnatiom avait
32, Beitr., p. 126-152) croit que l’expression « lutter contre les bêtes fauves » appartient à une sorte de langage secret et fait allusion à la lutte contre les autorités romaines. MEYER (Urspr. u. Anf., III, p. 439) pense que la lutte contre les bêtes est la lutte contre Satan.
1. HozsTEN, Das Ev. d. Paul., I, 1, Berlin, 1880, p.424 n.; “WEIZSAEOKER, AD. Z., p. 325$. ; Goper, 11, p. 390.
2. Une telle condamnation pouvait, pour sédition, être prononcée même contre des citoyens. Dig., 48, 19; 38, 2.
3. ALBERTZ (St. u. Kr., 1910, p. 558) explique ainsi que. malgré la condamnation, Paul ait conservé ses droits de citoyen.
4. P.-L. Coucaoup, Reconstitution et classement des lettres de: saint Paul, R. H. R., t. LXKXX/VII (1923), p. 24. Couchoud pense que les fauves dédaignèrent Paul, soit qu'ils fussent fourbus, ou effrayés, soit que « Paul l’afvorton, ne fût pas un friand morceau ». Les Acta Pauli ont peut-être contenu un récit de délivrance de Paul dans une thériomachie. HrPpPoLYTE (in Dan., III, 29) et Nicéphore Calliste (Æ. «., 11, 25) y
réellement été prononcée contre Paul, il est difficile de comprendre qu'il ait pu continuer à jouir de son droit de citoyen romain. Le silence de ZI Cor., 11,23, sur cet événement paraît aussi bien étrange. Ainsi Omexuzys ne peut être pris dans un sens figuré et cependant il paraît difficile d'admettre que Paul, ait été à
ÊY
Éphèse, condamné à être exposé aux bêtes.
Une seule voie reste ouverte, c’est celle qui a été indiqnée par Joh. Weiss (p.365) qui entend la phrase comme hypothétique’. Paul dirait
font allusion (Cf. Vouaux, A. P., p. 24 s.) mais ce récit, qui peut avoir été suggéré par Z Cor., 15,32, est beaucoup trop exactement moulé sur celui de la délivrance de Thékla pour qu’on puisse lui reconnaître .quelque valeur. Couchoud cite: des exemples où les bêtes dédaignèrent ou épargnèrent les victimes qui leur étaient offertes (cf. IGNACE, Rom., 5,2 s. et le gaulois Maricius dont parle TaciTE, Hist., 88, 61). On peut. ajouter les martyrs égyptiens cités par EusÈèse, H.e., VIII, 7; mais il semble bien que, quand le cas se produisait, le condamné qui avait échappé aux bêtes était exécuté par le bourreau (KRENKEL, p. 136). Cela est dit, en tout cas, expressément et de Maricius et des martyrs égyptiens.
1. Il aurait dû en être privé, Dig., 28, 1, 8, 4. Coucou» (R. H. R., 1. LXXXVII (1923), p. 24) pense qu'il le fut, em effet, mais que l'ignorance des magistrats de Césarée lui permit de recourir à l'appel à César que régulièrement il n'aurait plus eu le droit de faire.
2. Ce que LIETzMANN (p. 84) reconnaît comme grammaticalement correct, bien que lui-même hésite à adopter l’interprétation de Weiss, à cause de la difficulté qu’il éprouve à s’expliquer qu’un péril hypothétique ait pu être, dans 1 Cor,
368 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
qu'il a failli être jeté aux fauves. Weiss pense à l’émeute de Démétrius au cours de laquelle la foule aurait demandé le supplice de l’apôtre. Mais l’épisode est suspect, rien d’ailleurs n’y indique que Paul ait été personnellement en danger au cours de l’émeute (Zntr., III, p.286s.). Il est plus naturel de penser que l’apôtre a été, à Éphèse, sous le coup d’une accusation qui aurait pu entraîner une condamnation ad bestias. À un certain moment, cette condamnation lui aurait paru si probable qu'il se serait déjà regardé comme engagé dans l’arène. Les Corinthiens savaient certainement quelle était la situation à laquelle il faisait allusion. Si cette interprétation de J Cor, 15,32 est correcte, l’apôtre a dû subir un emprisonnement avant le jugement qui se termina en sa faveur.
L'époque du séjour à Éphèse paraît avoir eu, dans la vie de Paul une très grande importance. C’est à ce moment qu’il composa, croyons-nous, l’épître aux Philippiens et c’est à la fin de cette période et immédiatement après que se place la double crise qui provoqua sa correspondance avec les Corinthiens et avec les Galates.
15,32, coordonné aux périls réels mentionnés dans le contexte. Mais si Paul wa pas été réellement condamné, il peut avoir été sur le point de l'être et ainsi s’être trouvé, à un moment donné, dans un péril tel qu’il avait fait le sacrifice de sa vie.