‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 119 sur 127 · HozrzMANN, Né. Th., I, p · texte numérisé non relu

HozrzMANN, Né. Th., I, p

A Le . . h trônes pour Juger les douze tribus d'Israël (22, 30) etcelle qui leur confie lacharge de convertir toutes les nations(24,47). Fait pluscaractéristiqueencore, Luc a omis certains traits de la tradition de Marc, qui pouvaient paraître peu favorables aux apôtres!, et cela nous prouve que dans la glorification de l’apostolat qui résulte de l’évolution de la tradition, iln’a pas fait de distinction entre l’apostolat paulinien et celui des Douze.

Le trait qui caractérise le plus nettement le christianisme de l’évangile de Luc, c’est sa tendance universaliste. Comme le déclare le vieillard Siméon, Jésus est « une lumière de révélation pour tous les païens » (2,32), et cela est d'autant plus caractéristique que le point de vue original des hymnes des deux premiers chapitres est nettement judéo-chrétien (1, 68 s.). L'universalisme de la vocation au salut résulte d’un grand nombre de textes? et aussi de la manière dont sont mis en scène les Samaritains.et les péagersi. Quelques

1. Par ex. : la réprimande à Pierre (Mc., 8, 33), la demande des fils de Zébédée (Mc., 10, 37), la fuite des apôtres (Mc., 14, 50). Tous ces traits ont été reproduits par Matthieu. |

2. Harnacx, Die Mission und Ausbreitung des Christentums in den ersten drei Jahrhunderten, IS, Leipzig, 1915, p. 43.

3. 3,6; 4, 25 27; 7, 9 ; 13, 29; 21, 24. 11 faut remarquer aussi que Luc fait remonter la généalogie de Jésus jusqu'à Adam (3,38) pour faire de lui le sauveur du genre humain. ù

traits hostiles aux païens qui se trouvent dans Matthieu (Mt., 7, 6; 18, 17) n'ont pas d'équivalent chez Luc. La mission parmi les païens est nettement dans la perspective de l’évangile de Luc. Le choix de 70 envoyés (10, 1) est sans doute en rapport avec les 70 peuples nommés.

dans Genèse, 101. L’évangile se termine (24, 47) avec la mission confiée aux apôtres de prêcher la repentance au nom du Christ à tous les peuples. Dans le discours qui accompagne l'envoi des Douze en mission, Luc ne dit pas comme Matthieu : « N’allez pas sur le chemin des païens, n'entrez pas dans une ville samaritaine, allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (M£., 10, 5-6). En même temps qu'il proclame ainsi l’accession des païens au salut, Luce indique nettement l'idée du rejet d'Israël et cela dès le premier épisode public du ministère de Jésus dans la prédication à Nazareth (4, 16-30, cf. 13, 6-9. 23-30).

Il n'est donc pas surprenant qu'il ; ait chez Luc une indifférence très marquée à l'égard de la Loi juive, par exemple dans les paraboles du serviteur inutile (77,7-10) ou du pharisien et du publicain (18, 9-14). Cette indifférence se marque en-

À. Hozrzmanx, Né. Th., I, p.519 ; Scamreve, art. Gospels, E. B.,

* II, col. 1840.

core dans le fait que Luc n’a aucun équivalent à des passages tels que M4., 6, 17-19. 21. 27. 81. 33; 15, 1-20); On à aussi remarqué que les citations de l’Ancien Testament sont relativement rares chez lui et ne se trouvent guère que dans des paroles de Jésus (Pcuumer, Le., p. xxx1v).

On peut voir une conséquence de l’universalisme de Luc dans la place qu'il fait aux femmes !. C'est là une nouveauté par rapport à la tradition païenne aussi bien que par rapport à la tradition juive (Pcummer, Lc., p. xzu s.). On peut se demander si ce féminisme de Luc n’est pas en rapport avec le rôle que certaines femmes ont joué dans quelques communautés pauliniennes.

Comme autres traits caractéristiques de la pensée de Luc, il faut encore mentionner la place faite à la prière et à l’action de grâce. Sept fois Luc mentionne des prières de Jésus qui n’ont pas d'équivalent dans les récits parallèles (3, 21;°5, 16 ; 6, 12 ; 9,18. 29; 11,1 ; 23, 84. 46). Il en place notamment aux moments que l’on peut considérer comme les points culminants du ministère de Jésus : baptême, choix des Douze, transfiguration, croix. L'enseignement sur la prière occupe plus de place que dans les autres évangiles (71, 5-13 ;

4. Elisabeth, Marie, la prophétesse Anne, la veuve de Naïn, la pécheresse, Marie-Madeleine, Marthe et Marie, les femmes de Jérusalem, etc.

18, 1-8. 11-13; 21, 36; 22, 82. 40). l’action de grâce ne se sépare pas dela prière. Les deux premiers chapitres contiennent le Magnuficat (1, 46- 55), le Benedictus (1, 68-79), le Gloria in excelsis (2, 14), le Nunc dimittis (2, 29-32) et l'évangile se termine parletableau des apôtres «louant Dieu dans le Temple » (24, 53). On trouve fréquemment chez Luc les termes Gc£dteu rèv 6e6v (2, 20 ; 8, 25-26; 7, 16 ;.13, 13; 17, 15 ; 18, 43), d'aiveiy rèv 0eov (terme particulier à Luc : 2, 13, 20; 19, 37; 24, ne d'ebnoyeiv rov Meëv (1, 64; 2,28; 24, 53).

Pour achever la caractéristique de la pensée religieuse de Luc, il faut encore noter chez lui une lance très nette à retarder le moment de la parousie (ScamreveL, art. Gospels, E. B., IL, col. 1842). À l'interrogation des pharisiens qui voudraient savoir quand viendra le Royaume de Dieu, Jésus répond en déclarant qu'il ne viendra pas perx maparnpñcesws (17, 20 s.). La parabole” des minés est expressément présentée comme racontée par Jésus, parce que ses disciples croyaient que le Royaume de Dieu allait tout de suite être manifesté (79, 11). L’Apocalypse synoptique pérmet de faire plusieurs remarques intéressantes. Là où Marc (13, 7) et Matthieu (24, 6) disent : « ce n’est pas encore la fin », Luc a: « ce n'est pas tout de suite la fin » (27, 9). Il dit que la dévastation de Jérusalem doit durer « jusqu'à

ce que soit accompli le temps des païens »

(21, 24). C’est alors seulement que se produira N'apparition du Fils de l'Homme (217, 25-27). Luc ne se sert pas ici de termes comme ‘« en ces jours-là » (Mc., 13, 24) ou « aussitôt » (Mr. 24, 29) qui se trouvent dans les autres évangiles. : se

On a beaucoup parlé du paulinisme de Luc. Il n'est établi ni par les contacts entre le vocabulaire du troisième évangile et celui de Paul signalés plus haut (p. 493) ni par l'emploi de quelques expressions comme « ta foi t’a sauvée » (7,50 ; 8,48:

17, 19 ; 18, 42), comme « de peur qu'en croyant

ils ne soient sauvés » (8, 12), comme « justifié » (18, 14). L'exemple de l’épitre de Jacques prouve, en effet, combien les formules pauliniennesont pu pénétrer dans des milieux qni restaient étrangers à l'esprit du paulinisme.

Le paulinisme de Luc ce n’est pas autre chose que son universalisme (Hozrzmanx, Nt. Th., I?, p. 521), et cet universalisme est supposé aussi, bien qu'à des degrés divers, par les deux autres évan-

giles. Au moment où Luc écrit, le paulinisme

a exercé son action sur la pensée chrétienne, mais rien n’oblige ou même n'autorise à penser que cette action ait été directe sur l’évangéliste. Ni sur le péché, ni surla justification, ni sur la Loi,

ni sur le Christ et l'efficacité de sa morton ne

trouve chez Luc de formules qui rappellent les | caractères spécifiques de la spéculation dogmatique proprement pauliniennef.

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