V.— Les SOURCES DE L’ÉVANGILE
Les éléments de l'évangile de Luc qui correspondent à des récits de Marc et qui en proviennent représentent un peu moins des deux cinquièmes de l'ensemble, environ 38,70 0/0 ; ceux qui n’ont d'équivalent que chez Matthieu et qui, par : suite, peuvent être attribués aux Logia équivalent à peu près à un cinquième du livre (20,20 0/0). Les éléments particuliers à Luc forment donc la partie la plus étendue de son évangile, un peu plus des deux cinquièmes (41,10 0/0). Parmi eux se rencontrent quelques-uns des morceaux les plus caractéristiques et Les plus beaux de la tradition évangélique, quelques-uns de ceux qui en constituent les plus purs etles plus incontestables joyaux !.
La question des sources particulières de Luc pose donc un problème d'une’ toute particulière
A. Jon. Weiss, Schr., L4, p. 394; Bousser, art. Evangelien (synoptische), R. G. G., IL, col. 718. .
importance. Il convient, avant d'indiquer dans quelle direction on en peut chercher la solution, de donner une idée de quelques-unes des théories qui ont été soutenues, non pas dans l'intention de tracer un tableau complet des recherches entreprises à ce sujet, mais seulement pour faire connaitre le type des solutions proposées et préciser ainsi la position jâu problème.
1° Les principales théories sur les sources de l'évangile de Luc.
La théorie la plus simple peut-être que l’on puisse concevoir consisterait à admettre que Lue a recueilli auprès des témoins oculaires qu'il a été à même d'interroger les matériaux par les-
quels il a complété et, sur certains points, corrigé ses sources, écrites c'est-à-dire Marc et les Logia. C'est cette théorie qu'indique, par exemple, le P. Lagrange (Lc., p. Lxxxvi-xcn). Cet auteur pense que les tentatives pour déterminer les sources écrites des parties propres à Luc sont vouées à un échec certain. La solution du problème doit, selon lui, être cherchée dans une autre direction dont l'idée est suggérée par l'allusion du prologue à ceux qui ont été à l'origine les témoins oculaires (1, 2). Pour l'évangile de l'enfance, il pense à des récits qui, directement ou indirec-
tement, remontent à Marie. Pour les autres mor- .
ceaux, il croit que l’on pourrait penser à Jeanne, femme de Chouza (8, 2), à Manaen, frère de lait d'Hérode (Actes, 13, 1), au diacre Philippe (Actes, 8, 5), à Jean fils de Zébédée, à Cleopas (24, 18), à d'autres encore peut-être. Cette théorie appelle diverses réserves. Elle est d'abord entièrement conjecturale et par là même invérifiable; de plus la
nature de plusieurs récits considérés — et ceci vaut.
particulièrement pour l'évangile de l'enfance — empêche absolument de les attribuer à des témoins oculaires ; enfin Lagrange tire de Lc.,1, 2 bien plus que ne contient ce texte. Il y “ question des témoins oculaires qui ont transmis le récit des faits, mais rien n'indique que Luc les ait directement consultés. Si tel avait été le cas, il n'aurait pas manqué de le dire expressément pour relever ainsi la valeur de son récit.
Les réserves qu'appelle la théorie du P. Lagrange valent aussi contre celle de F. Dibelius (Die Herkunft der Sonderstücke des Lukasevangeliums, Z.N. T. W., XII, 1911, p. 325-343). S'appuyant
sur le passage Actes 11, 28 pour lequel il adopte. la leçon du texte occidental ‘, cet auteur fait de.
Luc un membre de la communauté d’Antioche à ses débuts et admet qu'il a été à même de recueil-
1. Sur la fragilité de cette opinion, voir Intr., I, p. 86 s.
li | auprès des Holénsies dispersés par la persécution de précieuses informations. A Antioche
odes de l’évangile de l'enfance qui s'étaient
éroulés dans le Temple. Les premières informa-
tions de Luc remonteraient ainsi à une date fort
ancienne. Plus tard — au cours du second voyage
missionnaire de Paul — Luc fut en rapport avec
Silas; plus tard encore, il connut Philippe à Césa-
rée et à Rome des palestiniens comme Androni-
cus, Junias et Rufus (Rom., 16, 7. 13).
à Antérieurément à Dibelius et à Lagrange, Harnack (1, p. 108 s.) avait présenté une théorie qui Mat être rapprochée des leurs, mais dont la por-
3 tée est toute différente. Ce serait bien de la com-
“ munauté primitive par l'intermédiaire du diacre Philippe et desés sept filles vierges et prophétesses
que Luc tiendrait ses Étonnattons particulières !,
mais Harnack estime que ces traditions jérusalé-
1. Pour justifier cette opinion, Harnack fait valoir différents faits : 1° Luc a séjourné à Césarée chez Philippe et à connu ses filles (Actes, 21, 9). 2° Papias (Eusëss, h. e., III, 39,9) commen-
ne tait des récits qu'il croyait venir de filles de Bee 3 Les
pe | morceaux particuliers mettent souvent des femmes en scène. Le Ils attribuent une grande importance à l'Esprit. 5° Ils mentionnent souvent la Samarie ; or Philippe avait évangélisé cette province.
dont parle Actes, 6,7 ont pu lui raconter les épi- |
LS er
mites ou judéennes sont de valeur historique minime et souvent entièrement légendaires. Par là Harnack échappe à l'une des plus sérieuses objections qui portent contre les théories de Dibelius et de Lagrange. Son système reste néanmoins conjectural et suppose que les morceaux particuliers à Luc présentent une homogénéité qu'ils ne paraissent pas avoir en réalité !.
C'est aussi une source d'information homogène que suppose Bernhard Weiss dans une étude parue en 1907, mais qui est la conclusion d'une longue série de travaux antérieurs ?. Pour B. Weiss, Luc a combiné à Marc et aux Logia une troisième source désignée par la lettre L. L'existence de celte source ne peut être ni établie ni, au contraire, écartée par de simples arguments de langue, de vocabulaire ou de style, puisque Luc ne s’est pas borné à reproduire ses
1. PLuwwer (Le., p. XXIII) admet aussi, mais sans prétendre expliquer ainsi la totalité des éléments particuliers au troisième évangile, que Luc a recueilli des informations d'abord dans l'entourage de Paul, puis à Jérusalem, à Césarée et à Rome.
9, Die Quellen des Lukasevangeliums, Stuttgart, Berlin, 1907.— Une théorie, dans les grandes lignes, au moins, analogue à celle de B. Weiss avait été exposée par PauL FEINE,Einevorkanonische Ueberlieferung des Lukas in Evangelium und Apostelgeschichle, Gotha, 1891. De son côté A. SonLaTrer (Die beiden Schwerter Lukas 22, 35-38. Ein Stück aus der besonderen Quelle des Lukas, Gütersloh, 1916) a aussi soutenu que Luc avait disposé d'une source particulière homogène.
sources mais qu'il les a remaniées et, en une cer- taine mesure, récrites. C'est sur des considérations
exégétiques que B. Weiss s'appuie pour attribuer à une source homogène la presque totalité des morceaux particuliers à Luc !. La disposition de cette tradition lui parait, dans une large mesure, déterminée par des considérations d'ordre littéraire. Elle ne fournit donc pas de données qui permettraient de confirmer ou de corriger sur certains points le cadre du récit de Marc.
Cette théorie d’une source particulière homogène est admise par un certain nombre de critiques, tout au moins pour le grand fragment 9, 81-18, 14. Schaarschmidt, par exemple (Der Reiseberichtim Lukasevangelium Luk.,9,51-18 14), St. u. Kr., 1909, p. 12-28), croit que Luc aentendu raconter dans cette section le dernier voyage de Jésus de Galilée à Jérusalem,mais qu'en réalité le document qu'il utilisait rapportait plusieurs voyages. Ce fait résulterait, selon lui, de la triple mention du départ de Jésus pour Jérusalem (9, 51; 13, 22;17, 11). Tout le morceau serait un fragment d’évangile et devrait être considéré non pas comme se plaçant à la suite de 9, 50 mais comme étant parallèle à l'ensemble de la tradition synop-
1, 11 n'en excepte que quelques morceaux, comme, par exemple, la pêche miraculeuse (5, 1-//), qu’il regarde comme des.
remaniements de la tradition de Marc faits par Luc.
tique. Sans entrer dans la discussion de l’argu- |
mentation de Schaarschmidt, il suffit de noter que
le manque complet d'homogénéité du fragment considéré constitue contre sa théorie une objection décisive.
La même raison oblige à écarter le système de
Hawkins (Three limitations to St Lucke’s use of St. Mark's gospel, Studies, p. 29 s.) qui, sans cependant se prononcer d'une manière formelle, incline à penser que l'hypothèse de compile ts de sources diverses ne peut expliquer le « récit de voyage », auquel des indications comme celles de 9, 52. 56. 57; 10, 1. 38; 13,22; 14,25 ; 17, 11 donneraient une cohésion plus grande que celle des Logia. Il croit que Luc a abandonné ici le récit de Marc parce qu'il avait le sentiment de disposer d’un document de valeur supérieure. Le même auteur (St. Luke's passion narrative considered with reference to the synoptic problem, Studies, p. 76-9%) admet que, pour la passion, Luc a utilisé, en même temps que le récit de Marc, .une autre relation des événements qui avait cours dans le milieu paulinien !.
Un certain nombre de critiques pensent que la
1. A. WaAUTIER D'AYGALLIERS (Les sources du récit de la passion chez Luc, Alençon, 1920) n'admet une opinion semblable que pour un très petit nombre de fragments, notamment pour le récit de l'institution de la cène.
LR
majeure partie des éléments propres à Luc doit
être expliquée soit par l'emploi d’une forme par- ticulière des Logia (Socrau, Unsere Evangelien,
p. 43s.; SranTow, [1 p. 239), soit par la combinai-
son avec les Logia d’une source spéciale, combinai-
son déjà réalisée avant la rédaction de l'évangile !.
Enfin, plusieurs critiques estiment qu'il n'est
pas possible de rendre compte de tous les éléments
particuliers du récit de Luc par une théorie relativement simple comme celles que nous venons kde passer en revue. Wernle {S. F:, p. 9% s.), par exemple, estime qu'il y a lieu d'écarter les deux hypothèses extrêmes auxquelles on pourrait songer, celle d’un évangile particulier utilisé par Luc et celle d’inventions qui seraient à mettre entièrement à son compte. Le Sonderqut de Luc n'apparaît pas comme une masse homogène; mais les morceaux qui le constituent peuvent être répartis en diverses catégories suivant l’impor-
1. ScxmeDez (art. Gospels, E. B., II, col. 1866) pense que Luc a utilisé à la fois les Logia et une édition ébionite des Logia. J. VERNON Bartzer (The sources of St. Luke's Gospel, Studies, p. 315-363) pense que Luc a utilisé, à côté de Marc, un document résultant de la combinaison des Logia et d’une source particulière. SrreEtTER (The Hibbert Journal, oct. 1921) admet une théorie analogue en considérant cette seconde source comme un proto-Luc (d'après Anglican theological review, 1922, p. 338). Le système de Streeter est admis, avec quelques réserves par T. STEPHENSON, Fresh light on the synoptic problem, Journ. of #heol. St., 1922, p. 250-255.
502 LES ÉVANGILES SYNOPTIQUÉS
tance plus où moins grande qu’il faut, dans chacun d'eux, attribuer à l'élément rédactionnel ! et suivant que la disposition qui leur est donnée est ou n'est pas à mettre au compte de Luc ?.
2° Critique de la théorie d'une source particulière
homogène.
Pour l'étude des sources de Luc, nous laisserons provisoirement de côté les récits de l’évangile de l'enfance qui présentent un caractère particulier et demandent à être examinés à part.
Une première remarque nous parait s'imposer, tant à la suite de l'analyse que nous avons essayé de faire de l’ensemble du récit que comme conclusion des observations que nous ont suggérées les diverses théories proposées, c'est qu’il ne paraît pas possible de rattacher tous les éléments particuliers à Luc à une source unique. Même si l'on n’envisage
4. WERNLE (S. F., p. 94) soutient avec raison qu'il y a chez Luc des morceaux qui résultent d'un travail de création liltéraire. Tel est par exemple le cas de la guérison de l'hydropique un jour de sabbat. C'est l'illustration du logion Mé., 42, 11. Le., 14,5. Le récit est constitué essentiellement par la discussion sur le sabbat de Me., 3, 1-6 et par l'idée de l'invitation chez un pharisien dont Luc a usé aussi au ch. 7 et au ch. 11.
2, Avec des nuances diverses se prononcent également contre la thèse d'une source homogène particulière à Luc : SCHMIEDEL (art. Gospels, E. B., IT, col. 1866); PLummEer (Le., p. xxv s.), etc.
: que le contenu du grand fragment 9, 51-18, 14, on ne trouve pas autre chose qu'une compilation sans enchaînement, ni logique, ni chronologique, Les morceaux qui là constituent n’ont pas la même origine, puisque certains sont en contact avec la tradition de Marc, d'autres avec celle des Logia, tandis que d'autres encore n’ont de contact ni avec le premier, ni avec le second évangile. On a, il est vrai, remarqué que certains des morceaux particuliers à Luc trahissent un même sentiment d'hostilité contre la richesse et de bienveillance envers les pauvres, considérés comme ceux à qui l'Évangile s'adresse d'une manière très spéciale. La parabole de l'homme riche et de Lazare (16, 19-31) et, dans celle de l'économe infidèle, l'expression « le Mamon injuste » (16, 11) sont, à cet égard, caractéristiques. De cette observation on a parfois cru pouvoir conclure que Luc avait utilisé une source ébionite (de ebion, pauvre). IL faut cependant noter que cette tendance ne se reconnaît pas dans toutes les sections particulières à Luc. L'homme riche n'est pas toujours présenté comme un personnage antipathique. Le père de l'enfant prodigue, le bon Samaritain sont riches. Zachée — et ceci est plus important puisqu'il ne s’agit pas d’une parabole, — est riche même après avoir donné la moitié de ses biens, et Jésus déclare que « le salut est entré dans sa mai-
son » (19, 1-10). Jésus est si peu, en principe,
hostile aux riches qu'il prend volontiers place, d'après Luc, à la table de pharisiens. La tendance ébionite, si tant est qu’elle existe, n’est pas propre à la source spéciale de Luc, puisqu'on la trouve exprimée dans les malédictions (6, 24-26) aux-
quelles leur étroite relation avee les Béatitudes
empêche d'attribuer une autre origine que les Logia. Elle n’est pas non plus spéciale à Luc, puisque c'est Marc qui a conservé la parole, sans doute la plus ébionite de tout le Nouveau Testament : « Il est plus difficile à un riche d'entrer dans le Royaume des cieux qu’à un chameau de passer par Le trou d’une aiguille » (10, 25). L'ascétisme, la défiance à l'égard de ce qui est richesse et jouissance ne sont donc pas propres à l'évangile de Luc et par suite ne peuvent servir ni à
caractériser la physionomie [de l’évangéliste, mi.
à établir l'unité de ses sources particulières (Jüricner, Einl., p. 316).
On pourrait se demander si, à défaut d'unité de disposition et d'unité d'esprit, on ne trouverait pas, dans les morceaux particuliers à Luc, ce qu'on pourrait appeler une unité d'orientation géographique. L'évangile de l'enfance représente incontestablement une tradition judéenne, les apparitions du ressuscité sont localisées à Jérusalem ; par trois fois, dans le morceau particulier à
Luc, il est dit que Jésus se dirige vers Jérusalem (9,51 ; 13,22 ; 17, 11). Certains morceaux obligent ou du moins autorisent à admettre une localisation jérusalémite ou judéenne (par ex.: 70, 29 s. 38 s. 13, 1 s. 65.34 s.). Tout cela ne proviendrait-il pas d’une source qui, sous l'influence du rôle de l'Église de Jérusalem, tendait à transporter le centre de gravité du ministère de Jésus de Galilée en Judée ? Que cette tendance ait bien existé, c'est ce que l’évolution des récits d’apparitions et l’état actuel de la narration johannique ne per-
mwettent guère de mettre en question. Mais il y a
lieu de remarquer d'abord que cette tendance ne suffit pas pour caractériser un document ; elle a dû, à un certain moment, agir sur l'ensemble de la tradition. En second lieu, si quelques morceaux de Luc ont un caractère judéen, rien dans le cadre et dans l'agencement du récit n'est disposé de manière à mettre ce caractère en relief ; il y a lieu de se demander s’il ne faut pas considérer les morceaux en question comme des débris de traditions réellement judéennes ou jérusalémites. Il faut en eflet, nous l'avons vu, reconnaitre au cadre du récit de Marc un caractère artificiel et
- attribuer au ministère judéen et jérusalémite de
Jésus plus d'importance que ne l'indique la tradition synoptique. À
3° Luc, Marc et les Logra.
Si l'on renonce à admettre pour tous les mor-
ceaux particuliers à Luc une origine unique et
homogène, la première chose à faire avant d'en
entreprendre le classement est de rechercher si quelques-uns d'entre eux ne peuvent pas être attribués aux deux principales sources du troisième évangile. Il n’y a — cela ressort de ce que nous avons exposé à propos du second évangile et du problème synoptique en général — aucune raison d'attribuer quelques éléments particuliers de Luc à un proto-Marc que le Marc canonique n'aurait qu'incomplètement reproduit ; mais le troisième évangile contient quelques morceaux directement apparentés à la tradition de Marc,
soit qu'il faille y voir des remaniements, cor- .
reclions ou développements de récits de Mare, soit qu'ils représentent des formes parallèles de la tradition, plus évoluées ou au contraire plus primitives que celles qu'on trouve dans le second évangile. À la première série appartient la notice sur l’emprisonnement de Jean-Baptiste (3, 19-20), réduction de l’histoire racontée par Marc (6, 175.) avec élimination de traits que les critiques estiment, à bon droit, suspects. Le récit de la première prédication de Jésus à Nazareth (4, 16-30)
est de même un remaniement de Me VO T-0Ve:
Dans la seconde série, on peut faire fi ie l'épi-
sode de la pêche miraculeuse (5, 1-11), développement du récit de la vocation des premiers disciples (Mc., 1, 16-20), mais développement qui ne peut guère être attribué à Luc lui-même, puis-
qu'il semble avoir fait partie d'un récit du minis-
tère galiléen ulilisé dans le quatrième évangile !. L'histoire de la pécheresse aux pieds de Jésus
(7, 86-60) est une variante de l’onction de Bétha-
nie (Mc., 14, 3-9). La question du plus grand commandement (10, 25-28) est donnée sous uneforme qui parait originale par rapport à celle qu'a conservée Marc (72, 28-34). L'épisode de la femme qui proclame ana la mère de Jésus (11, 27- 28) peut difficilement être tout à fait indépendante de la déclaration de Jésus sur ses vrais parents (Me., 8, 31-85) aussi reproduite par Luc (8, 19-21). IL y a certainement,de même, quelque relation entre la parabole du figuier stérile (13, 6-9) et la malédiction du figuier (Mc., 11, 12-14)? entre la guérison d’une femme le jour du sabbat (13, 10-17 s.\ et la guérison de l'homme à la main sèche {Me.,
3, 1-6. Lc., 6, 6-11), entre l'épisode de Zachée
4. Nous reviendrons sur cette question dans l'étude du quatrième évangile.
2. Dans ce cas, la priorité parait être du côté de la tradition conservée par Marc.
ce 1-10) et la vocation de Lévi (Mc., 2, 13-14. , 9, 27-28).
qi faut, comme nous l'avons fait pour l’ ne.
de Matthieu, attribuer aux Logia une part importante des éléments Re à Luc. Deux cas sont à envisager ici : il y a d’abord un certain nombre de fragments qui sont si étroitement et si organiquement unis à des morceaux venant des Logia qu'on ne saurait leur attribuer une origine différente. Abstraction faite de quelques fragments de minime étendue, comme 9, 61-62, on peut indiquer, comme entrant dans cette catégorie, la prédication de Jean-Baptiste à divers groupes (3, 10- 14), qui ne peut être séparée de l’ensemble de là notice sur le précurseur, la parole sur le vin nouveau et le vin vieux (5, 39) jointe à la parabole des outres, les malédictions (6, 24-26) qui sont inséparables des Béatitudes, la parabole de la drachme perdue (15, 8-10) étroitement liée à celle de la brebis perdue, les paroles sur le feu et le baptème, et sur les signes des temps (72, 49-50. 54-56) à cause de leur relation avec 12, 51-53, morceau que son parallélisme avec Mt., 10, 34-36 conduit à attribuer aux Logia. À ces morceaux il faut peutêtre ajouter la démarche des disciples qui demandent à Jésus de leur enseigner à prier (71, 1) qui sert d'introduction au Notre Père. L’attribution ici est toutefois moins certaine, car il se pour-
rait que nous ayons affaire à une introduction forgée par Luc. L’allusion à une prière enseignée par Jean-Baptiste n’est cependant pas favorable à cette hypothèse, et l’on peut parfaitement concevoir que Matthieu ait fait disparaître cette introduction pour attribuer directement à Jésus l'initiative de l’enseignement du Notre Père.
Dans une seconde catégorie nous ferons figurer les morceaux dont l'attribution aux Logia paraît se justifier par leurs affinités avec des éléments constitutifs du même recueil. Ici encore le degré de certitude de l’attribution varie suivant les cas. Il est très grand pour des morceaux qui ont presque des équivalents dans le fond premier des Logia. Tel est le cas de la mission des soixantedix disciples (10, 1-20), pour les invectives contre les pharisiens (11, 87 s.; 16, 14-15), pour les appels | à la vigilance (72, 35-38 ; 21, 34-36), pour la parole . sur les jours de Lot (77, 28-32) et pour la dispute de préséance (22, 24-30). L'attribution est moins sûre quand on ne peut s'appuyer que sur des considérations relatives à l'allure générale et au caractère des morceaux. Néanmoins on peut, à croyons-nous, envisager comme possible l’attri- __ bution aux Logia des morceaux suivants : le bon Samaritain (10, 29-37), la prière de l’ami (11, 6-8), le riche insensé (12, 16-21), « ne crains pas, petit troupeau » (12, 32), le salaire du serviteur (72, 47-
48), enseignements à propos des festins (14, 7-14), l'homme qui veut bâtir une tour ou partir en campagne (14, 28-33), l'enfant prodigue (15, 11-32), l'économe infidèle (16, 1-12), l’homme riche et Lazare (16, 19-31), le serviteur inutile (17, 7-10), le Royaume de Dieu au-dedans de vous (17, 20- 21), le juge inique (18, 1-8), le pharisien et le publicain (18, 9-14), la prophétie de la destruction de Jérusalem (79, 41-44), et peut-être aussi Marthe et Marie (10, 38-42) et Jésus refuse de se faire juge d'un différend (12, 13-15). Il ne faut pas méconnaîtreque, parmi ces morceaux, il y en a, telle la prière de l'ami (11, 5-8) ou la parabole du juge inique (18, 1-8), qui pourraient bien être l'illustration et la mise en scène de paroles de Jésus, mais il paraît naturel d'admettre que la formation de ces morceaux est antérieure à Luc et ne peut lui être attribuée.
4° Les sources particulières.
Les éléments qui n’entrent dans aucune des deux catégories dont il vient d'être question, nous paraissent pouvoir être répartis en trois nouveaux groupes ; le troisième est formé par des traditions sur la nature et l’origine desquelles il n’est pas toujours possible de se prononcer. Nous y ferons figurer l’évangile de l'enfance avec la généalogie
L'ÉVANGILE DE LUC 514 WC, 9-2, 53 ; 3, 23-38), la résurrection du fils de la veuve de Naïn (7, 21-17), la notice sur les femmes qui suivent Jésus (8, 1-3), le mauvais accueil du village samaritain (9, 51-56), Marthe et Marie (10, 38-42), Jésus refuse de se faire juge d’un différend (12, 13-14), les Galiléens massacrés et la tour de Siloé (13, 1-6), le départ de la Galilée (13, 31-33), la guérison de l’hydropique (14, 1-6), celle des dix lépreux (77, 11-19), la tradition particulière sur l'institution de la cène (22, 15 s.), les récits d’apparitions (24, 13-49) et celui de l’Ascension (24, 60-53). Il convient de noter que la distinction entre les morceaux de cette catégorie et ceux de la première (traditions apparentées à celle de , Marc), ne peut pas être faite d’une manière très rigoureuse. De même il est tel morceau de la troisième catégorie (par exemple, Marthe et Marie, - 10, 38-42, la cène, 22, 15 s.) dont on peut se de- - manders’il ne devrait pas être plutôt attribué aux Logia. La valeur historique des éléments de la troisième catégorie est très inégale, puisqu'on y trouve des légendes poétiques comme l’évangile de l'enfance, des récits comme la guérison de l’hydropique (14, 1-6) qui apparaissent nettement
comme des combinaisons artificielles dont tous les
éléments constitutifs se retrouvent ailleurs et des
morceaux comme la notice sur l’hostilité d'Hérode * et le départ de la Galilée (13, 31-33), qui pour-
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