‹ Introduction au Nouveau TestamentChapitre 68 sur 141 · LES LOGIA SALE N · texte numérisé non relu

LES LOGIA SALE N

Ces doublets n’ont pas tous la même portée.

Certains sont purement rédactionnels, comme la répétition des notices sur la prédication itinérante (Mé., 4, 23; 9, 35), sur les guérisons (Mt., 4, 24° ; 8, 16" ; 14, 35”) ou sur les gens qui suivent Jésus (Mé., 4, 25; 12, 15). On en doit dire à peu près autant de la parole « que celui qui a des oreilles pour entendre écoute », que Matthieu donne trois fois (11, 15; 13, 9. 43) et Marc deux fois (4, 9. 23). Il n’y à pas nécessairement ici d'emprunts à des sources parallèles, mais seulement répétition d'une

formule par laquelle Jésus concluait parfois ses enseignements.

D'autres doublets sont intéressants pour l’histoire de la tradition. En constatant par exemple que telle parole : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est proche », ou bien: « Tout arbre qui ne porte pas de bon fruit sera coupé et

VII, 9,23 (M4, 16, 24. Me. à 84): 14. 97 (ML, 10,, 38 Ù VII, 9,

21 (ME.,16, 25. Me., 8, 35); 17,33 (Mt. S9N TX # 26 (Me. 8, 38) ; 19, 9 (ME., 10, 83). X, ; 48 (ME, 18, 5. 1 9, 37); 10, (M£., 10, 40). X1, 9, 48% (ME, 23, 11. 1 9, 35): 22, 26 (ME.

26-97. Mc., 10, 43-44). XI, 9, 50 (Me., 9, 40); 11, Hi 12, 3 si

XII, 14, 48 (Mt., 23, 6-7); 20, 46 (Mc., 12, 38-39). XIV, 4 ?, ï (Mb, 10, 30); 21, 18. XN. 12, 11-12 (Mt., 10. 19-20); 21, 1819 (ME, 24, 9-13. Mc., 13, 9-13 ). XVL, 43, 15:14, 5 (Mt., 12,11-12). XVII, 44, 11:18, 14 tof. Mt., 18, 4; 23, 12). XVI, 17, 31; 21, 21(ME., 94, 17- 18. Mc., 13, 15-16). Le doublet XV de Matthieu correspond aux doublets VIT, VIII et XV de Luc. XVI de Mt. correspond à X de Le. XVIII de Mt., à V de Le. XXII, de Mt., à XI de Le.

jeté au feu », est mise successivement dans la bouche de Jean-Baptiste et dans celle de Jésus (MES S, 254; 1458:107 7, 19);"0n ‘saisit Sup Menar un des procédés par lesquels s’est enrichie la tradition des paroles de Jésus.

Au point de vue qui nous occupe, les doublets les plus importants sont ceux de Matthieu, dans lesquels un des éléments est parallèle à un texte de Marc, tandis que l’autre est parallèle à un texte de Luc sans correspondance chez Marc ou bien ne se trouve que chez Matthieu, ce qui indique qu'il a une autre origine que le texte de Marc.

Plusieurs doublets présentent ce caractère.

La parole sur le pied, la main ou l'œil qu'il vaut mieux couper ou arracher plutôt que d’être entrainé par eux dans le péché se trouve dans le Sermon sur la Montagne (5, 29-30), dans un passage qui est particulier au premier évangile et dans la péricope sur le scandale (78, 8-9) qui est le parallèle exact de Mc., 9, 43-48. T1 n’est pas admissible que Matthieu ait intentionnellement répété deux fois la même parole. Il a dû plutôt la trouver dans deux sources différentes. Mème observation à propos de la parole sur le divorce qui se trouve dans le Sermon sur la Montagne (5, 32 parallèle à Le., 16, 18) et dans la péricope sur le divorce (19, 9) parallèle à Mc., 10, 11-12.

La parole sur les conditions auxquelles on peut suivre Jésus : prendre sa croix, perdre sa vie pour la sauver, se trouve deux fois chez Matthieu. Dans un des cas elle provient de Marc (WM4., 16, 24-25. Me., 8, 34-35. Lc., 9, 23-24), dans l’autre (Mt., 10, 37-39) qui n’a pas de parallèle en Marc mais qui en a un en Luc (14, 26-27 dans un autre contexte), il faut penser aux Logia comme source. La parole « qui vous reçoit me reçoit » se trouve dans le discours d'envoi des disciples (Mr., 10, 40. Le., 10, 16),et comme, en cet endroit, elle n’a pas d’équivalent chez Marc, elle doit provenir de la source particulière à Matthieu et à Luc. Elle se retrouve dans la dispute de préséance (18, 5) qui vient de Marc (9, 37. Lec., 9, 48). La parole sur le signe de Jonas se trouve dans M4., 12, 38-39 où elle correspond à Lc., 11, 29-30 et doit provenir d’une source commune à Matthieu et à Luc. On la trouve aussi dans Mf., 16, 1-4 où elle vient de Mc., 8, 11-12. La parole sur la puissance de la foi se trouve dans WMt., 17, 20 et dans Mf., 21, 21; dans ce dernier passage elle provient sûrement de Mc. 11, 23.

Dans l'évangile de Luc, il y a lieu de faire des constatations toutes semblables qui imposent une conclusion identique. Dans le récit de la guérison de l'homme à la main sèche faite par Jésus, un jour de sabbat, dans la synagogue de Capernaum,

récit qui est commun aux trois synopliques, Jésus demande aux Juifs qui l’observent : « Est-il permis de faire du bien ou de faire du mal un jour de sabbat, de sauver une vie ou de la perdre? » (Le., 6, 9). Une question identique se trouve dans un autre récit de guérison, celui de l’homme atteint d'hydropisie : « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ou non ?» (74,3). Les deux questions sont si proches qu'on ne peut guère douter qu'elles soient empruntées à deux sources parallèles.

La parole sur la lumière et le chandelier se trouve (8, 16) dans un passage parallèle à Mare (4, 21) et dans un autre (71, 33) parallèle à Matthieu (5, 15). Il en est de même du logion sur la révélation de ce qui est caché (8, 17. Me., 4, 22: 12, 2. Mt., 10, &).

L'interdiction faite aux missionnaires de rien emporter pour la route se trouve deux fois dans Luc, la première dans le discours d'envoi des apôtres en mission, dans un morceau qui est parallèle au discours de Marc (Le., 9, 3. Mc., 6, 8), la seconde fois, dans les paroles adressées aux soixante-dix, dans un morceau qui est plus proche du discours de Matthieu {Lc., 10, 4. Mt., 10, 9). On peut même se demander si ce n’est pas parce qu'il avait méconnu le parallélisme des discours dans la forme donnée par Marc et dans

celle qui a été reproduite par Matthieu, que Luc a doublé l'envoi des douze par celui Fe soixantedix.

L'exhortation à porter sa croix se trouve 9, 23, dans un passage parallèle à Mc., 8, 34 et à Mt., 16, 24 et 14, 27 dans un passage parallèle à Mt., 10, 38 (Voir aussi les doublets VIII, IX, X, XE, XIII, XV, XVIII de Luc).

Ces doublets constituent un ensemble trop important pour qu'on puisse douter que Matthieu et Luc aient disposé en dehors de l'évangile de Marc d'une seconde source écrite.

IT. — CARACTÈRE GÉNÉRAL DES LOGIA D'APRÈS LES MORCEAUX QUE MatTHIEU ET Luc ONT EN PLUS DE Marc

Nous avons donné plus haut (p. 164 s.) un relevé des morceaux qui sont communs à Matthieu et à Luc et n’ont pas d’équivalent dans Marc. C'est de ces morceaux que nous devons partir pour essayer de caractériser le document auquel ils sont empruntés et examiner la manière dont ils ont été utilisés par le premier et le troisième évangélistes. Nous ne méconnaissons nullement qu'il soit possible et même vraisemblable que Matthieu et Luc n'aient pas incorporé à leurs récits toute la

RE NRA ETES a pm} - MIST

substance des Logia. Il n’y a aucune raison d’admettre que Luce, par exemple, qui n'a pas intégralement reproduit l’évangile de Marc, n'ait laissé de côté aucun élément des Logia. Il se pourrait que, parmi ceux qu'il n’a pas utilisés, il y en ait qui ont été recueillis par Matthieu et qu'ainsi tel morceau qui ne se trouve que dans le premier évangile doive être attribué aux Logia.

Inversement il est concevable que des éléments particuliers à Luc viennent des Logia. Mais c’est là une possibilité dont il convient de faire provisoirement abstraction et sur laquelle nous pourrons plus utilement revenir quand l'étude des Passages communs à Matthieu et à Luc nous aura fourni une base solide. : ,

Quand on passe en revue les morceaux communs-à Malthieu et à Luc, ilest un fait dont on ne peut manquer d'être immédiatement frappé, c'est que l'élément didactique représenté par des paroles et des discours y est, et de beaucoup, plus important que l'élément narratif. On n'y rencontre que fort peu de récits, ou plus exactement il n’y en a qu'un, le récit relatif au centenier de Capernaum (M4., 8, 5-13. Le., 7, 1-10), car on ne peut considérer comme des récits proprement dits le morceau sur Jean-Baptiste (M4., 3, 7-10. 12. Le., 3, 7-9. 17) presque entièrement rempli par des

paroles, ou l'épisode de la tentation (M4, 4, 1-11. Le., 4, 1-13) dont le centre de gravité est évidemment dans les réponses que Jésus oppose aux propositions de Satan. En particulier il convient de noter qu'il n'y a aucun élément du récit de la passion que l’on puisse, avec quelque vraisemblance, attribuer aux Logia!. Dans cette partie de leur récit, Matthieu et Luc ne s'accordent pas sur les points pour lesquels ils se séparent de Marc et aucun des éléments qui ne se trouvent que chez l’un ou l’autre d’entre eux ne présente avec les morceaux constitutifs des Logia d'affinités de forme ou de fond assez nettes pour pouvoir leur être attribué ?. Cette absence de récits, notamment pour la période du ministère de Jésus qui intéressait le plus la foi chrétienne, nous empêche de nous représenter les Logia comme un évangile

1. Cette affirmation n'est pas contredite par le fait que Luc a introduit au cours du dernier repas une parole sur les apôtres assis sur douze trônes pour juger les douze tribus d'Israël (22, 28-30), car cette parole est sans rapport avec son contexte et Matthieu la donne à ur autre moment (19, 28).

2. Hanwack, ZI, p. 121; SrantoNn, II, p. 105; Hawkins, Probabililies, Studies, p. 129.137. A. WAUTIER D'AYGALLIERS (Les sources du récit de la passion chez Luc, Alençon, 1920, p. 248. 269) attribue aux Logia, outre Lce., 22, 28-30, dont il à été question dans la note précédente, les versets 35-36 du même chapitre. Nous y voyons plutôt un élément rédactionnel imité de 9, 3 et 10, 4. — Burkirr (compte rendu de Harnack, [1 dans le Journ. of theol. SE, 1907, p. 451) croit au contraire que À contenait un récit de la passion et était un véritable évangile.

proprement dit. Il faut plutôtles concevoir comme un tableau de l'enseignement de Jésus. On y trouve des préceptes destinés aux disciples pour diriger leur vie morale et leurs pratiques religieuses, des instructions missionnaires, des enseignements relatifs à la parousie, des avertissements contre les Juifs et notamment contre les pharisiens, des indications relatives à Jean-Baptiste et à son attitude à l'égard de l'Évangile !. Il résulte de la nature même de ces éléments constitutifs des Logia que ce document avait le caractère d’un recueil, d'un tableau composé par la juxtaposition d'éléments, beaucoup plus que celui d’un développement organique présentant un enchainement logique ou une progression dramatique.

HT. — L'uriisation pes Locia par Marrmieu

Page 1