‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 110 sur 127 · VIII. — L'AUTEUR, LE LIEU ET LA DATE DE COMPOSITION · texte numérisé non relu

VIII. — L'AUTEUR, LE LIEU ET LA DATE DE COMPOSITION

La tradition qui fait du premier évangile l’œuvre de l’apôtre Matthieu ne saurait être retenue. Comment en effetunapôtre, c’est-à-dire un témoin oculaire, pourrait-il avoir raconté les faits auxquels il avait assisté d’après un récit de seconde main compilé par un homme qui ne pouvait avoir de ces faits qu'une connaissance indirecte ? Comment un palestinien pourrait-il dépendre de sources grecques ? L'attribution traditionnelle écartée, nous ne disposons d'aucune indication sur laquelle on puisse étayer une hypothèse relative à l’auteur du premier évangile.

Nous sommes également impuissant à résoudre . la question du lieu d’origine. C’est pour l'Église : dans son ensemble qu'écrit l’auteur, non pour une communauté particulière, et si la connaissance : qu'il a de l'Ancien Testament hébreu peut faire conjecturer qu'il était palestinien, le fait qu'il écrit en grec et qu'il est étranger à tout particularisme juif autorise à admettre que ce palestinien peut avoir écrit en dehors de sa province d'origine.

On peut arriver à une approximation plus grande en ce qui concerne Ja date de composition‘. La dépendance à l'égard de l'évangile de Marc donne comme {erminus a quo la date de 75°. Divers . passages donnent l'impression que le narrateur est déjà assez loin des événements qu'il raconte (27, 8; 28, 15); d’autres indiquent que la parousie

1. Sur ce point des opinions diverses ont été soutenues. On a attribué à l’évangile de Matthieu les dates suivantes : 40-50 (Grorus, Cornézx), 41-46 (Groscs pour Mt. aram), 55-60 (GLoac), vers 60 (Mie, MicuagLis, BEeLsER), vers 63 (ZIMMERMANN, SOLGER), vers 65 (Huc, Maïer, Scuawxz), 66 (Bannes), vers 68 (BLEEK, GODET, Keim, Aneney, Jacquier), entre 68 et 10 (Barirrou, Rose), entre 65 et 75 (Azcew), entre 10 et 80 (Bartn, Harnack, HiLGENrELD, Hocs- TEN, SANDay, Benns. Weiss, WnriGar), après 15 (Reuss), entre 10 et 100 (Jon. Weiss), vers 80 (Rovers, Sranron), entre 80 et 90 [BaconN, BRuokNEr, Mac GirFERT, Grosca (pour l'évangile grec), Kôsrzin, RENAN, ALBERT Révicce, Zaun], avant 96 (Jüncuer), entre 90 et 100 (Burkrrr, CARPENTER, MONTEFIORE, WERNLE), entre 90 et 120 (ScamieveL), vers 100 (Loïsx), avant 110 (HOLTZMANN), 110 (Sourau, Vozxmar), avant 140 (BAUR, PFLEIDERER).

2, La destruction de Jérusalem est supposée par 22,7 et 2%, 2.

tarde à venir (24, 48 ; 25, 5). Les allusions aux persécutions sont nombreuses (5, 11 s. 10,18 s. 25, 36.39). Cependant l'évangéliste est encore préoccupé d'atténuer le conflit entre Jésus et l'autorité romaine (27, 19.24-25), ce qui exclut l’idée de persécutions générales et systématiques. Il y a là des indications qu'il est très difficile ou, pour mieux dire, impossible de traduire en chiffres. L'évolution des sentiments et des idées a pu être rapideau siècle apostolique et rien ne nous prouve qu'’elleait été homogène.

Un terminus ad quem pourrait résulter de la comparaison avec l'évangile de Luc. L'indépendance réciproque du premier et du troisième évangiles empêche, croyons-nous, de leur attribuer des dates de composition trop éloignées l’une de l’autre. La composition du livre des Actes que nous avons cru devoir fixer à 80-90, ({ntr., II, p.395) empêche de faire descendre la rédaction de l'évangile de Luc beaucoup plus bas que &5. Celle de l’évangile de Matthieu ne peut lui être de beaucoup postérieure. La date de 90 semble pouvoir être prise comme {erminus ad quem. L'évangile de Matthieu aurait donc été vraisemblablement écrit entre 80 et 90.

Page 1