‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 2)Chapitre 90 sur 92 · PE · texte numérisé non relu

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L'ÉPÎTRE AUX PHILIPPIENS 415

la manière dont l’apôtre a envisagé les choses finales. Dans la première qui est représentée par la première épître aux Thessaloniciens (4,15 s.) et par la première aux Corinthiens (15,51 s.), l’apôtre est convaincu qu'il sera encore du nombre des vivants au moment du retour du Christ. Il se représente alors que les

morts doivent rester jusqu’à ce moment dans

un état de sommeil ou d’anéantissement. provisoire. Plus tard, il conçoit qu’il pourra bien

mourir avant le retour du Christet, sous l’in-

fluence de cette idée nouvelle, apparaissent des notions comme celles que nous trouvons dans la seconde épître aux Corinthiens et dans la lettre aux Philippiens. Ce sont l’idée de la croissance progressive de l’homme intérieur et celle de la mort conçue comme le retourauprès du Seigneur (II Cor., 4,16-5,10. Phil., 1, 21-23). Sans entrer dans une discussion approfondie de l’eschatologie paulinienne, il suffit de noter ici quelques points essentiels. Il n’y a pas eu deux phases dans l’eschatologie paulinienne mais il y a, dans cette eschatologie, laquelle n’a, à aucun degré, un caractère systématique, des éléments d’origine et de nature très différents. En même temps qu’il affirmait, dans la première épître aux Corinthiens, qu'il se trouverait, au jour de la parousie, parmi les vivants, Paul déclarait :

« Dieu a ressuscité le Seigneur Jésus et nous

ressuscitera, nous aussi, par sa puissance »

(I Cor., 6,14) et, d’autre part, au moment même où il envisageait sa mort imminente comme possible, il écrivait cette phrase où s’exprime une conception identique à celle de la première épître aux Thessaloniciens et de la première épître aux Corinthiens, : «C’est du ciel que nous attendons notre Sauveur, le Seigneur Jésus - Christ qui transformera notre corps humilié pour le rendre semblable à son corps glorieux» (Phil, 3,20 s.).

Si deux conceptions eschatologiques ont ainsi coexisté dans l’esprit de l’apôtre sans qu’il soit jamais parvenu à les unifier, sans peut-être même qu'il se soit aperçu de la contradiction qu’il y avait entre elles, aucun indice pour le classement chronologique des textes pauliniens, ne peut être trouvé dans la considération des vues eschatologiques qui y sont développées.

L'hypothèse éphésienne étant admise en principe, il faut encore rechercher quelle date exacte peut être attribuée à l’épître. Elle doit être sensiblement antérieure à la première épître aux Corinthiens (printemps 56) puisque, dans cette lettre, Paul ne dit rien de l’issue de son procès, : ce qui suppose que les Corinthiens en ont déjà . été instruits soit par une lettre antérieure soit

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par une autre voie. D'autre part, la captivité de Paul doit tomber vers la fin de son séjour à Éphèse, puisque, au moment où il entrevoit l’issue de son procès, il expose le projet de bientôt quitter l’Asie pour venir à Philippes. Peutêtre peut-on, dans ces conditions, admettre que l’épître a dû être écrite vers la fin de l’année 551.

1. La date que nous proposons pour la composition de l’épître aux Philippiens explique certains faits qui, dans l'hypothèse traditionnelle, paraissent assez étranges, notamment certaines affinités assez étroites qu'il paraît y avoir entre l’épître aux Philippiens et les épîtres aux Thessaloniciens (absence du titre d’apôtre dans la salutation, rareté des citations de l’Ancien Testament, etc.). L’épître est, d’autre part, très différente de l’épître aux Colossiens dont elle serait cependant très proche, sinon contemporaine, d’après la conception traditionnelle.

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