‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 10 sur 127 · Au t. IV de l'édition E. pu Pin, Anvers, 1106, p · texte numérisé non relu

Au t. IV de l'édition E. pu Pin, Anvers, 1106, p

plusieurs évangiles ne rapportent pas de manière identique un fait ou une parole, c’est qu'il s'agit non pas d'un seul fait ou d'une seule parole mais des deux ou même. de plus et qu’ainsi il yaeu, par exemple, trois purifications du Temple ettrois scènes de l’onction. Ce principe, fut appliqué, d'une manière que l’on ne saurait concevoir plus rigoureuse, par Osiander, dans un livre qui parut à Bale en 1537 (21561) et dont le titre est significatif : Harmoniæ evangelicæ ibri IV græce et latine in quibus evangelica historia ex quatuor evangelistis ita in unum contexta, ut nullius verbum ullum omissum, nihil alienum immaixtum, nullius ordo turbatus, nihil non suo loco positum, omnia vero litteris et notis ita distincta sint ut quid cujusque evangelistæ proprium, quid cum aliis et cum quibus commune Sit,primo statim aspectu deprehendere queas. Pour arriver à un tel résultat, le texte de chaque évangile est découpé à l'infini.

Ce morcellement extrème ne pouvait, à la longue, manquer de donner au lecteur l'impression d’une certaine violence faite aux textes. D'ailleurs, comme l’a justement remarqué Baur (Xrit. Unters., p. 7), le principe de l’harmonistique a été appliqué dès l’origine d’une manière si rigoureuse par les théologiens protestants que seule une évolution dans le sens de l’atténuation res-

‘tait possible. Celle-ci est déjà sensible dans

l’œuvre de Martin Chemnitz achevée après sa morl par P. Leyser et J. Gerhard (Harmonia quatuor evangelistarum, Hamburg, 1593-1611). Chemnitz ne se croit pas tenu de respecter scrupuleusement l'ordre suivi par chacun des évangélistes qui ont pu raconter certaines choses per anticipationem vel per recapitulationem. Chemnitz est aussi beaucoup moins rigoureux qu'Osiander quant à la distinction des récits présentant certaines variantes entre eux; il admet qu'on puisse mettre ces récits non pas à la suite les uns des autres mais parallèlement les uns aux autres !.

Le passage du problème de l'harmonie au problème de la synopse ? se rattache au nom de Griesbach 3. Cet auteur avait constaté l’inconvénient qu'il y avait, dans l’enseignement académique, à faire séparément l’exégèse de chacun des trois premiers évangiles. Pour faciliter leur étude simultanée, il eut l’idée d’une édition qui permettrait de les embrasser tous les trois d’un seul coup

4. De l'harmonie de Chemnitz on peut rapprocher, un siècle environ plus tard, celle de Bencer, Richlige Harmonie der vier Evangelisten, Tübingen, 1736.

2, Voir P. FEINE, art. Synopse, R. E., XIX, p. 271-281.

3. On peut considérer comme des précurseurs de Griesbach, Jean Leccerc (Harmonia evangelistarum, Amstelædami, 1699) et Nicozas Tornarp (Evangeliorum harmonia græco-lalina, Paris, 1707 ; Harmonie au concorde évangélique, Paris 1716).

d'œil!. L'ordre dans lequel il dispose les péricopes est tantôt celui de Marc, tantôt celui de Matthieu. À partir de la seconde édition, Griesbach introduisit les parallèles johanniques pour l'histoire de la passion.

La différence essentielle entre une synopse et une harmonie ‘est que l'harmonie, partant d'un @ priori dogmatique, s'efforce de concilier les récits divergents, tandis que la synopse met en lumière les relations des évangiles entre eux, en montrant aussibienleurs ressemblances que leursdifférences. On peut dire que, depuis l'apparition de l’idée de la synopse, l'harmonie est exclue du domaine scientifique. Postérieurement à Griesbach, on a publié diverses harmonies, il en est dont la date est très récente ; mais l'étude critique des évangiles a le droit de s’en désintéresser.

IT. — Les ORIGINES DU PROBLÈME SYNOPTIQUE

Page 1