‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 34 sur 141 · En donnant à pvnuovevstv le sens qu'il a aussi de «faire · texte numérisé non relu

En donnant à pvnuovevstv le sens qu'il a aussi de «faire

mention » et en supposant que le sujetest Pierre, on pourrait

traduire. « Tout ce dont Pierre faisaitmention». C'est la traduc-

tion qu'adopte Agsotr(art. Gospels, E. B., II, col. 1811, n. 1). Lor-

‘sx (1, p, 23. n. 2) reconnaît que la traduction de Abbott est pos-

sible, maisnese prononce pasentreelleet latraduction habituelle.

I n'y a en effetaucune raison décisive pour adopter l'une plutôt

- que l’autre. La portée et le sens du témoignage de Papias nesont pas affectés par l'adoption de l'une ou de l'autre.

Or celui-ci donnait son enseignement selon les

besoins et sans nul souci d' ‘établir une liaison

entre les sentences du Seigneur. Marc n’a donc

commis aucune faute en écrivant quelques [récits] d'après ses souvenirs !. Il n’a eu qu'un souci, ne rien omettre de ce qu'il avait retenu et n'y rien altérer ».

I faut distinguer dans ce fragment de Papias |

deux éléments : une première us qui va Jusqu'à # roayhé)ra ? est le témoignage du presbÿtre. Ce qui suit est le commentaire qu’en fait Papias. Le début de ce second fragment reprend en effet

une idée déjà exprimée avec toute la netteté dési-

rable dans le premier.

Que signifie exactement le lerme d'iounveurie Iérpou eee Quelques auteurs, comme Zahn (G. K., [., p. 879), pensent que le presbytre a voulu dire seulement que Marc a servi d'inter-

prète à Pierre, en ce sens que, par la rédaction de.

son évangile, ila rendu l’enseignement de l'apôtre

1. Ou bien «co mme Pierre en faisaitmention , comme illes rapportait dans son enseignement ».

2. Horrzmann, S. E., p. 249; B. Weiss, Me., p. 2. n. 1.: Srerrz,

Des Papias von Hierapolis Auslegqung der Reden des Herrn, St.

u. Kr., 1868, p. 84 ; LAGRANGE, Mec., p. xxT. HoLTzManN (Einl., p. 383) arrête la citation du presbytre après dxp6&c Eypabev.

Loisy (1, p. 24, n. 3) ne se prononce pas sur l'étendue exacte de

la citation du presbytre. Werrren8acn (Die Papiasfragmente, p. 135) attribue l'ensemble du passage au presbytre.

San <'es

sion de l'entendre. Cette interprétation ne F s'accorde pas avec le fait relevé par Papias que

. Marc accompagna Pierre. Mieux vaut donc penser

que l'intention du presbytre était de dire que - Marc avait été, dans des conditions qu'il n’est : bien entendu pas possible de préciser, le collabo-

rateur de Pierre, comme il avait été auparavant ; celui de Paul !. Il manquerait sans cela dans le renseignement fourni par le presbytre une indica- tion essentielle, celle des conditions qui avaient * mis Marc à même de recueillir l'enseignement de Pierre.

À quoi se rapporte le témoignage qu Eusèbe nous a conservé? Il convient ici de préciser la po- … sition du problème. Il faut en effet distinguer deux

questions auxquelles il n’est pas @ priori certain qu'il faille faire la même réponse : Quel est le

- document que vise le presbytre et quel est celui auquel pense Papias? On pourrait parfaitement concevoir que Papias ait rapporté le témoignage du presbytre à autre chose qu'à ce qu'il visait réellement.

Demandons-nous d'abord ce que Papias a en vue? La plupart des critiques pensent que c’est l’évan-

3. Lorsy, I, p. 24 s. En, MEyEr (Ursprung, I, p.158 s.) entend que Marc a servi de traducteur à Pierre.

ob à ceux qui n'avaient pas eu l’occa-

gile de Marc tel que nous le connaissons. Quelquesuns cependant, à la suite de Schleiermacher?, croient devoir le rapporter au proto-Marc. L'hypothèse est séduisante parce que, comme nous le remarquerons, le témoignage de Papias ne répond que très imparfaitement à l’évangile de Marc tel que nous le lisons; elle soulève cependant de graves difficultés : l’'évangile de Marc a certainement existé, sous sa forme actuelle, à l’époque de Papias et l’on aurait peine à concevoir que l'évêque d'Hiérapolis ne l'ait pas connu mais ait eu à sa

4. C'était l'opinion courante avant Schleiermacher. On la rencontre, par exemple, chez RicnarD SIMON, Histoire crilique du texte du Nouveau Testament, Rotterdam, 1689, p. 104; Micnagurs, Eîinl. 4, Goettingen,1188, p.1052 ; ErcanorN, Einl., 1*, Leipzig, 1820, p. 590; Huc, Eini., II 3, Tübingen, 1826, p. 66. C'est encore l'opinion de beaucoup de critiques après Schleiermacher, p. ex. dé A.KLosterManN, Das Marcusevang.,p.341s.;deB. Weiss, Mc.p.25.; de ZAuN, G. K., 1, p. 873 s.; de Jacouier, Hist., II, p. 11 s.; Le Nou-. veau Testament dans l'Église chrétienne, 1, Paris, 1911, PASS de SrAnTON, 1, p. 52, sans parler de ceux qui, comme Baur, SChwWe- GLER, WiTricHEN et WEïrzEL, admettent que le témoignage de Papias se rapporte à Marc, mais ne lui reconnaissent aucune valeur, Zaun (G. K., 1, p. 815 s.) pense que le témoignage se rapporte à Marc mais croit que Papias n'a pas voulu dire que la catéchèse de Pierre a été la seule source de l’évangile de Marc.

2. Ueber die Zeugnisse, St. u. Kr., 1832, p. 135 s. L'opinion de Schleiermacher est adoptée pâr Hozrzmann, S.E., p.370 s. ; SCHEN- KEL, Charakterbild Jesu 4, Wiesbaden, 1873, p. 346 ; Reuss, Gesch. d. heu. Schr. N. T., 5 Braunschweig, 1889, p. 181 s.; MANGoLp, BLeek’s Ent. i. d. N. T.,4 Berlin, 1886, p. 249 s. WeïFFENBACA (Die Fragmente, p.112 s.) admet de même que le témoignage se rapporte au premier noyau de l'évangile de Marc.

place un proto-Marc sensiblement différent dont on ne comprendrait pas facilement qu'il ait longtemps subsisté à côté de l'édition corrigée que constituait le Marc canonique.

Nous pensons donc que Papias a entendu expliquer la genèse de l’évangile canonique. Il n'en résulte pas nécessairement que le témoignage du presbytre se soit rapporté au même document. Si substantiellement notre évangile de Marc peut correspondre au contenu de la catéchèse orale, il ne saurait passer pour en être purement et simplement la reproduction. Il est fait, comme nous Je verrons, d'éléments, dans une certaine mesure au moins, disparates, et ces éléments sont loin d’être juxtaposés sans ordre et comme au hasard, ils sont au contraire disposés suivant un plan soigneusement élaboré qui révèle l’œuvre d'un écrivain et non d'un simple compilateur. Il est donc tout autre chose, comme l’a noté Loisy (/, p. 26), qu'une collection de catéchèses mises bout à bout.

Nous sommes ainsi conduit à envisager comme possibles trois hypothèses.

1° Le témoignage du presbytre se serait originairement rapporté à un recueil de récits de Pierre qui constituerait une des sources du second évangile !.

4. C'est, avec une modification importante, l'opinion des cri-

198 Les ÉVANGILES SYNOPTIQUES | 7 A Le témoignage du presbytre est dénué de

valeur même s’il doit être distingué de celui de

Papias et si la personnalité du presbytre n'a pas

été tout simplement inventée pour donner plus

d'autorité à ce que disait Papias f.

3 On pourrait enfin, sans méconnaitre le ca-

ractère tendancieux et apologétique de la notice,

admettre qu'elle n’a pas été forgée de toutes pièces mais élaborée à l'aide de souvenirs exacts

conservés par la tradition.

La première de ces trois hypothèses ne peut

guère être envisagée que comme une possibilité toute théorique. On ne peut apporter soit pour elle, soit contre elle aucun argument positif. La seconde nous paraît se heurter à une grave dificulté. Si la notice avait été entièrement forgée

tiques nommés dans la note précédente. C'est exactement celle de WEIrFENBACH, mais la forme que ce critique lui a donnée en se refusant à distinguer entre’ le témoignage du presbytre et celui de Papias soulève les plus graves difficultés. Rien n'autorise en effet à rapporter à une source de l'évangile ce qui est dit de l'évangile lui-même. Quant à l'idée que Papias, ou même le presbytre, penseraient aux récits de Pierre seulement, on ne peut pas l’envisager.

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