‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 82 sur 92 · II. — L'ÉGLisE DE PHILIPPES D'APRÈS L'ÉPÎTRE · texte numérisé non relu

II. — L'ÉGLisE DE PHILIPPES D'APRÈS L'ÉPÎTRE

L'organisation de l’Église de Philippes présente, au premier abord, une particularité à cause de la mention dans la salutation initiale « des épiscopes et des diacres » (1,1). Cette mention dans laquelle l’école de Tübingue voyait une preuve de l’inauthenticité de l’épître est regardée par certains critiques! comme une glose catholicisante du second siècle, mais semble bien pouvoir s'expliquer par l’activité que ces fonctionnaires de l’ordre administratif doivent avoir déployée pour réunir la somme destinée à l’apôtre et pour la lui faire parvenir?.

Peu de personnages de l'Église nous sont connus. L’affection de Paul se répand sur tous sans distinction, il ne nomme qu'Épaphrodite (2,25 s.), Clément, Evhodie, Syntyche, (4,2)° et

1. ScHMIEDEL, E. B. 111, c. 3147; VoëLTER, P. u. s. Br., p. 303 ; MorFaT, Intr., p. 171.

2. Lipsius, p. 216; JEAN RéÉvize, Les origines de l’épiscopat, p. 161 s.; JüLicner, Einl., p. 108; HAUPT, p. 3; Ewazp, p. 33 s.; DiBezius, p. 46.

3. Avec la plupart des exégètes récents nous voyons dans Evhodie et dans Syntyche des personnages réels et non, avec

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Synzyche (cf. p. 153 s.). Ceux qui ne sont pas nommément désignés sont compris parmi ces « compagnons d'œuvre dont les noms sont écrits dans le livre de vie » (4,3).

La communauté philippienne doit traverser, au moment où écrit Paul, une période difficile ; il lui faut lutter pour la foi en l'Évangile afin de n'être pas ébranlée par les adversaires. Les Philippiens ont à soutenir le même combat que l’apôtre et doivent comprendre qu’avoir reçu la grâce du Christ n'implique pas seulement la foi en lui mais aussi les souffrances pour lui(1,27-30). Rien n'autorise, cependant, à penser à des persécutions sanglantes ; il ne doit s’agir que de tracasseries et de menaces qui, sans doute, ne sont pas étrangères à l’état d'extrême pauvreté dans lequel se trouvaient les Églises de Macédoine, au moment de l’organisation de la collecte en faveur des Églises de Judée (11 Cor., 8,1 S.),

Cette situation doit avoir exercé sur l'Église de Philippes une action déprimante, c'est ce qui explique l’insistance avec laquelle l’apôtre l’école de Tübingue (Baur, P., II, p. 72,86; SCHWEGLER;, Nachap. Zeit., II, p. 135, etc.), des personnifications du pagano et du judéo-christianisme. L'auteur n'aurait pas’ donné une exhortation, essentielle à ses yeux, sous une forme

si enveloppée qu’elle aurait couru le risque de ne pas être comprise.

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revient sur l’exhortation à la joie (2,18. 28.29 ; 3,1; 4,4) qui est comme un leit-motiv qui traverse toute l’épître et qu'il appuie en se proposant lui-même en exemple et en laissant déborder la joie qui remplit son cœur (1,4,18 ; 2,2.17 ; 4,10), à un moment où cependant il se trouve dans une situation terrible et peut, d’un moment à l’autre, être appelé à verser son sang.

La seconde exhortation capitale de l’épître est une exhortation à l'unité et à l'humilité qui doit faire disparaître la recherche de l'intérêt . personnel et, par là. faciliter, les relations des fidèles entre eux. Ce point est si essentiel pour l’apôtre qu'il en fait dépendre sa joie personnelle et l’appuie sur l’argument qui a le plus de poids à ses yeux, la nécessité de réaliser dans les rapports entre les frères, les sentiments qu’impose la communion avec le Christ (2,15.).

Paul est aussi préoccupé d’un danger qui paraît menacer l'Église du dehors. C’est à cela que répond le développement du chapitre 3 qui commence par un avertissement conçu dans les termes les plus énergiques : « Prenez garde aux chiens, prenez garde à la fausse circoncision.… », puis, dans le même chapitre, après avoir engagé les Philippiens à le prendre pour modèle, Paul dit : «il y en a beaucoup, comme je vous l'ai déjà dit souvent et comme je le répète main-

tenant en pleurant, qui se conduisent comme des ennemis de la croix du Christ. Ils vont à l’anéantissement, ils ont leur ventre pour dieu et mettent leur gloire dans leur honte. Ils n’ont que des pensées terrestres » (3,18-19).

Qui sont ces gens contre qui Paul prend une attitude si sévère? Et d’abord, les deux passages se rapportent-ils aux mêmes personnages? La disposition générale du développement nous paraît exiger une réponse affirmative à cette seconde question. À la conduite des chiens et des mauvais ouvriers, Paul oppose ce que doit être l’attitude des chrétiens qu'il caractérise par son propre exemple. « Soyez, conclut-il, mes imitateurs et ayez de la considération pour ceux que vous voyez se conduire conformément au modèle que nous vous donnons » (3,17), puis vient la phrase sur les adversaires introduite par un y&, « car il y en a beaucoup qui se conduisent. ». Paul revient, par là, à son point de départ. Tout le développement est ainsi dominé par l’opposition entre la conduite de Paul et celle de ses adversaires. Ceux que Paul vise avant de donner son propre exemple sont identiques à ceux qu'il vise après. La conduite des personnages contre lesquels il met ses lecteurs en garde est exactement l’opposé de ce que doit être la conduite chrétienne normale.

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Ces gens doivent-ils être cherchés dans l’Église ou en dehors d’elle? On est à peu près d’accord pour reconnaître que ceux que Paul a en vue au commencement du chapitre ne peuvent être que des gens du dehors. Paul ne dit rien pour combattre leur manière de voir, il ne fait rien pour les amener à y renoncer et pour les rallier. Il sont en dehors du cercle des lecteurs de l’épitre et, comme rien n'indique ou n'autorise à penser que Paul ne s'adresse qu’à une partie de l'Église de Philippes, ils sont en dehors de l'Église.

Quelques exégètes pensent qu’au verset 18, l’expression « je le dis en pleurant » oblige à penser qu'il s’agit de certains membres de l'Église, mais, s’il en était ainsi, n’y aurait-il pas des exhortations et des avertissements?

L'appel à l’unité qu’il y a dans l’épître est seulement d'ordre moral. S'il s'agissait d’hérétiques, l'unité compromise ne pourrait être rétablie que par l’abandon de leurs idées et non par des sacrifices réciproques et du support mutuel, et cela d'autant plus qu’il s’agit d’un groupe important dont Paul a eu, à plusieurs reprises, l’occasion de parler.

S'il est incontestable que la présence de groupes hérétiques dans les Églises fondées par lui devait être pour l’apôtre une telle douleur

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qu'il n'en pouvait parler qu'avec larmes, Île fait n’était cependant pas seul à pouvoir lui causer un tel chagrin. Que l’on se rappelle, par exemple, «la grande douleur » et le « tourment constant » que, d’après Rom., 9,2, était pour lui la rebellion d'Israël. L'expression de Rom., 9,2, n’est pas moins forte que celle de Phil., 3,18. Nous croyons que c’est précisément des Juifs qu'il s’agit aussi dans l’épître aux Philippiens. La première indication en ce sens est fournie par l'expression « fausse circoncision »! et par l'affirmation que Paul oppose à ses adversaires : « c’est nous qui sommes la vraie circoncision » (3,3). Le fait qu'un peu plus loin, l’apôtre affirme qu'il pourrait, lui aussi, et plus que d’autres, se confier en la chair est une preuve de plus que ceux qu'il combat devaient se prévaloir de la correction de leur judaïsme. C’est encore l'opposition entre eux et lui qu'il caractérise quand il oppose la justice légale et la justice de Dieu par la foien Christ (3,9s.). Ceci ne peut viser que des judaïsants, mais s'agit-il de Juifs ou de judéo-chrétiens? Dans ce que dit l’apôtre il n’y a rien de ce qui caractérise le christianisme. La comparaison avec l’épître aux Galates est instructive à ce point de vue. Là

1. Ou plutôt «mutilation », par un jeu de mots qui se trouve aussi dans Gal, 5,12.

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Paul combat contre des judéo-chrétiens et, dans sa polémique, il s'efforce de montrer que l’économie légaliste et l’économie évangélique sont opposées l’une à l’autre et ne peuvent être associées, que l’adhésion à l’une entraîne la rupture avec l’autre. Il n’y a rien de tel dans l’épître aux Philippiens, ce n’est donc pas de judéo-chrétiens qu’il y est question.

Des deux autres qualificatifs donnés aux adversaires dans 3,2 le terme de « chiens » vise la cruauté. Celui de « mauvais ouvriers » a été souvent interprété d’après une expression semblable (isyäru déko:) de IT Cor., 11,13 etappliqué à des judéo-chrétiens. Mais rien, dans le passage de l’épître aux Philippiens, ne contient la nuance si caractéristique de celui de l’épître aux Corinthiens, l’idée de ruse et de mauvaise foi dont font preuve des gens qui se glissent dans les communautés fondées par Paul pour les ruiner. Ici il faut se borner à l’idée d’hommes attachés à une œuvre que l’apôtre juge mauvaise.

D'après 3,18-19, les personnages visés sont nombreux, Ce qui convient mieux pour un groupe indépendant que pour une minorité dans l’Église. La douleur qu'éprouve l’apôtre en en parlant peut viser aussi bien l’échec de sa prédication que la défaillance de gens qui auraient d’abord accueilli la prédication de l'Évangile

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paulinien. Le terme d’ «ennemis de la croix

du Christ » ne peut, tant les idées d'Évangile

et de croix sont étroitement solidaires pour l’apôtre, s'appliquer à des judéo-chrétiens ; il ne peut viser que des Juifs ou des païens, en tout cas des gens qui ne se contentent pas d’être étrangers au christianisme, mais qui s'efforcent de le ruiner.

Les caractéristiques du verset 19 feraient, au premier abord, penser à des païens à tendances grossièrement matérialistes. « Le terme vers lequel ils tendent est le néant, leur dieu c’est leur ventre, ils mettent leur gloire dans leur

honte, ils n’ont que des pensées terrestres »..

Mais le verset 2 qui paraît se rapporter aux mêmes personnages ne permet pas de penser à d’autres qu'à des Juifs'. Comment résoudre cette contradiction apparente? Chacun des divers termes du verset 19 peut se rapporter aussi bien à des Juifs qu’à des païens. « Leur fin c’est la perdition », c’est le cas de tous les hommes étrangers à l'Évangile. « Leur dieu c’est leur ventre » fait penser d’abord à des gens qui rechercheraient avant tout les plaisirs de la table, Mais

1. C’est pourquoi plusieurs interprètes pensent qu’au verset 19, Paul ne vise pas les mêmes adversaires qu'aux versets 25. Telle est l’opinion de Haupr (p. 1625s.), de LUECKEN (Schr., 118, p. 398) et de Disezrus (p. 58-61).

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il pourrait aussi être question de Juifs pour qui, à cause des prescriptions alimentaires, la question de nourriture est l’objet d’une attention religieuse. « Ils se glorifient de leur honte. » Cette phrase pourrait faire penser à des pratiques immorales, mais si on prend « honte » pour un euphémisme, il pourrait fort bien être question de la circoncision. Enfin, la dernière phrase, « ils n’ont que des pensées terrestres », ne vise rien d’autre que l’opposition avec les chrétiens qui, eux, sont citoyens des cieux.

D'après cette interprétation, qui a été défendue notamment par Holsten et Lipsius!, les chrétiens de Philippes ont pour adversaires des Juifs auxquels les termes de « chiens » et de « mauvais ouvriers » autorisent à attribuer un rôle dans les persécutions. Cette explication toutefois ne suffit pas, car si les Juifs n’avaient été redoutables pour les chrétiens que par

1. HozsTen, Der Brief an die Philipper, Jahrb. f. pr. Tk., 1876, p.118 s.; Lrpsrus, p. 234. Cette opinion est partagée par JüzicHer, Ein, p. 106; DiBezius, p. 58; LüTGErT, Die Vollkommene im Philipperbrief und die Enithusiasten in Thessalonich, Gütersloh, 1909. Beaucoup d’exégètes, au contraire, reconnaissent dans les adversaires de Paul des judaïsants. Telle est l’opinion de SABATIER, art. Philippiens, Enc. de LICHTENBERGER, X, p. 571; HAUPT, p. 125 s.; ZAHN, Einl., 1, p. 374 s.; EwaLp, p. 151; CLEMEN, II, p. 802 ; ALBERTZ, P. 583 s.; FEINE, p. 13 s. MorFaATT, Intr., p. 166, * nese prononce pas entre les deux interprétations.

leurs intrigues auprès des autorités païennes, Paul n’aurait pas eu besoin de mettre les chrétiens en garde contre eux ni surtout de motiver . aussi fortement son avertissement. L'activité des Juifs devait viser à ruiner le christianisme, mais non du dehors seulement. Ils s’efforçaient sans doute de faire du prosélytisme aux dépens de la communauté; peut-être voyaient-ils en Paul un Juif infidèle et s’efforçaient-ils de rattacher à la synagogue ceux qu'il avait amenés à rompre avec le paganisme. ;

On comprendrait, dans cette hypothèse, deux faits qui resteraient bien étranges si Paul visait des judéo-chrétiens, c’est d’abord qu'il ne présente pas ses adversaires comme des gens qui sont venus du -dehors, c’est, en second lieu. qu'il n’est pas amené à présenter une défense de son apostolat et de sa personne comme il le fait notamment dans l’épître aux Galates.

L'interprétation qui précède place sous un jour autre que celui sous lequel on l’envisage d'ordinaire, l'indifférence dont Paul paraît faire preuve dans le passage du chapitre 1 où il parle de la prédication de l'Évangile inspirée par un esprit de rivalité et de jalousie. La plupart des interprètes pensent qu’à la fin de la vie de l’apôtre, au seuil de la mort, un grand apaisement se fait en lui et qu’il juge avec séré-

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nité des faits qui, quelques années plus tôt, l’auraient rempli d’indignation. Mais il est bien difficile de comprendre ce détachement de l’apôtre à l'égard de ce qui est, pour lui, l'essence de l'Évangile et les vigoureuses invectives du chapitre 3 ne sont pas favorables à l’idée d’un apôtre vieilli et apaisé. Tout se comprend bien plus aisément si ce dont il est question au chapitre 1, ce n’est pas une prédication rivale de celle de l’apôtre et qui vise à ruiner son œuvre mais une prédication qui ne diffère (ou dont il pense qu'elle ne diffère) de la sienne que par les mobiles qui l’inspirent. Paul rend à ses rivaux ce témoignage qu'ils prêchent le Christ, il n’aurait pu en dire autant des contre-missionnaires galates dont l’enseignement rendait, à ses yeux, la mort du Christ inutile (Gal., 2,21).

Cette situation ne peut se comprendre qu’à l’époque de la captivité éphésienne, à un moment où les luttes de Galatie et de Grèce n’ont pas encore révélé à l’apôtre que ces prédicateurs de l'Évangile qui prennent à son égard l’attitude de concurrents et de rivaux ne visent à rien de moins qu’à ruiner son œuvre et à discréditer son apostolat.

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TILPE ALES TRELATIONS EDEN PAUL AVEC LES PHILIPPIENS.

Les relations de Paul avec les chrétiens de Philippes ont un caractère de cordiale affection qu'aucun incident et aucun malentendu n’a troublée.

L’apôtre rappelle comment cette affection s’est manifestée dans le passé. Par deux fois, les Philippiens lui ont envoyé un secours alors qu’il était à Thessalonique (4,10-20), et, comme l’Église de Philippes est la seule qui soit entrée en comptes avec lui (4,15), c’est aussi de Philippes que venaient les frères qui ont apporté à Corinthe dé quoi subvenir aux besoins de l’apotre (PCors 119).

Dansles temps qui précèdent immédiatement la composition de l’épître les relations entre Paul et les Philippiens ont été fréquentes. Les Philippiens ont appris que Paul était prisonnier et qu'un changement était survenu dans sa situation (1,12) ; ils ont envoyé auprès de lui Épaphrodite porteur d’un secours en argent et chargé de se mettre à son service. Épaphrodite est tombé malade, les Philippiens l’ont appris et, à son tour, Épaphrodite a su qu'ils étaient inquiets à son sujet (2,25 s.). Tout cela

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a dû se passer en peu de temps puisque Paul n’a pas encore remercié les Philippiens de leur envoi.

Les relations prévues pour la période qui doit suivre la composition de l’épître ne sont pas moins nombreuses. Épaphrodite va retourner à Philippes (2,25), peu après, il sera suivi de Timothée, celui-ci reviendra auprès de l’apô- ‘tre puisque Paul l’enverra pour avoir des nouvelles des Philippiens (2,19 s.). À son tour Paul espère, puisqu'il envisage une libération prochaine, venir à Philippes (2,24).

Ceci doit être rapproché d’une situation que nous fait connaître la première épître aux Corinthiens. Paul écrit à un moment où Timothée l’a quitté depuis peu pour aller à Corinthe (Z, 4,17) mais il ne doit pas s’y rendre directement puisque l’apôtre prévoit que la lettre, écrite après le départ de son envoyé, arrivera à Corinthe avant lui (7, 16,10). La mission que Timothée doit accomplir avant de venir à Corinthe doit avoir eu la Macédoine pour objet. Quand à Paul, il attendra le retour de Timothée pour venir en Grèce. En partant d’ Éphèse il ira en Macédoine et de là à Corinthe (J, 4,17; 16,5-8.11). Cette situation est identique à celle que nous fait connaître l’épître aux Philippiens.

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Avant de venir pour la dernière fois à Corinthe, Paul passa en Macédoine où les Églises — peut-être à la suite de persécutions — traversaient une période d’extrême misère, malgré laquelle elles tinrent à prendre une part active à la collecte pour les chrétiens de Palestine (II Cor. 8-9). L'Église de Philippes a dû être au premier rang de ces Églises macédoniennes qui témoignèrent alors de tant de générosité et de dévouement.

L’épître aux Philippiens doit avoir été écrite avant la collecte. On ne comprendrait pas, sans cela, que Paul, parlant de la générosité des Philippiens, ait pu passer sous silence celle dont ils avaient fait preuve à ce moment-là.

Lors de son second et de son troisième et dernier passage en Macédoine, avant et après les trois mois d’hiver passés à Corinthe, Paul a dû mettre les Philippiens au courant des projets qu’il formait alors : se rendre à Rome pour de là entreprendre l’évangélisation de l’Espagne. Dans l’épître aux Philippiens il n’est question ni de l’évangélisation de l'Espagne, ni de la seconde, ni de la troisième visite à Philippes. Paul manifeste l’intention de revenir en Macédoine. Il a si peu le sentiment que son œuvre dans le bassin oriental de la Méditerranée soit terminée qu'il déclare qu'il est utile

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pour les fidèles de Philippes qu’il soit délivré et puisse revenir auprès d’eux. Il n’y a pourtant aucune allusion à des incidents qui auraient amené l’apôtre à modifier ses plans en lui révélant que les Églises orientales avaient encore besoin de ses instructions.

L'examen des relations entre ‘Paul et les Philippiens montre donc :

19 Que l’apôtre est emprisonné à un endroit d’où les relations sont particulièrement faciles avec la Macédoine. Éphèse convient à ce point de vue beaucoup mieux que Césarée ou que Rome ;

20 Que l’épître a été composée avant la seconde visite de l’apôtre à Philippes.

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