V. — L'HYPOTHÈSÉ DE LA TRADITION ORALE
La théorie de la tradition orale a été préparée
par Storr (1794) et Eckermann (1796), puis par - Herder !, qui soutint que l'évangile primitif, d’abord conservé oralement, n'avait été mis par écrit que pour parer aux défaillances de la mémoire et non pour créer des œuvres littéraires. La rédaction de Marc, faite en grec sous les yeux des apôtres, représenterait presque intégralement la prédication primitive; un peu plus tard, vers
60 ou un peu après, un évangile araméen plus
complet aurait vu le jour en Palestine; ce serait l’'évangile hébreu des Nazaréens dont serait sorti, après 70, l'évangile grec de Matthieu. Luc aurait
utilisé l’évangile araméen et d’autres traditions.
Herder ne se prononce pas sur la question de la dépendance directe des évangiles entre eux.
Au début du xix° siècle, le développement des idées de Niebubr et de Wolf créa un état d'esprit tout à fait favorable à la théorie de la tradition orale et prépara ainsi la voie à Gieseler ?, qui
OP Von der Regel der Zusammenstimmung unserer Evange lien, 4197. Cf. Vom Erlôser der Menschen nach den drei ersten Evangelien, 1196. Von Gottes Sohn der Welt Heiland nach Johannesevangelium, 1797.
2. Historisch-kritischer Versuch über die Entstelhung und die frühesten Schichsale der schriftlichen £vangelien, Leipzig, 1818.
fut le théoricien de ce système. Gieseler expliquait l'origine des évangiles uniquement par la tradition orale. Les différences qu'ils présentent entre eux proviennent des modifications subies par la tradition du fait des diverses tendances du christianisme primitif. Accessoirement Gieseler fait intervenir les réminiscences personnelles de chacun des évangélistes. Il y eut successivement deux transpositions de la tradition araméenne orale, la première faite sous l'influence de Paul, en vue de son œuvre missionnaire, est l'évangile de Luc. Une autre transposition, faite un peu plus tard, donna naissance aux évangiles de Matthieu et de Marc. Quant aux évangiles apocryphes, ils sont sortis d'une forme postérieure et altérée de la tradition orale.
La théorie de la tradition orale ne cessa pas, depuis l’époque de Gieseler, d’avoir des défenseurs, parmi lesquels on peut nommer Westcott (1860) et Godet !. Celui-ci admet que la prédication apostolique se fixa d'abord sous une forme araméenne sous l'influence principale de Pierre pour la partie narrative et de Matthieu pour l'élément didactique. Le passage de la forme araméenne à la forme grecque se fit sous l'influence de Matthieu.
A. Introduction au Nouveau Testament, Neuchatel, 1893-1908, t. 11, et antérieurement dans les diverses éditions du commentaire sur l'évangile de Luc.
Marc reproduisit le premier cette tradilion dans un ouvrage écrit en y ajoutant certains détails qu’il tenait.de Pierre. Le récit de Marc est combiné dans le premier évangile avec les discours recueillis par Matthieu. L'évangile de Luc fut écrit à l’aide de ces deux documents et d’autres petits écrits sans contact direct avec la tradition orale.
Wetzel! admet qu’à l'origine de la littérature évangélique se place un exposé oral de l’histoire
évangélique fait par Matthieu à l'usage des mis-
sionnaires et des évangélistes. Marc à mis cet exposé par écrit; Matthieu l’a suivi, travaillant de mémoire dans la première partie de son œuvre, utilisant le récit de Marc dans la seconde. Luc est venu ensuite, travaillant, lui, entièrement de mémoire.
C. Veit?, touten admettant la théorie de la tradition orale, essaye de faire remonter plus haut les origines de cette tradition en faisant intervenir l'idée de petits résumés de l’enseignement de Jé-
4. Die synoptische Evangelien, Heïlbronn., 4883. HoLsten (Die drei ursprünglich noch ungeschriebenen Evangelien, Karlsruhe, 1883; Die synoplische Evangelien, Heidelberg, 1886) présente aussi une théorie qui combine le système de la tradition orale avec l'hypothèse de la dépendance mutuelle.
2. Die synoptischen Parallelen und ein aller Versuch ihrer Enträthselung mit neuer Begründung, Gütersloh, 1897.
Rent ; FUN (7/1 LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES | FER :
sus, sorte de catéchisme que les bobos appre naient par cœur.
Parmi les autres partisans de la rate orale a on peut encore nommer Guericke (1843), Wright Ya (1890) et un certain nombre de théologiens catho-
liques comme Bisping (1863), Meignan (1864),
Schegg (1870), Haneberg (1876), Fouard (1883), Le Camus (1883), Fillion (1888), Knabenbauer
(1894), Cornely (1897).