‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 67 sur 141 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES LOGIAt

Ï. — L'’ExIsTENCE pes Locia

À côté de l'évangile de Marc on peut, croyonsnous, reconnaître l'existence d’un second document à la base de la littérature évangélique. Les critiques allemands et anglais le désignent par la lettre Q (de Quelle — source. On trouve aussi Redequelle où Spruchquelle). Il nous paraît préfé-

4. An. Hanrnack, Sprüche und Reden Jesu, die zweite Quelle des Matthäus und Lukas (Beiträge, II, Leipzig, 1907; Mourren, Some crilicism on Professor Harnack's Sayings of Jesus, Expositor, mai 1909; Lake, The date of Q, Exposilor, juin, : 4909; G.-H. Ginger, The person of Jesus in the double tradition of Matthew and Luke dans Essays in modern theology to C. À. Brices, New-York, 1911; The Jesus of Q, the oldest source in the gospel, Hibbert Journal, 1919, p. 533-842 ; J.-C. Hawkins, Probabililies as to the so-called Double tradition of St. Matthew and St. Luke, Studies ; B. IL. Srrgerer, On the original order of Q ; The Original Exlent of Q.; Tu. Sorron, Die Logia Jesu, Eine literarkritische und literargeschichtliche Untersuchung zum synoptischen Problem, Münster, 1916 ; G. og Wirr-Casror, Matthews Sayings of Jesus, the non-Markan common source of Matthew and Luke, Chicago, 1918. “

LES LOGIA des 72 lA te

rable d’user du terme dont l'emploi est suggéré par Papias et de l’appeler les Logia en la désignant par un À.

Abstraction faite des morceaux qui se trouvent aussi chez Marc, les éléments communs à Matthieu et à Luc représentent environ 1/6 du texte de Luc et un peu plus, soit les 2/11, de celui de Matthieu (Harnacx, 11, p. 1) ; ils constituent donc une parltrès importante de ce que le premier et le troisième évangiles ont en plus du second. Mais la question de quantité n'est pas la seule qui doive être envisagée ici. Dans une partie au moins de ces éléments communs à Matthieu et à Luc, l’affinité des textes parallèles va très loin, elle est égale, et parfois supérieure, à celle qui existe entre les récits de Marc et les morceaux correspondants des deux autres synoptiques. Quelques exemples mettront nettement ce fait en lumière.

La prédication de repentance de ‘Jean-Baptiste (Mt., 3,7°-10. Le., 3, 7-9), qui comprend 63 mots chez Matthieu et 64 chez Luc, ne diffère dans les deux recensions que sur trois points de très minime importance. Matthieu a « un fruit digne de repentance », Luc met le pluriel, « des fruits ». Matthieu a ph dbEnze Aéyaw et Luc un dofnole Aéyerv. Enfin Luc ajoute un xai (#3n Dè xat à &ëtvr). Dans la parole sur le démon chassé qui va chercher sept autres démons pires que lui, Luc (11, 24-26) n'a

RENNES LANIUA te: Le L

à Re

pas un seul mot qui ne se trouve dans Mat-.

thieu (72, 43-45). Celui-ci ajoute quelques termes qui ne modifient en rien l'allure et le caractère de la parole.

Le logion sur le service de deux maîtres (M4., 6, 24. Le., 16, 13) ne diffère entre Matthieu et Luc que parce que le premier dit « Nul » et le second « Nul serviteur ».

Voyez encore : parabole de l'œil (M4., 6, 22-23. Le., 11, 34-86), le souci (Mt., 6, 25-34. Le., 12, 22-31), le jugement (Mé., 7, 1-5. Le., 6, 37-42), l'exaucement de la prière CEE NIET Le, MIT:

9-13), le témoignage sur Jean-Baptiste (M4, 11, 7-11. Le., 7, 24-28), etc.

La portée de ces relations est encore augmentée par le fait que, dans les textes de Matthieu et de Luc, on constate l'emploi commun de certains termes el de certaines tournures peu usuels, comme xdpypos, doxdc, diabhérw (M4., 7, 3-6. Léo, 41-42), quress (Mt, 8, 20. Le., 9, 8), capow (Mt., 12, 44. Le., 11, 25), ixavéc {va CHIEN LA 6), gobeicôar and (Mt., 10, 28. Lc., 12, 4), épohoyeiv y (M£., 10, 32. Le., 12, 8), etc. (Hawkins, Probabililes, Studies, p. 99).

Il y à ainsi, pour les éléments particuliers à Matthieu et à Luc, des relations si étroites qu’elles ne sauraient être expliquées par l'hypothèse d'emprunts que les deux évangélistes auraient faits,

indépendamment l'un de l’autre, à la tradition orale. Pour rendre compte des affinités constatées, il faut nécessairement faire intervenir l’idée d’une relation littéraire. Un document écrit en grec est seul ên état d'expliquer un contact entre les textes aussi étroit que celui que nous avons constaté. Toute la question est de déterminer quelle forme doit être donnée à l'hypothèse à laquelle on est ainsi conduit. On en peut concevoir deux ou bien la relation entre Matthieu et Luc s'explique par la dépendance de l’un et de l'autre par rapport à un troisième document, celui qu'hypothétiquement nous avons appelé le recueil de Logia, ou bien cette relation s'explique par la dépendance de l’un des évangiles considéré par rapport à l’autre.

L'hypothèse d'une relation directe entre Matthieu et Luc est généralement conçue par Les critiques qui l’adoptent sous la forme d’une utilisation — au moins accessoire — de l'évangile de Matthieu par Luc!. Cette hypothèse ne nous parait

4. La thèse de l’utilisation dé Matthieu par Luc, autrefois admise par Wie (Der Urevangelist, Dresden, 1838), a été renouvelée par En. Simows (/lat der driltte Evangelist den kanonischen Matthaeus benutzt ? Bonn, 1880) et, à sa suite, adoptée par de nombreux critiques, notamment par I.-J. Hocrzmanx (voir p. 95), SrockMEYER (Quellen des Lukasevangeliums, Theol. Zeitschr. aus der Schweiz, 1884, p. 117-149) ; JacoBsen (Der lukanische Reisebericht, Z. f. wiss. Th., 1886, p. 152-1179; Ueber die lukanischen

pas pouvoir être acceptée. Elle se heurte à l’existence de toute une série d’accords entre Luc el Mare contre Matthieu, accords à la fois plus nombreux et plus importants que ceux que l'on constate entre Luc et Matthieu, contre Marc. Elle rend inexplicable l’omission par Lue de toute une série d'éléments caractéristiques (discours et paraboles notamment) qui se lisentchez Matthieu. Enfin elle ne permet pas de comprendre comment Luc, s’il a eu l’évangile de Matthieu sous les yeux, a pu développer un récit de l'enfance, qui, non seulement est tout à faitindépendantde celui de Matthieu mais encore le contredit formellement sur quelques oints essentiels.

{1 faut ajouter que si l’évangile de Matthieu était la source de celui de Luc, en ce qui concerne au moins les éléments qui ne se trouvent pas chez Marc, on devrait, dans les cas où pour ces éléments il ya quelque divergence entre Matthieu et

Schriflen, Z. f.wiss. Th., 1888, p. 139-146) ; Wenor (die Lehre Jesu, Goettingen, 1886, Z, p.207 s.); SoLrau (Zur Entstehung des ersten Evangeliums, Z. N. T. W., I, 1900, p. 219 s. ; Arcen (M£., p. xLvn) Nonoen (Die antike Kunstprosa, Leipzig, Berlin, 1909, p. 492. Ailleurs (p. x1) il indique seulement que Luc a connu dés parties étendues de Matthieu telles que nous les lisons); E. W. Luumis (How Luke was written, Cambridge, 1915, p. vir). La majorité des critiques cependant se prononce contre la dépendance de Luc par rapport à Matthieu. Il suffit de citer les noms de B. Weiss, Zahn, Wernle, Harnack, dJülicher, Bousset, Schmiedel , Stanton.

LS PDO on Salt Luc, rencontrer la forme primitive dans le premier évangile et la forme secondaire dans le troisième; or, nous aurons l'occasion de le constater, la priorité est tantôt du côté de Matthieu, tantôt du côté de Luc.

Il va sans dire que les arguments qui valent contre l'hypothèse d'une dépeñdance de Luc par rapport à Matthieu s’opposeraient également à l'hypothèse inverse.

Nous sommes par là amené à nous prononcer en faveur de l'hypothèse qui cherche l'explication des morceaux communs à Matthieu et à Luc dans un second document que le premier évangéliste et le troisième auraient utilisé conjointement avec le texte de Marc.

Cette conclusion recoit une confirmation indirecte mais très nette du fait que l'examen des doublets?, dont on constate l'existence dans les évangiles de Matthieu et de Luc, permet d'afhirmer que les auteurs de ces évangiles ont utilisé au moins deux sources écrites.

À. Rigoureusement les arguments que nous faisons valoir portent contre l'hypothèse de Matthieu, source de Luc et non contre celle d’une influence tout à fait accessoire du premier évangile sur le troisième; mais peut-on concevoir que Luc, connaissant Matthieu, ne lui emprunte rien de ce qu'il a d’essentiel, mais s'inspire de son texte pour quelques constructions de phrases ou pour quelques détails secondaires ?

2. Ta. SrsphENsON, Classificalion of Doublels in the synoptie Gospels, Journ. of. theol. Slud., 1919, p. 1-8.

Un doublet (ou un triplet) est la répétition en deùx (ou trois) endroits d'un évangile d'une même parole ou d’un même récit. Les doublets sont particulièrement fréquents dans le premier évangile. On peut en compter 24 et 2 triplets;'il y en a 48 dans Luc et seulement 4 dans Marc!.

1. En voici la liste (Nous indiquons entre parenthèses quand il y a lieu les parallèles des autres évangiles) : MATTHIEU : Doublets 1, 3, 2; 4, 17 (Me., 1, 15). I, 3, 10 (Le., 8, 9) 19 (Le 6, 48-44). NL, 4, 23 (Me., 1, 39. Le., 4, 44) ; 9, 85 (Mc., 6, 6). I, 4, 25: 19,15" (Me., 3, 7. Le., 6, 17). N, 5, 29-30; 18, 8-9 (Me. 9, 43- 48). VI, 5, 32 (Le., 16,48); 19, 9 (Me., 10, 41. 42). VII, 7, 17(Lc., 6, 43-44) ; 12,38. NII, 9, 18: 12, 7. IX, 9, 27-31; 20, 29-34 (Me., 10, 46-52. Le.,18,35-43).X, 9,82-44; 12, 29-24. D'OR RU CARCREZA pour le contenu); 14, 14(Mc., 6,34 pour le contexte). XII, 10, 6; 15, 24. XIII, 40, 15 (Le., 10, 42); 11, 24 (Le., 10, 14). XIV, 0, 17-22 (Le , 12, 11-421; 24, 9-18 (Me, 13, 9-13. Le., 21, 12-19). XN, 10, 37- 39 (Le., 14, 26-27; 17,33); 16, 24-95 (Me., 8, 34-35. Le., 9, 23-24). XVI, 40, 40 (Le., 10, 16); 18, à (Me, 9, 37, Le., 9, 48\. XVII, 12.38- 39 (Le., 11, 29-30); 16, 1.9.4 (Me, 8, 11-12). XVII, 48, 12 (Me. 4, 95. Le., 8, 18); 25, 29 (Le., 19, 26). XIX, 16, 19; 18, 18. XX, 17, 20 (Le, 17, 6); 21,21 (Me., 11, 23). XXI, 18, 4; 28,12 (Le, 14, 11; 18, 14, contextes différents). XXIL, 79, 30; 20, 416: (Lc.,°48;°30). XXII, 20, 26. 27 (Mc, 10, 48. Le., 22, 96); 23, 11 (Me., 9, 35. Le., 9, 48%). XXIV, 24, 42 (Me., 13, 85); 5, 13. Triplels 1, 4, 24" (Mc.,3, 78. Le., 6,17); 8, 16 (Me.,1, 32); 14, 35 (Mc., 6,55). 11, 11, 15; 13,9 (Me. 4, 9. Le., 8, 8); 13, 43. Marc, 1, 3, 10 (M4.,12, 15-21. Le., 6, 17-19): 6, 5-6 (M, 14, 36). IL, 3, 48.15 (Mt., 40, 1. Le., 6,13); 6, 7 (Le., 9, 1-2). HIT, 4, 9. 28. IV, 9, 85 (Mt., 23, 41. Le., 9, 48"); 10, 43-44 (M., 20, 26-27. Le., 22,26). Luc, I, 6,9 (M., 12, 12°. Me., 3,4: 14, 3.11,8,8(Mt., 13,9. Me., 4,9. cf. Mt., 11,15; 13, 3. Me., 4,23); 14,85. III, 8, 16 (Me, 4,21); 11,33 (ME., 5, 15). LV, 8, JT (Me, 4, 22): 12, 2 (ME., 10. 2%). N, 8, 18 (ME., 18,12. Mo. 1, 25): 49, 96 (ME, 25,29). VI, 9, 3(ME., 10, 9 s. Me., 6, 8); 10,4.

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