V. — LA DERNIÈRE PÉRIODE
Si l'étude de Johannes Weiss peut être considérée comme ayant clôturé l’ère de la recherche exclusive des sources, son mérite cependant est loin d’être purement négatif. Elle indique en effet un programme positif de recherches. On peut constater chez ce critique, dans une certaine mesure au moins, un retour au point de vue de l’école de Tubingue, puisque la recherche des intentions de
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lPauteur est l’un des objets proposés à l'attention des exégètes. Mais il y a, à côté de cela, quelque chose de tout à fait nouveau dans le programme “esquissé par Johannes Weiss : c’est qu’il appelle l'attention sur l'étude des caractères littéraires du livre. Ainsi s'inaugure une nouvelle phase de la critique des Actes pendant laquelle l’attention se portera à la fois sur le caractère littéraire et sur la valeur historique du récit. Le point de vue auquel l'ouvrage est envisagé s’élargit et cesse d’être étroitement théologique. À cette évolution du problème des Actes correspond le fait que des savants, qui ne sont pas des exégètes de profession, mais des philologues ou des historiens, apportent d'importantes contributions à l'étude des Actes, tels sont Schwartz, Wellhausen, Wendland et Norden.
Pour cette dernière période, qui touche à celle dans laquelle nous vivons et pour laquelle nous manquons de recul, il est impossible de dégager dès maintenant des lignes directrices et de procéder à des classements définitifs. Nons nous bornerons donc, en suivant autant que possible l’ordre chronologique, à mentionner les principaux travaux récents sur les Actes et à les caractériser brièvement.
Dans son Introduction au Nouveau Testament Jülicher (p.405 s.) admet qu’il faut voir en l’auteur
des Actes un narrateur candide et naïf et non un écrivain machiavélique qui adapte, en les déformant pour cela, les faits aux intentions qu'il veut servir. Il a spontanément projeté dans l’âge apostolique ce qu'il voyait autour delui. Le paulinisme édulcoré et abâtardi, aussi bien que le judéo-christianisme universaliste et dégagé des étroites frontières de judaïsme qu’il présente, ne sont que le reflet de la situation théologique et ecclésiastique qui existait autour de lui. Aïnsi, si l’auteur des Actes a déformé l’histoire, il n’avait aucune intention de le faire.
Si Johannes Weiss revient, en quelque mesure, à la manière dont les théologiens de Tubingue avaient posé le problème des Actes, il se sépare d'eux par la manière dont il se représente les intentions de l’auteur. Les Actes lui paraissent être une apologie adressée aux païens. Le plaidoyer porte sur deux points : le premier est la substitution du christianisme au judaïsme dans sa mission mondiale ; le second est le loyalisme des chrétiens à l'égard des autorités romaines. De l'exposé qu'il fait ressort une conclusion importante, c'est que c'est au christianisme et non au Judaïsme que doivent venir les âmes païennes déçues par le polythéisme et qu’attire le haut idéal du monothéisme.
Il faut au moins mentionner les travaux de
William Ramsay’. Avec beaucoup d'’érudition et une connaissance approfondie du théâtre sur lequel s’est exercée l’action de Paul, Ramsay a présenté,à diverses reprises, toute une série de plaidoyers en faveur de l’historicité du livre des Actes conçue dans le sens le plus étroit et Le plus rigoureux. Seuls les matériaux réunis, notamment les matériaux épigraphiques, donnent une réelle valeur à ces travaux qui ne seraient sans eux que des plaidoyer traditionalistes.
Les études relatives aux Actes ont été sinon renouvelées, du moins remises à l’ordre du jour par les travaux de Harnack *. Le livre des Actes tout entier est, pour lui, l’œuvre de Luc, le médecin * ;il a été écrit à la fin des deux années de
1. En particulier Saint Paul, (he traveller and the roman citizen, London, 1895, nombreuses rééditions, traduit en allemand sur la troisième édition (1897) par H. Groscuxe sous le titre Paulus in der Apostelgeschichte (Gutersloh, 1898) qui répond mieux que le titre anglais au contenu du livre. Voir aussi de nombreuses études publiées par le même auteur dans la revue The Expositor et quelques chapitres du livre intitulé The Bearing of recent discovery on the trustworthiness of the New Testament, 2 London, New York, Toronto, 1915.
2. Lukas der Arzt der Verfasser des dritten Evangeliums und der Apostelgeschichte, Leipzig, 1906 ; Lie Apostlelgeschichte, Untersuchungen, ibid, 1908; Neue Untersuchungen zur Apostelgeschichle und zur Abfassungszeit der synoptischen Evangelien, ibid., 1911 (Beilräge zur Einleitung in das Neue Testament, I. III. IV).