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nous révèlent, avec une suffisante précision, l’histoire de la vie et de l’activité de Paul et, d'autre part, nous font saisir sa psychologie et apercevoir quelque chose au moins du bouillonnement de sentiments et d'idées qui fut le ressort de son œuvre, la source et l’explication de son activité de missionnaire, de conducteur d’Églises, de polémiste, d’écrivain, de théologien et de penseur.
Pour aborder dans de bonnes conditions l’interprétation des épîtres, il convient de se rendre un compte aussi exact que possible de ce qu’elles sont, de leur caractère propre, des conditions dans lesquelles elles ont été composées, de celles aussi dans lesquelles elles sont parvenues jusqu’à nous.
On lit dans le Canon de Muratori que ce que contiennent les épîtres de Paul, comme aussi les lettres aux sept Églises de l’Apocalypse, ne s'adresse pas exclusivement aux Églises dont le nom figure dans la salutation de chaque épître, mais que « ce que l’apôtre dit, il le dit à tous » (omnibus dicit, 1.59), puisqu'il n’y a qu’une seule Église répandue sur toute la terre (1. 55- 97)!, Cette conception a prévalu. L’interprétation traditionnelle a couramment fait abs-
1. On rencontre la même idée chez TERTULLIEN, Contra Marcionem, V, 17. Cf. ZAHN, G. K., 1, p. 2745.
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traction des conditions dans lesquelles les épitres avaient été composées, pour les considérer comme des collections de sentences et d’oracles où la dogmatique peut puiser les matériaux tout élaborés d’un système théologique. Ainsi s'explique l'influence profonde que le paulinisme a eue sur le développement de la pensée chrétienne et que caractérisent des noms comme ceux de saint Augustin et de Luther.
Mais cette action du paulinisme ne s’est exercée qu’au détriment de la véritable intelligence de la personne et de l’œuvre de l’apôtre. Un personnage un peu conventionnel, un Docteur de l’Église a été substitué à une homme vivant. Des lettres jaillies spontanément d’une personnalité bouillonnante et frémissante dont elles traduisent les émotions, les enthousiasmes, les indignations, les colères ont été transformées en traités de dogmatique ou en encycliques et interprétées à la manière d’un code. On a voulu y trouver la solution de problèmes qui ne se posaient pas au temps de l’apôtre'. Dans cette manière de considérer la littérature paulinienne, il y avait sans doute une erreur de perspective si
1. C’est ainsi qu’au xvire siècle, un certain Sim. FELIx soutint devant la Faculté de Théologie de Munich une thèse sur ce sujet : Disputalio theologica utrum S. Paulus fuerit Lutheranus ? Monachii, 1618.
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grossière qu’on n’est, plus guère, au xx® siècle, exposé à en commettre de semblable. Il n’est pas moins nécessaire de fixer avec précision l’angle sous lequel il convient d’envisager les lettres de Paul.
Comme les Évangiles et les Actes, les épîtres n’appartiennent pas à un genre littéraire antérieurement constitué avec ses règles bien définies. L’épître, telle que Paul en a usé, est, à bien des égards, une création originale.
Un critique qui, depuis un quart de siècle environ, a exercé une profonde influence sur l'interprétation du christianisme primitif, Deissmann s’est attaché, dans une série de pubiications, à en fixer le caractère’. L'erreur tradi-
F 1. Prolegomena zu den biblischen Briefen und Episteln, dans Bibelstudien, Marburg, 1895, p. 187-252; art. Epistolary Literature, E. B., II, col. 1323-1329 ; Licht vom Osten, Tübingen, 1908, 21909, p. 100-175; Paulus, Eine kullur- und religionsgeschichtliche Skizze, Tübingen, 1911, p. 5 s. Cf. déjà Over- BECK, Ueber die Anfänge der patristischen Literatur, Historische Zeitschrift, XLVIII, N. F., XII, 1882, p. 429 s. Surles réserves qu’appelle la théorie de Deissmann voir NORDEN, Antike Kunstprosæ@, Leipzig, 1909, p. 492 s.; Von WILLa- MOWITZ-MoELLENDORF, Die griechische Literatur des Altertums dans Die Kultur des Gegenwart, I, 8, Leipzig, 1905, p. 157 s.; Heinricr, Der literarische Charakter der neutestamentlichen Schriften, p. 70 s.; WeNDLAND, Die urchristlichen Literaturformen?, Tübingen, 1912 (L1ETzMANN, Hdb. z. N. T., 1,3), p. 3435. ; Jou. Wexss, art. Literaturgeschichte des Neuen Testaments, R. G. G., III, col. 2201-2208; Urchr., p. 303 s.
tionnelle commise dans l'interprétation des lettres de Paul a été, selon lui, qu’on y a toujours vu des œuvres littéraires alors qu’elles n’en sont pas. Les traiter ainsi c’est, suivant son expres- Sion, cueillir des fleurs pour les dessécher dans un herbier. Comme l’a justement noté Bousset (Th. Litzg., 1897, col. 358), les épîtres de Paul doivent être comprises comme des effusions du cœur et non comme des œuvres didactiques.
Tout texte mis par écrit ne constitue pas nécessairement une œuvre littéraire. Il n’y a littérature que là où il y a œuvre composée dans une forme esthétique définie en vue du public ou d’un public particulier. Les lettres ne répondent pas à cette définition, elles n’ont rien de littéraire ; elles suppléent à la conversation rendue impossible par l’éloignement.
Elles sont l’équivalent d’une conversation dans
laquelle l'écriture remplace la parole comme
moyen d'expression. Elles ne visent pas le public mais ceux-là seuls à qui elles sont adressées. Leur contenu est aussi complexe et divers que la vie. Même si, au cours des siècles, certaines formules se sont constituées et ont été à la fin couramment employées, elles ne déterminent en rien l'essence de la lettre. Enfin, dernier trait qui n’est pas sans importance, la lettre est essentiellement éphémère : née de circons-
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tances particulières, elle cesse d'exister quand ces circonstances ont disparu.
À la lettre, Deissmann oppose l’épître qui n’a guère que la forme en commun avec elle.
C’est un genre littéraire caractérisé qui s’adresse à un véritable public et non seulement à celui ou à ceux qui sont nommés comme destinataires. L’épître ne vise pas, comme la lettre, à suppléer la parole vivante. Elle sert à traiter, pour elle-même, une question qui pourrait aussi bien faire l’objet d’une dissertation ou d’un livre. Le public auquel elle s'adresse est indéterminé dans le temps aussi bien que dans l’espace.
Entre les deux types bien définis de la lettre qui est un morceau de la vie quotidienne et de l’épître qui est une œuvre littéraire, l’antithèse n’est cependant pas aussi absolue qu’il le semble au premier abord. C’est ainsi qu'il est arrivé, déjà dans l’antiquité, que des lettres toutes privées ont été recueillies et publiées après la mort de leur auteur et'élevées ainsi au rang d'œuvres littéraires qu’elles n'avaient pas au moment où elles ont été composées. Il n’en reste pas moins qu'entre la lettre et l’épître il y a la même différence qu'entre le geste spontané de la vie courante et celui de la scène fait et combiné en vue de l'effet à produire sur les spectateurs.
Partant de cette distinction, Deissmann pose la question suivante : Les œuvres de Paul sontelles des lettres véritables ou bien des épîtres ? H se prononce catégoriquement pour la première de ces deux alternatives. Pour bien comprendre les épîtres de Paul il faut oublier l’auréole qui, depuis dix-huit siècles, les entoure mais qui, en les glorifiant, les a dénaturées. Ce ne sont pas des traités de dogmatique composés en vue de l'Église universelle. Avant de devenir des « Écritures Saintes », elles ont été des écrits de circonstance, improvisés à la hâte parl’apôtre, entre deux voyages, pour faire face à une circonstance surgie à l’improviste, pour donner une instruction ou un avertissement. Chaque épître répond ainsi à une situation particulière, sou- Menttres Complexe et, n'a de raison. d'être que pour cette situation. De là l'importance de l’élément personnel dans les épîtres pauliniennes, des relations étroites qu'il y a entre chacune d'elles et les circonstances particulières par lesquelles passaient les Églises auxquelles l’apôtre les adressait!, If suffit pour
1. Prar (1, p. 74), pour diminuer le caractère personnel des lettres de l’apôtre et les transformer en « documents semiofficiels susceptibles d’une publicité de plus en plus large », fait valoir d’une part l’usage assez fréquent du pluriel chez Paul et le fait que, dans la salutation initiale de la plupart des épîtres (Rom. seule fait exception), Paul nomme un ou deux
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s’en convaincre de lire des épîtres comme celles aux Corinthiens, aux Galates ou aux Philippiens. Il en va de même pour celle qui pourraït passer pour la plus générale et la plus objective des lettres de l’apôtre, pour l’épître aux Romains qui, en certaines de ses parties au moins, paraît avoir l’allure d’un exposé systématique de la théologie paulinienne, car cette épître, Paul ne l’a pas écrite pour composer un traité de dogmatique, mais pour préparer sa venue à Rome ; c’est un plaidoyer pro domo destiné à coneïlier à l’apôtre les sympathies de l’Église romaine et à prévenir l’effet que pourrait avoir sur elle la propagande des judaïsants. Rien n’est donc plus faux que de voir dans les épîtres de Paul des traités sous forme de lettres. Les juger
frères où un groupe indéterminé de frères comme co-auteurs. Mais le pluriel d’auteur étant fréquent en grec, son emploi paraît sans portée (BLASS-DEBRUNNER, $ 280 ; K. Dick, Der schriftstellerische Plural bei Paulus, Diss. Halle, 1899; cf. DeissmanN, Th. Rundsch., 1902, p. 65 ; J.-H. MouLToN, Einleitung in die Sprache des Neuen Testaments, Heidélberg, 1911, p. 137 s.) Par Contre, ZAaN (Einl., 1, p. 122, 15055 166s., 226 s., 323, 381) croit que là où Paul emploie le pluriel, il parle en son nom et au nom de ses collaborateurs. Quant à la mention de co-auteurs, elle est de pure forme comme le prouve le caractère très personnel des exposés et des discussions qui remplissent la première aux Corinthiens (co-auteur Sosthène) et la seconde (co-auteur Timothée). Voir aussi p. 46 n. 1.
2. Abhandlungen in Briefform. L'expression est de GERCKE, G. G. A., 1894, ps 577,
Ml,
ainsi c’est méconnaître leur nature propre, c'est les défigurer. Ce n’est qu'après coup, quand on les a réunies en une collection, que les épîtres de Paul sont devenues des œuvres littéraires. Plus tard encore, elles sont devenues Écriture Sainte, mais Paul n’a prévu ni l’une ni l’autre de ces deux évolutions, lui pour qui l’avenir ne comportait pas des siècles, mais seulement des années et peut-être des mois ou des semaines. C’était pour le moment présent seulement qu'il écrivait.
Si ces vues de Deissmann sont certainement justes dans leur ensemble, il est cependant exagéré de rapprocher, comme il le fait, les épîtres de Paul, des lettres privées et populaires que les papyrus ont révélées. La clef du paulinisme n’est pas là, comme le note justement Lietzmann (Z. N. T. W., XXII, 1923, p. 155).
Deissmann délimite d’une manière beaucoup trop absolue le domaine de la littérature. Dans l’antiquité, les conditions de la reproduction des écrits et de leur publication étant toutes différentes de ce qu’elles sont depuis la découverte de l’imprimerie, la distinction entre ce qui était destiné à la publicité et ce qui ne l’était pas avait quelque chose de flottant. L’épître ou la lettre faisait précisément partie de cette zone intermédiaire. Et surtout ce qui fait qu’une
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œuvre appartient au domaine de la littérature et non aux productions éphémères de la vie quotidienne, c’est son niveau spirituel, c’est la puissance de la personnalité qui s’y exprime, c’est la portée que les idées qui y sont formulées ont pour le présent et pour l’avenir, c’est enfin l’originalité de sa forme. Or, à tous ces points de vue, il y a un abîme entre les lettres de Paul et toute cette littérature épistolaire conservée par les papyrus dont Deissmann voudrait les rapprocher. Sans doute, Paul s’est appelé luimênie-to terre re mcyou(lI"Cor;, FL 6NCREE : Cor., 2, 1 s.), mais, en parlant ainsi, il entend seulement s’opposer aux rhéteurs qui attachaient une importance prépondérante sinon exclusive à la beauté du style et, surtout, il veut affirmer que l'efficacité de sa prédication résulte uniquement de la puissance du message qu’il apporte et ne doit rien aux artifices de l’éloquence. L’épître paulinienne estainsi quelque chose d’intermédiaire, un Mittelding, suivant l'expression de Willamowitz-Moellendorf (Kult. d. Geg., I, 8, p. 157), parce qu’elle est littéraire sans que Paul ait eu l'intention de faire œuvre de littérateur.
Mais ce n’est pas seulement la valeur des lettres de Paul qui en fait, sans que telle ait été l’intention de leur auteur, des œuvres litté-
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raires, Ce sont encore un certain nombre de circonstances et de traits qui caractérisent les conditions dans lesquelles elles ont été composées.
D'abord, si les lettres de Paulsont, en un sens, des lettres privées, elles ne sont pas, abstraction faite de l’épître à Philémon, adressées à des individus, mais à des Églises auxquelles elles doivent être lues. Paul s’adresse à elles en sa qualité d’apôtre et de missionnaire. Ses lettres ne remplacent pas les conversations privées qu'il pourrait, s’il était présent, avoir avec tel ou tel membre de la communauté, elles suppléent aux discours qu'il adresserait à l’assemblée pour l’instruire, l’exhorter ou la reprendre. Le cadre liturgique constitué par les invocations et les prières du début et de la fin est, à cet égard, très caractéristique. De fait, les lettres de Paul ont été, dès leur origine, destinées à une certaine publicité. La première aux Thessaloniciens doit être lue à l’assemblée (5,27), de même l’épître aux Colossiens (4,16), l’épître aux Galates est adressée à tout un groupe d’Églises simultanément. Les Colossiens doivent faire en sorte que la lettre qu’ils ont reçue soit lue aussi à Laodicée ; eux-mêmes prendront
1. Voir Loisy, Les épîtres de Paul, R. H, L. R., 1921, p. 825.
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connaissance de la lettre qui a été adressée à cette Église (Col, 4,16). Les adversaires de l’apôtre connaissent les lettres qu’il a envoyées à Corinthe et les discutent (71 Cor., 10,*0)- Tout cela met les épîtres de Paul très loin des. papyrus, à peu près,comme l’a indiqué Wendland . (Urchr. Lüf., p. 346), au rang des lettres écrites par Épicure aux groupes de ses disciples et amis.
Le fait que les léttres de Paul sont destinées, ‘comme nous l’avons dit, à suppléer au discours, explique que le ton en soit souvent oratoire. En les composant, l’apôtre devait évoquer devant son esprit la communauté assemblée et il s’adressait à elle comme s’il avait, non pas. écrit, mais parlé. L'illusion était d'autant plus. facile que l’apôtre n’écrivait pas ses ‘épiîtres mais les dictaitt. Nous sommes par là à même
1. Eny ajoutant, lerplus souvent, une salutation autographecomme celle de Gal., 6, 11 s. Il:est probable que de semblables salutations se trouvaient dans toutes les épîtres. On peut.en reconnaître par exemple dans T Cor., 16, 21 s. Rom., 16, 175. Col., 4,18 s. etc. Cf. LxeTzmanx, Gal.,p. 40. Nous connaissons le nom d’un des secrétaires de Paul, Tertius (Rom., 46, 22). Jl serait possible que l’un ou l’autre de ceux qui sont nommés comme co-auteurs ait servi de secrétaire à l’apôtre. Peut-être: le nom de Tertius ne se lit-il pas au début de Rom. parce qu'il était inconnu des chrétiens de Rome. Ce serait une erreur de conclure du fait que Paul dictait ses épîtres qu’il était peu habile à écrire et presque illettré. L'habitude ‘de dicter était.
de nous faire une idée, au moins approximative, de son éloquence.
Il est vrai que les lettres de Paul ont été suggérées par les circonstances particulières que traversaient les Églises auxquelles il s’adressait ;il ne faudrait pas cependant les considérer comme de simples improvisations. Elles supposent un long travail d'élaboration et une méditation prolongée. C’est ce que prouvent, non seulement la longueur de plusieurs d’entre elles, mais aussi leur équilibre et, dans une certaine mesure, l'harmonie de leur composition. I faut aller plus loin encore. Si l’apôtre traite parfois, dans certaines d’entre elles, en particulier dans la première aux Corinthiens, de problèmes particuliers qui avaient surgi dans la vie des Églises, les développements qu'il donne portent le plus souvent sur des questions qui faisaient l’objet le plus habituel de ses méditations et de son enseignement et il «est
en effet, courante dans l’antiquité, cf. NoRDEN, Kurstprosæ p. 9545s.; R. HeINze, Hermes, XXXIII, 1898, p. 463 n. 1. E. STANGE (Dictierpausen in den paulinischen Briefen, Z. N. T. W., XVIII, 1917, p. 109-117) croit qu’on peut encore reconnaître les endroits où Paul a interrompu la dictée. Il est, en effet, impossible d'admettre que la.plupart des épîtres aient été dictées d’un seul jet. Voir aussi E. J. RoBson, Composition and Dictation in New Testaments Books, Journ. of. Th. St... 1917, p. 288-301.
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probable que les formules qu’il emploie alors sont celles dont il usait d’ordinaire dans sa prédication. La plus grande partie de l’épître aux Romains, plusieurs développements de l’épître aux Galates, le second chapitre de l’épître aux Philippiens, le quinzième de la première aux Corinthiens, l'instruction de Z Thess., 4, 13-5, 11, par exemple, nous mettent ainsi en présence de fragments plus ou moins étendus de l’enseignement oral de Paul. Il arrive aussi à l’apôtre d'introduire dans ses épîtres des morceaux qui, non seulement pour le fond, mais aussi pour la forme, semblent avoir préexisté aux épîtres dans lesquelles nous les lisons. Tel est le cas par exemple pour la tradition”sur la" Cène (1 Cor. L1, 23-25), pour l’hymne de l’amour (1 Cor., 13) ou pour le résumé de la prédication apostolique sur la résurrection (1 Cor., 15, 1-8) dans lequel certaines formules paraissent empruntées à une confession de foi primitive.
Il faut, enfin, pour fixer le caractère propre des épîtres, indiquer deux traits de la psychologie de l’apôtre : d’abord un besoin et un don de systématisation, qui ont fait de lui, sans qu’il ait eu aucune préoccupation d’école, le créateur de nombreuses formules théologiques dont l’influence a été décisive pour la formation et
le développement de la dogmatique chrétienne et, en second lieu, une aptitude remarquable à se placer, pour traiter des questions particulières, à un point de vue général. Nul n’a su, aussi bien que lui, développer les principes de la vie et de la pensée chrétiennes sans se perdre dans les abstractions, ni traiter les questions de fait qui se posaient dans les Églises, sans se laisser emprisonner dans les contingences de la situation d’un moment.
Chaque épître de Paul est indépendante de toutes les autres. Aucune n’a été écrite pour devenir un élément d’un recueil, encore moins une partie d’un traité de dogmatique. C’est cependant sous forme de collection qu’elles sont parvenues jusqu'à nous. Il n’est point sans intérêt pour leur interprétation de connaître, dans la mesure où les documents nous le permettent, les conditions dans lesquelles s’est constitué le corpus paulinumt.
Une première observation importante est que, s’il est théoriquement possible qu'il ait existé plusieurs collections des épîtres de Paul,
1. Sur cette question voir ZAHN. G. K., I, p. 262-283, 811-839, II, p. 344-358; Jon. Weiss, 1 Cor., p. XL s.; HARTKE, Die Sammlung und die aelteste Ausgabe der Paulusbriefe, Diss. Bonn, 1917; LieTzmaANN, Einführung in die Textgeschichte der Paulusbriefe, dans Rm., p. 15.
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il paraît bien établi que toutes celles qui nous ont été conservées proviennent d’une collection: unique’. Cela peut être prouvé par une double considération. D’abord le contenu du recueil n’a pas varié? car il ne faut tenir compte ni de l’épître aux Laodicéens qui a figuré dans nombre de manuscrits de la Bible latine entre le vre et le xve siècles, ni de la troisième lettre aux Corinthiens tirée des Acta Pauli qui a figuré un moment dans la Bible syriaque d’où elle a passé:
1 ZAEN,, G K., 1,)p. 265; Jo. Weïss, Urchr., p.108 % LIETZMANN, Rm., p. 1.
2. Les hésitations que l’on a pu avoir dans l’ancienne Église sur la canonicité de l’épître à Philémon et des Pastorales n’établissent pas que ces épîtres aient été inconnues ou moins connues que les épîtres aux Églises. C’est un scrupule théoriquequi a parfois empêché de les admettre, Certains pensaient qu’il fallait les considérer comme des lettres toutes privées, On n’a d’ailleurs conservé aucun souvenir de l’adjonction. postérieure de ces épîtres au corpus paulinum, cf. ZAHN, G. K., I, p, 2665,
3. Cette épître est une assez pauvre compilation de phrases empruntées aux lettres canoniques. L'hypothèse de son authenticité ne peut même pas être envisagée. Elle n'apparaît qu’au vie siècle. Il n’est pas certain qu’elle soit identique à l’épîtreaux Laodicéens rejetée comme hérétique par le Canon de Muratori, Théodore de Mopsweste, Theodoret, Philastrius, Jérôme et le second concile de Nicée. Le passage Col., 4, 16. suggère si clairement l’idée d’une épître aux Laodicéens que plusieurs écrivains peuvent avoir eu, de manière indépendante, l’idée de la reconstituer. Sur l’épître aux Laodicéens, voir ZauN, G. K., I, p.2775s., II, p. 566-585; Vouaux, Les Arles: de Paul et ses lettres apocryphes, Paris, 1913, p. 315-326,
dans la Bible arménienne et que l’on rencontre aussi dans deux Bibles latines: et encore moins de la correspondance de Paul avec Sénèque?.
I n'y a aucun indice qu’à un moment quelconque, ait existé un recueil comprenant plus ou moins d’épîtres pauliniennes que celles que nous connaissons. Aucun auteur n’a jamais cité un passage de Paul qui ne se trouve pas dans notre recueil. Les rédacteurs des Acta Pauli, de la troisième aux Corinthiens et de l’épître aux Laodicéens ont puisé aux sources canoniques®. La constance de la composition du corpus paulinum s’expliquerait mal dans l'hypothèse de la combinaison de plusieurs recueils différents.
Un second argument résulte de la disposition de la collection‘. Si l’on fait abstraction de la place attribuée à l’épître aux Hébreux, place qui a varié d’une manière qui reflète très directement les opinions successives que l’on s’est faites de son origine, et si on laisse aussi de côté la question des épîtres à des particuliers (Pastorales et Philémon) qui ont été
1, ZARN, G: K., IL, p. 592*611=: VouAUXx, A: P., pe 2545.; ScuMipT, Acta Pauli, Leipzig, 1905, p. 125-145.
2, ZAHN, G. K., IL, p. 612-621; Vouaux, À. P., p. 332-369.