‹ Introduction au Nouveau Testament (volume 3)Chapitre 12 sur 98 · Ta. Zaux, Éinl., 11, p. 835; Das Evang. des Lucas, p · texte numérisé non relu

Ta. Zaux, Éinl., 11, p. 835; Das Evang. des Lucas, p

seule indication fait peut-être exception, c’est celle qui est relative à l’origine antiochienne du personnage : elle est si ancienne et si universellement répandue qu’on pourrait se demander si elle: ne repose pas sur une tradition digne de foi ‘. I} y a cependant deux raisons qui nous paraissent de nature à imposer au moins une certaine réserve. Si l’on admet, comme nous essayerons, sinon de l’établir, du moins de le rendre vraisemblable, que derrière la première personne qu’on trouve dans certaines parties de la narra-: tion des Actes, il y a la personnalité de Luc, c’est au moment de l'arrivée de Paul à Troas (76, 10) que nous Îa rencontrons pour la première fois’. Sans doute il n’y a aucune impossibilité à

1. On ne la rencontre cependant pas avant le début du iv° siècle où on la trouve attestée par Eusese, h. e, LIT, 4. 6. SpirTA (Der Brief des Julius Africanus an Aristides, Halle, 1877 p- 69, 111) a émis l’hypothèse que Eusèbe l’aurait empruntée à Julius Africanus. ZA, après avoir donné son adhésion à cette hypothèse (Einl., Il, p. 336), l’a retirée (Das Ev. Lucas, PE n. 16) en se. déclarant convaincu par les observations de RercHaroT, Die Briefe des Africanus (TT. U., xxx1v. 3), Leipzig, 1909, p. 48-52. |

2. 11 n'en serait pas ainsi si pour le passage 1/, 28 on adoptait la leçon du texte occidental (D. p. w. Augustin) : « En ces jours-là, des prophètes vinrent de Jérusalem à Antioche,. Il y eul une grande joie el, comme nous élions assemblés, l’un d'eux, du nom d’Agabus..…., » Zaun (Einl., II, p. 334. 336. 842) croit ce texte primitif et fait valoir en sa faveur qu’un recenseur qui aurait eu l'intention d'introduire dans les Actes

ce qu un personnage originaire d’Antioche ne soit entré en relation avec Paul que bien loin de sa ville natale. Il y a néanmoins dans le fait signalé un indice qui est au moins défavorable à la tradition examinée. I] faut ajouter qu’il ne serait peutêtre pas impossible d'expliquer comment on en est venu à établir une relation entre Luc et Antioche. Nous ne savons rien de Théophile à qui l’œuvre de Luc est dédiée. Si rien n'autorise à conjecturer que Théophile soit un personnage imaginaire, on peut seulement, de l'emploi du terme xpariore, déduire que c'était un personnage de haut rang *. La tradition n’a pu se contenter de données aussi maigres. Leroman des Clémentines(Recogn.,X,61) raconte qu'il habitait Antioche dont il était un des plus riches citoyens et qu'après avoir entendu la la tradition sur l’origine antiochienne de Luc, aurait agi avec moins de discrétion. Son observation ne porte que si on admet l’hypothèse d’un rédacteur visant à introduire dans le texte une tradition qu’il savait n’y pas être contenue ; elle ne porte pas si le recenseur a cru exprimer ce qui, pour lui, était sousentendu. D’autre part, on ne comprendrait absolument pas pour quelle raison, si la recension 8 était primitive, l’auteur de la recension à aurait modifié le texte considéré. La recension $ établit toutefois que la tradition relative à l’origine antiochienne de Luc est bien antérieure à l’époque d’Eusébe.

1. ZAxN, Das ÆEv. des Lucas, p. 56 s. L’affirmation de ZAnN (4. c.) que Théophile n’aurait pas encore été chrétien au moment de la composition de l’évangile parce que Luc n’aurait

pas donné à un frère le titre protocolaire xpdtiore, ne nous paraît pas fondée.

prédication de Pierre il transforma sa maison en une grande basilique. Plus tard on fit de lui un évêque et finalement on le confondit avec l’apologète de la fin du second siècle, l’évêque Théophile d’Antioche *. Cette confusion pourrait être toute l’origine de la tradition. Voulant faire de lui un évêque, on l’aura confondu avec son homonyme ; on lui aura ainsi attribué Antioche pour patrie ce qui, du même coup, aurait eu pour conséquence de faire de Luc aussi un Antiochien. Ce n'est là sans doute qu’une hypothèse, elle nous paraîit cependant suffisamment plausible pour que nous ne puissions avoir toute confiance dans la tradition sur l’origine antiochienne de Luc.

Si des réserves s'imposent sur ce point qui cependant est celui où la tradition extracanonique sur Luc paraît la plus solide, que faut-il dire du reste ? C’est un tissu de légendes ; parfois on aperçoit assez clairement les motifs qui ont pu leur donner naissance, d’autres fois ces motifs nous échappent ou bien n'existent pas. La tradition peut être née uniquement du libre jeu de l’imagination. Il suffira de noter les points principaux de la légende.

Dans certaines listes d’apôtres on a fait figurer Luc à côté de Paul et de Marc en excluant pour leur faire place Philippe, Thaddée et Jacques fils

1. Voir l'indication des textes dans Zaun, Einl., II, p. 337.

d’Alphée ‘. L'existence de semblables listes en dit long sur le sens historique de ceux qui les ont établies.

Si cette légende est destinée à glorifier Luc, d’autres satisfont à son sujet la pieuse curiosité des lecteurs, telle celle qui nous apprend qu'après avoir été instruit par Lazare, Luc fut baptisé par Philippe, à Berôa en Syrie ?.

Au vi° siècle, chez Théodore le et on voit apparaître la légende de Luc peintre. L’impératrice Eudoxie aurait, vers 440, envoyé de Jérusalem à Constantinople un portrait de la vierge Marie peint par Luc. L'origine de toute cette légende pourrait bien n'être, comme l’a supposé Zahn : qu’une confusion entre isrsosiv qui signifie raconter et istopix. qui, chez les auteurs byzantins, signifie tableaux.

Comme champ de mission la tradition a attribué à Luc Rome, l'Italie et Ia Grèce ‘ ou bien, plus simplement, toute la terre *. Le Pseudo Dorothée fait de lui un évêque de Laodicée *.

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