‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 17 sur 127 · Sylloge commentat. theol., de Porr, I · texte numérisé non relu

Sylloge commentat. theol., de Porr, I

9. Ueber den Zweck der evangelischen Geschichte und der Briefe Johannis, Tübingen, 1186. De fontibus evangeliorum Matthæi et Lucæ, 17194 (VeLHusexs Comment. theol., II,

lavæ, 1831), qui soutint la priorité de Marc par rapport à Matthieu et à Luc.

Une considération nouvelle, d'une grande importance, fut introduite par: Lachmann en 1835! qui, au jugement de Wellhausen (Ein/., p. 33), découvrit le fil d'Ariane pour le dédale des trois premiers évangiles. Lachmann soutint qu'il ne convenait pas de considérer seulement les récits pris isolément, mais qu'il fallait envisager aussi ce qu'il appelle l’ordo narrationum evangelicarum. A ce point de vue il constate que l'accord de Matthieu avec Luc conduit à Marc dont toute la substance se retrouve dans leurs narrations. Marc est donc au point de départ. Les divergences par rapport à lui qu'on peut relever chez Matthieu et chez Luc proviennent de l'addition d'éléments nouveaux. Lachmann n’admettait d'ailleurs qu'une priorité relative du récit de Marc, c’est-à-dire considérait sa relation comme primitive par rapport à celles de Matthieu et de Luc, mais non pas comme répondant exactement aux débuts de la tradition évangélique. |

L'année 1838 vit paraitre presque simultanément les œuvres importantes de Weisse et de Wilke. Christian-Hermann Weisse (1801-1866) ?

1. De ordine narrationum in evangeliis synopticis, SE. uw. Kr.. 1835, p. 510-590 reproduit dans la préface du t. IL de la seconde

édition du Nouveau Testament de Lachmann (Berlin, 1850). 2. Die evangelische Geschichte kritisch und philosophisch bear-

était un grand admirateur de Strauss, mais il avait le sentiment que la question des sources de l’histoire évangélique avait été traitée trop légèrement par Strauss et qu'il convenait de la reprendre peur tracer avec précision la limite entre l’histoire et le mythe. Au début de ces recherches, Weiss était bien éloigné d'admettre la priorité de Marc (cf. Scuwerrzer, Gesch., p. 125), mais il en vint à remarquer que de multiples détails plastiques propres à Marc ne pouvaient pas être des enjolivements ajoutés par un abréviateur, mais devaient être considérés comme des traits originaux omis par Matthieu et par Luc. Les observations auxquelles conduit l'étude de l'ordonnance et de la composition du récit vont dans le même sens. Le plan de Marc est non seulement plus simple que ceux de Matthieu et de Luc, mais encore il apparaît comme la souche commune d'où sont sortis les deux autres. Weisse observe aussi que pour les parties qui sont communes à Matthieu et à Luc seuls, il n'y a pas d'accord de disposition et que, dans ces parties, les divergences sont plus nombreuses et plus importantes que lorsqu'il s'agit de morceaux qui se retrouvent aussi chez Marc. Enfin Weisse note que dans les parties communes aux trois évangiles,

beitet, Leipzig, 1838; Die Evangelienfrage in ihrem gegenwürtigen Stadium, Leipzig, 1856.

Marc apparait commé la source première qui permet de mieux comprendre la relation entre Matthieu et Luc. L'évangile de Marc n’apparaissait cependant pas à Weisse comme une œuvre:

absolument primitive, il n'y voyait qu'une rédaction fragmentaire de l'enseignement de Pierre.

Christian-Gottlob Wilke! fit des rapports des trois récits parallèles une patiente étude, montrant par la minutie même de ses remarques, ainsi que l’observe Holtzmann (S. E., p. 31), combien longue et difficile était la route qu'il fallait suivre pour arriver à des résultats assurés. Wilke, observant l'identité des recensions parallèles non seulement dans les récits proprement dits mais dans les réflexions qui les accompagnent, attribue les divergences qu'ils peuvent présenter à l'activité littéraire des évangélistes. Il critique successivement la théorie de la tradition orale, celle de l’évangile primitif et celle des diégèses et aboutit à cette conclusion que la solution du problème doit être cherchée dans un évangile primitif identique à l'un des évangiles actuels et qui est celui de Marc. C’est ainsi que Wilke fut lentement et comme malgré lui con-

1. Der Urevangelist oder eine exegetisch-kritische Untersuchung des Verwandischaftsverhältnisses der drei ersten Evangelien, Dresden, Leipzig, 4838.

duit à la théorie de la priorité de Marc, à laquelle il était loin de se rallier au début de ses recherches. |

Les controverses auxquelles donnèrent naissance les théories de l’école de Tubingue sur la composition des évangiles valurent un regain d'actualité au problème de la place qui revient à Marc par rapport à Matthieu et à Luc. On sait que Schwegler et Baur avaient soutenu le caractère tout à fait secondaire de Marc. Leurs vues ne furent pas universellement admises parmi ceux qui se rattachaient expressément à l’école. Déjà en 1841, Bruno Bauer! avait pris nettement position pour la priorité de Marc en expliquant les divergences des autres récits par rapport au sien par ce qu'il appelait la puissance créatrice des évangiles. Il montrait notamment le rôle que les préoccupations théologiques et ecclésiastiques avaient joué dans la transformation de la tradition. Seulement Bauer ne s’en tenait pas là ; il essayait encore de montrer que les forces qui avaient agi dans les évangiles de Matthieu et de Luc et les avaient différenciés par rapport à Marc avaient agi dès avant la rédaction de l’évangile

A. Krilik der evangelischen Geschichte der Synoptiker, Leipzig, 4841-42, 3 vol. Krilik der Evangelien und Geschichte ihres Ursprungs, Berlin, 4851-52. 4 vol. Le quatrième volume porte aussi le titre de Die theologische Erklärung der Evangelien.

de Marc et que c’étaient elles qui expliquaient la formation de cet évangile lui-même. La littérature évangélique apparaît ainsi chez Bruno Bauer non seulement comme reflétant les idées religieuses et théologiques des premiers chrétiens mais encore comme étant une création de leur foi. Pour Bruno Bauer, Marc est l’évangéliste primitif mais en même temps un évangéliste créateur. Avec lui le scepticisme de Strauss est largement dépassé. Suivant l'expression de Holtzmann (S. Æ., p. 33), là où Strauss ignorait ce qui s'était passé, Bauer savait qu'il ne s’était rien passé. Bruno Bauer resta un isolé ; il ne fit pas école et ses travaux tombèrent dans l'oubli. I eut cette singulière fortune que l'école radicale hollandaise qui développa les mêmes vues que lui sur Paul et ses épîtres!, et que Wrede, dont les idées en matière de critique évangélique se rapprochent beaucoup des siennes (Cf. Messiasgeh., p.280s.) développèrent leurs théories sans le connaître et ne s'aperçurent qu'après coup qu'ils avaient eu un précurseur en la personne de celui qu'on peut appeler l'enfant terrible de l’école de Tubingue.

Avec Bruno Bauer c'est l’extrème-gauche de l'école de Baur qui se prononce contre l'opinion

4. VAN DEN BERGH van Eysinca, Die holländische radikale Kritik des Neuen Testaments, lena, 49192.

HISTOIRE DU PROBLÈME SYNOPTIQUE \ 8l

du maître sur le caractère de l’évangile de Marc. Dix ans plus tard avec Albrecht Ritschl, ce sera l'extrême-droite qui prendra la même position!, puis ce sera Kæstlin qui, en 1853 (Ursprung und Composition der synoptischen Evangelien, Stuttgart, 1853), développera une théorie assez complexe mettant à l'origine un proto-Marc (dont est dérivé l’évangile de Pierre), des discours de Matthieu et diverses autres sources. Le point de vue du proto-Marc était celui d’un semi-universalisme pétrinien. La combinaison de ce proto-Marc avec les traditions orales et les discours de Matthieu rédigés du point de vue judaïsant a donné naissance à l’évangile canonique de Matthieu dont le point de vue est catholicisant. Luc est venu ensuite, combinant les diverses sources préexis- ‘tantes ; enfin Marc a résumé dans son œuvre les évangiles de Matthieu, de Pierre et de Luc.

La théorie de Volkmar (Die Religion Jesu, Leipzig, 1857), est sensiblement plus simple. Pour lui l’évangile de Marc est l’évangile primitif ; il a été composé sous l'influence des idées pauliniennes à l’époque où l'attente de la parousie allant s’affaiblissant, on éprouvait le besoin de tourner les regards vers le passé. Matthieu est un

1, Si du moins, à l'époque où ses vues sur l’évangile de Marc se modifient, Ritschl peut encore être regardé comme appartenant à l’école de Baur.

remaniement de Marc inspiré par un intérêt.

judaïsant et utilisant un évangile primitif dans lequel cette tendance était encore plus accentuée Chez Luc, le point dé vue est beaucoup plus large que chez Matthieu.

Pendant que plusieurs des disciples de Baur abandonnaient ainsi la thèse du maitre sur le caractère secondaire de l’évangile de Marc, la plupart de ses adversaires prenaient une position semblable. Il suffira de nommer ici Reuss, Hitzig (1843), Sepp (1846), Thiersch (1852), Plitt (1860). Albert Réville (1862), Holtzmann (1863), Bernhard Weiss (1864). Nous aurons à revenir sur les idées de plusieurs de ces critiques, soit à propcs du proto-Marc, soit à propos de la théorie des deux sources, qui a été développée en partant de la thèse de la priorité de Marc.

Il convient de signaler ici une forme un peu particulière sous laquelle s’est présentée, déjà chez certains adversaires de Baur et à maintes reprises dans la suite, la thèse de la priorité de Marc. Nous voulons parler de la théorie du proto- Marc. L’évangile de Marc sous sa forme actuelle ne serait pas la source à laquelle ont puisé Matthieu. et Luc, mais une édition de cette source révisée soit d’une manière indépendante, soit sous l'influence des premier et troisième évangiles.

La théorie du proto-Marc se présente sous

deux formes indépendantes qui correspondent à deux problèmes bien distincts et sont en relation avec deux démarches bien différentes de la pensée. Nous ne nous occupons ici que de la première de ces formes !. Déjà Schleiermacher, en 1832, avait été conduit par l'étude du témoignage de Papias à penser qu'avant notre évangile de Marc, il avait existé un écrit plus simple qui était la transcription de récits faits par l’apôtre Pierre et que c'était de cet écrit que parlait le presbytre dans le fragment conservé par Eusèbe. La même idée avait ensuite été reprise par Credner?, qui avait soutenu que cette forme première du récit de Mare avait seule été utilisée par Matthieu et par Luc.

Albert Réville (Études critiques sur l'évangile selon

saint Matthieu, Leyde, 1862, admet aussi un proto-Marc qu'il conçoit comme peu différent du

Marc canonique.

La théorie du proto-Marc fut surtout dévelop-

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