VI. — La LANGUE ORIGINALE DES Loi, LEUR DATE DE COMPOSITION
Au témoignage de Papias, les Logia auraient été composés en araméen. Le fait est a priori assez vraisemblable. La seule question qui se pose est celle de savoir à quel moment s’est fait le passage de l’araméen au grec. Il ne nous parait pas douteux qu’il soit antérieur à l’utilisation du
recueil par les trois évangélistes. On a toutefois
Say
signalé un nombre assez important de différences entre les textes de Matthieu et de Luc qui pourraient s'expliquer d’une manière satisfaisante comme des variantes de traduction !. La portée de ‘ces faits n’est cependant pas suffisante pour contrebalancer les affinités de textes qui obligent à conclure à l’utilisation par Matthieu et Luc, et accessoirement aussi par Marc, d’un même document grec. On peut, croyons-nous, facilement concilier ces indications en apparence contradicloires en admettant que Matthieu et Luc se sont bien servi du même document grec mais que, dans fa recension suivie par l’un d'eux, la traduction avait été, en quelques endroits, corrigée sur l’original araméen.
Le problème de la date de composition ne se pose pas pour les Logia d’une manière simple, puisque ce document ne nous apparait pas comme un écrit homogène mais comme une collection qui a été en s’enrichissant. S'il s'agit du fond premier, la date de composition de Marc (peu après 70) marque un {erminus ad quem, mais il
4. Voir là-dessus WELLHAUSEN, Einl.1, p. 36 s.; W.C. ALLEN, The aramean background of the Gospels, Studies, p. 299-304. On peut encore consulter utilement les travaux plus anciens de Arnozo Meyer (Die Mutlersprache Jesu, Freiburg i. B., Leipzig, 1896), de Nesrce (Philologica sacra, Berlin, 1896) et de Dalman (Die Worte Jesu, 1, Leipzig, 1898). — WerNLe (S. F., p. 229) met l'existence d’un original araméen en doute.
est évident que le noyau primitif de la collection peut remonter beaucoup plus haut jusqu'aux premiers temps du christianisme, voire même plus haut encore, jusqu'à l'époque du ministère de Jésus. 11 n’est nullement inconcevable en effet que, du vivant même du maitre, les disciples aient commencé à se remémorer certains de ses enseignements, peut-être même à en fixer quelquesuns par écrit. Mais ce ne sont là que des possibilités théoriques. S'il est bien certain que les Logia n'ont pas apparu brusquement au moment où ils allaient être utilisés par les évangélistes synoptiques, on ne peut méconnaiître que ce soit seulement à ce moment-là que nous en apercevions nettement l'existence. Antérieurement les épitres de Paul attestent la haute autorité dont Jouissaient les paroles du Seigneur, mais elles ne font pas — il faut ajouter, elles n'avaient aucune raison de faire — allusion à un recueil qui aurait existé de ces paroles.
Quant aux développements du fond premier des Logia, qui ont servi à Matthieu et à Luc, le terminus ad quem est déterminé par la composition des premier et troisième évangiles. Il parail probable que l'élargissement a dû se faire progressivement et s'étendre sur toute la période qui sépare la composition de Marc de celles de Matthieu et de Luc.
À cause de leur nature essentiellement didactique, les Logia ne contiennent que peu d’allusions historiques qui permettent de les dater. Ce qui est dit des persécutions: est trop vague pour pouvoir être utilement interprété. La seule allusion à un fait précis est celle qu'on trouve dans Matthieu, 23, 35, si, comme Wellhausen (Einl., p. 118 s.) l’a rendu infiniment vraisemblable, il y est question du meurtre de Zacharie fils de Bariscée qui date de l’hiver 67-68. Malheureusement cette indication n'apporte pas une précision nouvelle.
Quant au lieu de composition, il paraît probable que c’est en Palestine que le recueil des Logia a dû naître. D’après Papias, il aurait eu pour auteur l’apôtre Matthieu. Cette donnée ne pourrait, en tout cas, être retenue qu'en ce qui concerne le noyau primitif du recueil, mais il est possible qu’il ne s'agisse ici que d’une conjecture de Papias ou de son informateur. Toutefois, si la tradition avait cherché à donner aux Logia un auteur autorisé, elle aurait pu trouver un personnage moins effacé que Matthieu. Il se peut donc qu'elle ait eu quelque raison de le choisir.