‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 12 sur 127 · IV. — L'HYPOTHÈSE DE L'ÉVANGILE PRIMITIF · texte numérisé non relu

IV. — L'HYPOTHÈSE DE L'ÉVANGILE PRIMITIF

La théorie de la dépendance mutuelle qui avait cours au xvin° siècle prenait pour point de départ un des évangiles actuels, voyant en lui la fixation immédiate de souvenirs directs. Sous l'influence des discussions que provoqua la publication des fragments de Wolfenbüttel par Lessing en 1778 ?, on en vint à se demander si les évangiles n'étaient

1. La solution du problème synoptique, Tours, 1911. On ne peut à proprement parler considérer comme des partisans du caractère secondaire de Marc les critiques qui, comme Micnez Nico- LAS (1862) et Sarmon (1885), admettent bien que notre Marc actuel dépend de Matthieu et de Luc mais statuent un proto-Mare antérieur au premier et au troisième évangiles.

2. Von dem Zwecke -Jesu und seiner Jünger, Noch ein Fragment des Wolfenbäbtelschen Ungenannten, Braunschweig, 17178. Ces fragments étaient l'œuvre de HeRMANN SAMuEL Reimarus. Sur

ce personnage et sur ses idées, voir ALBERT SÈRWEITZER, Gesch., p. 135.

pas plus éloignés des faits qu’ils racontaient qu'on ne l'avait admis tout d’abord. Lessing consacra à cette question une étude dans laquelle il voulut considérer les évangélistes comme des auleurs purement humains !. Il admet qu’il y a eu avant les évangiles canoniques une première rédaction araméenne de l'histoire évangélique. Cet : évangile primitif serait celui des Nazaréens ou des Douze apôtres. Matthieu l'aurait traduit en grec, puis Marc en aurait donné une autre traduction d'après un exemplaire moins complet, enfin Luc en aurait à son tour donné une version plus soignée. Lessing fut suivi par Semler (1779), puis par Niemeyer (1790), qui identifièrent l’évangile primitif à l’évangile des Hébreux maintes fois mentionné par les Pères. Corrodi (1792) et Schmidt (1793) pensèrent à l'original hébraïque de Matthieu.

Eichhorn essaya de préciser l'hypothèse en statuant entre l'évangile primitif et les évangiles actuels quatre copies remaniées dont la première et la quatrième auraient été utilisées par Matthieu, la seconde par Marc, la troisième et la quatrième par Luc (1794). Plus tard ? (1804), il alla

1. Neue Hypothese über den Evangelisten als blos menschliche Schriftsteller belrachtet. Cette étude date de 1178, mais ne fut publiée qu’en 1184 dans les œuvres posthumes de Lessing.

2, Einleitung in das Neue Testament, I, Leipzig, 1804, p. 353.

jusqu’à distinguer neuf documents. antérieurs aux synoptiques. Marsh, le traducteur anglais de l’Introduction au Nouveau Testament de Mine lis, n’aboutit pas à une théorie plus simple, il admet six documents : 1 l’'évangile araméen primitif; 2° la traduction grecque de cet évangile; 3 et 4° deux copies de cette traduction avec deux séries différentes d’additions ; 5° une copie dans laquelle les deux séries d’additions étaient réunies; 6° une collection de discours ou de paroles du Seigneur. | . L'extrême complication que prenait nécéssairement l'hypothèse de l'évangile primitif dès qu'on voulait tenter d'expliquer les différences présentées par nos évangiles, devait amener l'abandon de cette théorie. Elle fut pourtant reprise au cours du xix° siècle par Wittichen (Leben Jesu, léna, 1876), qui admit trois documents primitifs qu'il appela À, B, C, faisant ainsi évoluer la théorie de l’évangile primitif dans une direction qui la rapprochait grandement d’une hypothèse documentaire. Il faut aussi mentionner Abbott (The fourfold Gospel, Cambridge, 1913-1916) qui, dans une série de publications récentes, a tenté de restituer un évangile primitif en dégageant les éléments communs aux trois synoptiques.

HISTOIRE DU PROBLÈME SYNOPTIQUE 61 V. — L'HYPOTHÈSÉ DE LA TRADITION ORALE

La théorie de la tradition orale a été préparée par Storr (1794) et Eckermann (1796), puis par Herder 1, qui soutint que l'évangile primitif, d’abord conservé oralement, n'avait été mis par écrit que pour parer aux défaillances de la mémoire et non pour créer des œuvres littéraires. La rédaction de Marc, faite en grec sous les yeux des apôtres, représenterait presque intégralement la prédication primitive; un peu plus tard, vers 60 ou un peu après, un évangile araméen plus complet aurait vu le jour en Palestine; ce serait l'évangile hébreu des Nazaréens dont serait sorti, après 70, l’évangile grec de Matthieu. Luc aurait utilisé l’évangile araméen et d’autres traditions. Herder ne se prononce pas sur la question de la dépendance directe des évangiles entre eux.

Au début du xix° siècle, le développement des idées de Niebuhr et de Wolf créa un état d’esprit tout à fait favorable à la théorie de la tradition orale et prépara ainsi la voie à Gieseler ?, qui

1. Von der Regel der Zusammenstimmung unserer Evangelien, 4191. Cf. Vom Erlôser der Menschen nach den drei ersten Evangelien, 1196. Von Gottes Sohn der Welt Heiland nach Jo-

hannesevangelium, 1791. | 2. Historisch-kritischer Versuch über die Entstehung und die

frühesten Schichsale der schriftlichen Evangelien, Leipzig, 1818.

fut le théoricien de ce système. Gieseler expliquait l’origine des évangiles uniquement par la tradition orale. Les différences qu'ils présentent entre eux proviennent des modifications subies par la tradition du fait des diverses tendances du christianisme primitif. Accessoirement Gieseler fait intervenir les réminiscences personnelles de chacun des évangélistes. Il y eut successivement deux transpositions de la tradition araméenne orale, la première faite sous l'influence de Paul, en vue de son œuvre missionnaire, est l’évangile de Luc. Une autre transposition, faite un peu plus tard, donna naissance aux évangiles de Matthieu et de Marc. Quant aux évangiles apocryphes, ils sont sortis d'une forme postérieure et altérée de la tradition orale.

La théorie de la tradition orale ne cessa pas, depuis l’époque de Gieseler, d’avoir des défenseurs, parmi lesquels on peut nommer Westcott (1860) et Godet !. Celui-ci admet que la prédication apostolique se fixa d’abord sous une forme araméenne sous l'influence principale de Pierre pour la partie narrative et de Matthieu pour l'élément didactique. Le passage de la forme araméenne à la forme grecque se fit sous l'influence de Matthieu.

4. Introduction au Nouveau Testament, Neuchatel, 1893-1908, t. Il, et antérieurement dans les diverses éditions du commentaire sur l’évangile de Luc.

Marc reproduisit le premier cette tradition dans un ouvrage écrit en y ajoutant ceftains détails qu'il tenait de Pierre. Le récit de Marc est combiné dans le premier évangile avec les discours recueillis par Matthieu. L'évangile de Luc fut écrit à l’aide de ces deux documents et d’autres petits écrits sans contact direct avec la tradition orale.

Wetzel! Auf qu'à l’origine de la ltiérature évangélique se place un exposé oral de l’histoire évangélique fait par Matthieu à l'usage des missionnaires et des évangélistes. Marc a mis cet exposé par écrit, Matthieu l’a suivi, travaillant de mémoire dans la première partie de son œuvre, utilisant le récit de Marc dans la seconde. Luc est venu ensuite, travaillant, lui, entièrement de mémoire.

C. Veit?, touten admettant la théorie de la tradition orale, essaye de faire remonter plus haut les origines de cette tradition en faisant intervenir l’idée de petits résumés de l’enseignement de Jé-.

4. Die synoptische Evangelien, Heïlbronn., 1883. Hozsten (Die drei ursprünglich noch ungeschriebenen Evangelien, Karlsruhe, 1883; Die synoplische Evangelien, Heidelberg, 1886) présente aussi une théorie qui combine le système de la tradition orale avec l'hypothèse de la dépendance mutuelle.

2. Die synoptischen Parallelen und ein alter Versuch ihrer Enträthselung mit neuer Begründung, Gütersloh, 1897.

sus, sorte de catéchisme que les apôtres apprenaient par cœur.

Parmi les autres partisans de la tradition orale on peut encore nommer Guericke (1843), Wright (1890) et un certain nombre de théologiens catholiques comme Bisping (1863), Meignan (1864), Schegg (1870), Haneberg (1876), Fouard (1883), Le Camus (1883), Fillion (1888), Knabenbauer (1894), Cornely (1897).

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