IV. — L'HYPOTHÈSE DE L'ÉVANGILE PRIMITIF
La théorie de la dépendance mutuelle qui avait
cours au xvin° siècle prenait pour point de départ
un des évangiles actuels, voyant en lui la fixation
immédiate de souvenirs directs. Sous l'influence.
des discussions que provoqua la publication des fragments de Wolfenbüttel par Lessing en 1778 ?, on en vint à se demander si les évangiles n'étaient
4, La solulion du problème synoplique, Tours, 1914, On ne peut à proprement parler considérer comme des partisans du caractère secondaire de Marc les critiques qui, comme Micuez Nico- LAS (1862) et SaLmon (1885), admettent bien que notre Marc actuel dépend de Matthieu et de Luc mais statuent un proto-Mare antérieur au premier et au troisième évangiles.
2. Von dem Zwecke Jesu und seiner Jünger, Noch ein Fragment des Wolfenbällelschen Ungenannten, Braunschweig, 4718. Ces fragments étaient l'œuvre de HERMANN SAMUEL REIMAruS. Sur
ce personnage et sur ses idées, Voir ALBERT SCHWEITZER, Gesch., p.135.
pas plus éloignés des faits qu’ils racontaient qu'on ne l'avait admis tout d’abord. Lessing consacra à cette question une étude dans laquelle il voulut considérer les évangélistes comme des auleurs purement humains !. Il admet qu'il y a eu avant les évangiles canoniques une première ré- daction araméenne de l'histoire évangélique. Cet évangile primitif serait celui des Nazaréens ou des Douze apôtres. Matthieu l'aurait traduit en grec, puis Marc en aurait donné une autre traduction d’après un exemplaire moins complet, enfin Luc en aurait à son tour donné une version plus soignée. Lessing fut suivi par Semler (1779), puis par Niemeyer (1790), qui identifièrent l’évangile primitif à l’évangile des Hébreux maintes fois mentionné par les Pères. Corrodi (1792) el Schmidt (1793) pensèrent à l'original hébraïque de Matthieu.
Eichhorn essaya de préciser l'hypothèse en statuant entre l'évangile primitif et les évangiles actuels quatre copies remaniées dont la première et la quatrième auraient été utilisées par Matthieu, la seconde par Mare, la troisième et la quatrième par Luc (1794). Plus tard *? (1804), il alla
4. Neue Hypothese über den Evangelisten als blos menschliche Schriftsteller belrachtet. Cette étude date de 1778, mais ne fut publiée qu'en 1784 dans les œuvres posthumes de Lessing.
2. Einleitung in das Neue Testament, I, Leipzig, 1804, p. 353.
jusqu'à distinguer neuf Rene Ann ORE
bridge, 1913-1916) qui, dans une série de publi-
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aux synoptiques. Marsh, le traducteur anglais de l’'Introduction au er Testament de Michae lis, n'aboutit pas à une théorie plus simple, il admet six documents : 1 l’évangile araméen primitif;, 2° la traduction grecque de cet évangile; 3° et 4° deux copies de cette traduction avec deux séries différentes d’additions ; 5° une copie dans laquelle les deux séries d’additions étaient réunies; 6° une collection de discours ou de paroles du Seigneur. | L’extrème complication que prenait nécessairement l'hypothèse de lévangile primitif dès qu'on voulait tenter d'expliquer les différences présentées par nos évangiles, devait amener l'abandon de cette théorie. Elle fut pourtant reprise au cours du xix° siècle par Wittichen (Leben Jesu, Iéna, 1876), qui admit trois documents primitifs qu’il appela À, B, C, faisant ainsi évoluer la théorie de l’évangile primitif dans une direction qui la rapprochait grandement d'une hypothèse documentaire. Il faut aussi mentionner Abbott (The fourfold Gospel, Cam-
cations récentes, a tenté de restituer un évangile primitif en dégageant les éléments communs aux trois synoptiques.