‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 21 sur 141 · LES ÉVAN · texte numérisé non relu

LES ÉVAN

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Marc apparait comme la source première qui per-

met de mieux comprendre la relation entre Mat-

thieu et Luc. L'évangile de Marc n'apparais-

sait cependant pas à Weisse comme une œuvre absolument primitive, il n’y voyait qu'une rédaction fragmentaire de l'enseignement de fente.

Christian-Gottlob Wilke! fit des rapports des trois récits parallèles une patiente étude, montrant par la minutie même de ses remarques, ainsi que l'observe Holtzmann {S. E., p. 31), combien longue et difficile était la route qu'il fallait suivre pour arriver à des résultats assurés. Wilke, observant l'identité des recensions parallèles non seulement dans les récits proprement dits mais dans les réflexions qui les accompagnent, attribue les divergences qu’ils peuvent présenter à l'activité littéraire des évangélistes. Il critique successivement la théorie de la tradition orale, celle de l’évangile primitif et celle des diégèses et aboutit à cette conclusion que la solution du problème doit être cherchée dans un évangile primitif identique à l’un des évangiles actuels et qui est celui de Marc. C'est ainsi que Wilke fut lentement et comme malgré lui con-

1. Der Urevangelist oder eine exegetisch-kritische Untersuchung des Verwandischaftsverhällnisses der drei erslen Evangelien, Dresden, Leipzig, 14838.

Mes RUES 208 ASE LE ï HISTOIRE DU PROBLÈME SYNOPTIQUE ai

duit à la théorie de la priorité de Marc, à laquelle il était loin de se rallier au début de ses recherches.

Les controverses auxquelles donnèrent naissance les théories de l’école de Tubingue sur la composition des évangiles valurent un regain d'actualité au problème de la place qui revient à Marc par rapport à Matthieu et à Luc. On sait que Schwegler et Baur avaient soutenu le caractère

tout à fait secondaire de Marc. Leurs vues ne

furent pas universellement admises parmi ceux qui se rattachaient expressément à l’école. Déjà en 1841, Bruno Bauer! avait pris nettement position pour la priorité de Marc en expliquant les divergences des autres récits par rapport au sien par ce qu'il appelait la puissance créatrice des évangiles. Il montrait notamment le rôle que les préoccupations théologiques et ecclésiastiques

avaient joué dans la transformation de la tradition. Seulement Bauer ne s’en tenait pas là; il

essayait encore de montrer que les forces qui avaient agi dans les évangiles de Matthieu et de Luc et les avaient différenciés par rapport à Marc avaient agi dès avant la rédaction de l'évangile

À. Krilik der evangelischen Geschichle der Synoptiker, Leipzig, 1841-42, 3 vol. Kritik der Evangelien und Geschichle ihres Ursprungs, Berlin, 4851-52. 4 vol. Le quatrième volume porte aussi le titre de Die theologische Erklärung der Evangelien.

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80 : LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES de Marc et que c’étaient elles qui expliquaient la formation de cet évangile lui-même. La littérature évangélique apparaît ainsi chez Bruno Bauer non seulement comme reflétant les idées religieuses et théologiques des premiers chrétiens mais encore comme étant une création de leur foi. Pour Bruno Bauer, Marc est l’'évangéliste primitif mais en même temps un évangéliste créateur. Avec lui le scepticisme de Strauss est largement dépassé. Suivant l'expression de Holtzmann (S. E., p. 33), là où Strauss ignorait ce qui s'était passé, Bauer savait qu'il ne s’était rien passé. Bruno Bauer resta un isolé ; il ne fit pas école et ses travaux tombèrent dans l'oubli. Il eut cette singulière fortune que l'école radicale hollandaise qui développa les mêmes vues que lui sur Paul et ses épitres!, et que Wrede, dont les idées en matière de critique évangélique se rapprochent beaucoup des siennes (Cf. Messias-. geh., p.280s.)développèrent leurs théories sans le connaitre et ne s'aperçurent qu'après coup qu'ils avaient eu un précurseur en la personne de celui qu'on peut appeler l'enfant terrible de l’école de Tubingue.

Avec Bruno Bauer c'est l’extrême-gauche de l'école de Baur qui se prononce contre l'opinion

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À. VAN DEN BERGH VAN EysiNGa, Die holländische radikale Kritik des Neuen Testaments, Iena, 1912.

du mailre sur le caractère de L'évangile de Marc.

Dix ans plus tard avec Albrecht Ritschl, ce sera l'extrème-droite qui prendra la même bo

; puis ce sera Kæstlin qui, en 1853 (Ursprung und Composition der synoptischen Evangelien, Stutt-

gart, 1853), développera une théorie assez com-

plexe mettant à l'origine un proto-Marc (dont est

dérivé l'évangile de Pierre), des discours de Mat-

thieu et diverses autres sources. Le point de vue

du proto-Marc était celui d’un semi-universalisme pétrinien. La combinaison de ce proto-Marc avec les traditions orales et les discours de Matthieu rédigés du point de vue judaïsant a donné naissance à l'évangile canonique de Matthieu dont le

point de vue est catholicisant. Luc est venu ensuite, combinant les diverses sources préexistantes ; enfin Marc a résumé dans son œuvre les

évangiles de Matthieu, de Pierre et de Luc.

La théorie de res (Die Religion Jesu, Leipzig, 1857), est sensiblement plus simple. Pour lui l’évangile de Marc est l’évangile primitif ; il a été composé sous l'influence des idées pauliniennes à l'époque où l'attente de la parousie allant s’affaiblissant, on éprouvait le besoin de tourner les regards vers le passé. Matthieu est un

1. Si du moins, à l'époque où ses vues sur l’évangile de Marc se modifient, Ritschl peut encore être regardé comme appartenant à l’école de Baur.

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remaniement de Marc inspiré par un intérêt judaïsant et utilisant un évangile primitif dans lequel cette tendance était, encore plus accentuée Chez Luc, le point de vue est beaucoup plus large que chez Matthieu.

Pendant que plusieurs des disciples de Baur abandonnaient ainsi la thèse du maitre sur le caractère secondaire de l’évangile de Marc, la plupart de ses adversaires prenaient une position semblable. Il suffira de nommer ici Reuss, Hitzig (1843), Sepp (1846\, Thiersch (1852), Plitt (1860). Albert Réville(1862), Holtzmann (1863), Bernhard Weiss (1864). Nous aurons à revenir sur les idées de plusieurs de ces critiques, soit à propcs du proto-Marc, soit à propos de La théorie des deux sources, qui a été développée en partant de la thèse de la priorité de Marc.

Il convient de signaler ici une forme un peu particulière sous laquelle s'est présentée, déjà chez certains adversaires de Baur et à maintes reprises dans la suite, la thèse de la priorité de Marc. Nous voulons parler de la théorie du proto- Marc. L’évangile de Marc sous sa forme actuelle ne serait pas la source à laquelle ont puisé Matthieu et Luc, mais une édition de cette source révisée soit d’une manière indépendante, soit sous l'influence des premier et troisième évangiles.

La théorie du proto-Marc se présente sous

deux formes indépendantes qui correspondent à deux problèmes bien distincts et sont en relation avec deux démarches bien différentes de la pensée. Nous ne nous occupons ici que de la première de ces formes !. Déjà Schleiermacher, en 1832, avait été conduit par l'étude du témoignage de Papias à penser qu'avant notre évangile de Marc, il avait existé un écrit plus simple qui était la transcription de récits faits par l’apôtre Pierre et que c'était de cet écrit que parlait le presbytre dans le fragment conservé par Eusèbe. La même idée avait ensuite été reprise par Credner?, qui avait soutenu que cette forme première du récit de Marc avait seule été utilisée par Matthieu et par Luc. Albert Réville (Études critiques sur l'évangile selon

saint Matthieu, Leyde, 1862; admet aussi un

proto-Marc qu'il conçoit comme peu différent du

Marc canonique.

La théorie du proto-Marc fut surtout dévelop-

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