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Quelle habileté ne faudrait-il pas prêter à l’interpolateur pour expliquer qu'il ait pu réaliser un pastiche aussi réussi?
On peut ajouter à ce qui précède deux remarques faites par Zahn (G. K., J, p. 681 s.) et reprises, après lui, par d'autres auteurs. Elles reposent sur la critique du texte. La première c’est que, dans plusieurs cas, Marcion a des leçons qui coïncident avec celles du texte occidental et qui présentent un caractère harmonistique très marqué (cf. Harnack, Marcion, p.224*s.). Ce fait s'explique facilement si Marcion a travaillé sur le texte de Luc lui-même. Si au contraire il avait utilisé un proto-Luc, on ne comprendrait pas comment les leçons considérées pourraient ne pas se trouver dans tous les exemplaires du texte actuel. La même remarque peut être faite à propos d’autres leçons encore qui n'ont pas un caractère harmonistique et dont l'origine prémarcionite est établie par le fait qu'elles se rencontrent simultanément chez Marcion et dans quelques textes catholiques.
La thèse d'un remaniement de l’évangile de Luc a élé présentée indépendamment de toute relation avec le problème de l’évangile de Marcion par Alfred Loisy (Les écrits de saint Luc à propos d'un livre récent, R. H. L. R., 1913, p. 367 s.) comme développement de sa théorie sur la composition
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des Actes. Partant du fait que l’œuvre de Luc a été, dans les Actes, remaniée et surchargée, il se demande si elle n’a pas subi dans l’évangile un
traitement semblable et il indique une série de
morceaux, qui, à son avis, pourraient bien n'avoir pas appartenu au fond primitif du troisième évangile. C’est Le transfert au début du ministère de la scène de Nazareth et l'insertion dans cet épisode de discours qu'ignorent Marc et Matthieu (Le., 4, 17-19. 21-27). C'est la mission des 70 disciples, collège fictif dont on n'imagine guère que Luc ait pu parler {10, 1). Ce sont encore certaines des paraboles propres au troisième évangile. C’est enfin, dans l'évangile de l'enfance, l'insertion des cantiques et la notice de 1, 34-35 sur la conception virginale, à moins toutefois que ce soient les deux premiers chapitres dans leur ensemble qui doivent être mis au compte d’un rédacteur postérieur.
Il est difficile de discuter ces vues, qui ne sont jusqu’à présent données par Loisy que comme «un aperçu plus ou moins hypothétique » et qui ne sont accompagnées encore d'aucune justification. On peut cependant formuler deux remarques générales qui doivent, au moins, inspirer une grande réserve.
C’est d’abord que la théorie proposée ne semble pas justifiée par les observations relatives au style et au vocabulaire qu'appellent les morceaux sus-
pectés par Loisy. Il faut ensuite remarquer — nous indiquons seulement ce point sur lequel nous reviendrons — que la plupart de ces morceaux ont, dans le plan de l’évangile de Luc, une place organique qui empêche de les considérer comme des éléments introduits après coup.
ITT. — LE PLAN DE L'ÉVANGILE DE Luc.