‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 76 sur 127 · IV. — Les Locra ET L'ÉVANGILE DE Marc · texte numérisé non relu

IV. — Les Locra ET L'ÉVANGILE DE Marc

Nous avons vu, dans le rapide aperçu que nous avons donné de l'histoire du problème synoptique, que la question des rapportsdes Logia et de l’évangile de Marc reste controversée à l’heure actuelle. Bernhard Weiss et ses disciples, notamment

1. Voir, outre les travaux cités, p. 37s. et n. 1, B.-H. STREETER, St. Mark's knowledge and use of Q. Studies, p. 166-183.

Titius, ont soutenu la thèse de la dépendance de Marc. Plus récemment cette thèse a été reprise par Harnack spécialement contre Wellhausen qui, au contraire, a défendu l'idée de la priorité de Marc non seulement par rapport aux évangiles de Matthieu et de Luc, mais encore pi rapport à leur source commune.

L'indépendance absolue ! des deux documents paraît peu vraisemblable a priori. On ne peut concevoir, en elfet, que les récits relatifs à l’histoire évangélique et les paroles de Jésus aient fait l’objet de deux traditions sans contact l'une avec l'autre ( WezLHausen, Einl., p.64). La relation des deux documents est d’ailleurs établie par l’existence chez Matthieu et chez Luc des doublets signalés plus haut (p.218 n. 1), qui sont trop nombreux et trop précis pour qu'on puisse les expliquer par des rencontres fortuites ou par le fait qu'en dernière analyse, Marc et les Logia ont dû puiser à la même tradition primitive sur la vie et l’enseignement de Jésus. Pour expliquer les parallèles constatés dans les doublets, une parenté d'ordre littéraire est nécessaire.

1. Cette indépendance a été soutenue par C.-S. Parron. Did Mark use Q? or did Q use Mark? Am. Journ. of theol., 1942, p. 634s. — Sranron (I, p.113) admet une idée analogue en supposant que Marc n'a pas connu les Logig en grec, mais seulement en araméen.

La relation des deux documents étant admise, le point délicat est de déterminer de quelle nature est cette relation. Marc est-il, — il ne s’agit bien entendu que de points d'importance accessoire — secondaire par rapport aux Logia, ou le rapport des textes est-il inverse? Une première observation toute extérieure paraît favorable à la priorité de Marc : les évangiles de Matthieu et de Luc étant, en gros, des combinaisons de Marc et des Logia, comment expliquer que ces combinaisons aient remplacé les Logia et ne se soient pas substituées à Marc? N'y aurait-il pas là une preuve qu'au moment de la composition des premier et troisième évangiles, Marc avait une position mieux assise que les Logia, c'est-à-dire probablement existait depuis plus longtemps? Cet argument serait probant si les Logia et Marc étaient des documents similaires, or ce n’est pas le cas. Marc, par son plan organique et par son individualité, était une œuvre d’un caractère accusé qui gardait sa raison d'être, même à côté d’évangiles- plus complets, tandis que les Logia, simple collection, de caractère beaucoup plus flottant, n'avaient plus d'intérêt après que leur substance eut été recueillie par les premier et troisième évangélistes.

D'autres observations d'ordre général sont, au contraire, favorables à la priorité des Logia. L'étude du rôle joué par l'histoire’évangélique

dans la pensée religieuse de l’âge apostolique . montre qu'on s'est tout d’abord attaché aux paroles de Jésus considérées comme constituant une autorité religieuse absolue et que ce n’est qu'à un stade ultérieur qu’on a commencé à prendre intérêt aux faits de l’histoire évangélique. De cela il y a lieu, semble-t-il, de conclure que la constitution d’un recueil de paroles de Jésus a dû précéder la rédaction d'un récit de sa vie !. Mais ce n'est pas tout. L'importance prépondérante que les paroles de Jésus présentaient pour la foi ne permettrait pas de comprendre la place relativement restreinte que les paroles de Jésus occupent dans l’évangile de Marc si, au moment de sa rédaction, n'avait pas déjà existé un recueil de paroles. Il y a là, nous semble-t-il, une observation favorable à la priorité des Logia ?.

Maïs les remarques qui précèdent ont un caractère trop théorique pour résoudre vraiment le problème. Celui-ci doit être serré de plus près. Wellhausen a fait observer que Matthieu et Luc ont, sous l'influence des Logia qu'ils utilisent, fait subir au plan de Marc une transformation qui peut paraître légère au premier coup d'œil mais qui,

1. Von SopEn, Das Interesse des apostolichen Zeitallers an der evangelischen Geschichte.

2. Jücicuer, Einl., p. 322; Bousser, Evangelien (synoptische), B. G, G., 11, col. 7095.

si on l’examine de près, a une portée sensiblement plus considérable. La confession de Pierre fait époque dans l’histoire du ministère de Jésus telle que la raconte Marc. A partir du moment où Jésus a été reconnu comme le Messie par Pierre, il donne à son enseignement un caractère nouveau, le faisant porter sur le sort qui l’attend et l’adressant uniquement au cercle des apôtres. L'Évangile proprement dit se trouve ainsi enfermé entre la confession de Pierre et l’histoire de la passion. Chez Matthieu et chez Luc, au contraire, le centre de gravité est déplacé: il n'est plus dans des instructions particulières, mais dans des enseignements donnés en public, comme le Sermon sur la Montagne. Il y a là, pense Wellhausen, projection dans la première partie du ministère de Jésus de ce qui a appartenu à la seconde, donc altération. Cet élargissement et cette généralisation de l’évangile primitif de Marc dans les Logia et sous l’influence des Logia chez Matthieu et chez Luc sont, aux yeux de Wellhausen, un indice très net du caractère secondaire des Logia (Ein£., p. 70 s.).

Leraisonnement de Wellhausen nous parait appeler une double réserve. Il n’est pas légitime d'opérer comme si le tableau du ministère de Jésus tracé par Marc répondait exactement, sinon à la réalité historique du développement des faits, du moins au premier récit qui en ait été donné. En second

lieu, quand il serait établi plus nettement que ce n'est réellement le cas que l'incorporation des Logia dans les évangiles de Matthieu et de Luc a eu pour conséquence un déplacement du centre de gravité de la narration évangélique primitive, il resterait à prouver que le plan qui apparaît à la suite de la combinaison des Logia et de Marc ‘était aussi celui des Logia. Or la nature des éléments constitutifs des Logia et ce que l’on apercoit de la disposition primitive du recueil contredit nettement cette hypothèse. Il ne faut donc pas dire que les Logia présentent du ministère de Jésus un tableau différent de celui que suppose Marc. Ils donnent seulement un aperçu de l’enseignement évangélique. La déformation de la narration de Marc chez Matthieu et chez Luc résulte de la combinaison de deux documents de natures différentes, d’un évangile et d’un résumé doctrinal. Les deux choses ne sont pas sur le même plan, et par conséquent on ne peut établir un classement chronologique entre elles d’après les stades différents du développement de la pen- sée chrétienne auxquels elles correspondraient. La méthode la plus sûre pour l'étude du problème qui nous occupe nous paraît être l'examen de quelques-uns des points sur lesquels un contact peut être constaté entre les documents considérés. Prenons d'abord les récitsrelatifs à Jean-Baptiste.

Tels qu'ils se présentent chez Matthieu et chez Luc, ils sont, si on fait abstraction du petit développement particulier à Luc (3, 10-14), constitués par trois éléments. A. Une notice générale sur l’activité de Jean-Baptiste (M4., 3, 1-6. Le., 3, 1-6). B. Sonappelà larepentance (M4.,3, 7-10. Le.,3, 7-9) C. Sa prédication messianique (M£., 3, 11-12. Lc., 3, 15-18). Aucun de ces trois éléments ne se suffit à lui-même. Il n’est donc pas possible de considérer que les récits de Matthieu et de Luc puissent venir de la combinaison de traditions parallèles. Rien n'autorise à mettre en doute leur caractère homogène. Le récit de Marc ne comporte que le premier élément (1, 16) et le troisième (1, 7-8), celui-ci sous une forme sensiblement différente de celle de Matthieu et de Luc. Deux explications des rapports du texte de Marc avec ceux de Matthieu et de Luc sont concevables. Ou bien Matihieu et Luc ont développé le récit sommaire de Marc ou bien celui-ci a abrégé sinon le récit des deux autres évangiles, du moins la source qu'ils ont reproduite. C'est cette seconde explication qui nous paraît devoir être admise. Nous ne ferons pas état pour l'établir du fait que, si on n'acceptait pas cette théorie, il faudrait expliquer comment Matthieu et Luc ont développé de la même manière le texte sommaire de Marc et nous nous bornerons pour justifier notre

opinion aux observations suivantes : 4° Matthieu et Luc placent la citation d'Ésaïe après la pre-: mière notice sur Jean-Baptiste, ce qui est une disposition plus simple et plus naturelle que celle de Marc qui a mis la citation en tête de son récit !. Il semble bien qu'il y ait eu ici un déplacement fait par Marc pour commencer son récit par une prophétie de l'Ancien Testament. 2° La prédication messianiqué de Jean se présente chez Matthieu ? sous la forme suivante: « Moi, je vous baptise d’eau pour la repentance. Celui qui vient après moi est plus grand que moi, je ne suis pas digne de porter ses sandales ; Lui vous baptisera d’Esprit Saint et de feu. Il a son van dans sa main et uettoiera son aire. [l amassera le froment dans son grenier et brûlera la balle au feu qui ne s'éteint pas ». Marc donne à cette prédication messianique une forme plus brève: « Celui qui est plus fort. que moi vient après moi. Je ne suis pas digne, en me baissant, de délier la courroie de ses sandales. Moi je vous ai baptisé d’eau, Lui vous baptisera d’Esprit Saint ». Le sens de ces deux moreeaux

1. Nous ne parlons pas du fragment de Malachie (3,1) qui, dans Me., 1,2, est mis avant la citation d'Esaïe, 40,3,.car ce doit être une interpolation postérieure faite d'une manière malencontreuse d’après M£., 11, 10.

2. Nous nous bornons à comparer le texte de Marc à celui de Matthieu, Luc ne présentant, par rapport à Matthieu, que des variantes sans importance.

est si différent qu'on peut laisser de côté les divergences de forme qu’il y a sur plusieurs points entre eux pour s’en tenir au sens général. Le Messie, dont le texte de Matthieu annonce la venue, est un Messie apocalyptique. Le baptême d'Esprit Saint et de feu dont il est question est un jugement apocalyptique ainsi que le prouve la phrase qui manque chez Marc, L'absence de cette phrase ainsi que des mots « et de feu » a pour conséquence qu'au lieu du baptême apocalyptique qui est un jugement, il y a chez Marc le baptème chrétien et que celui dont la venue est annoncée n'est pas le Messie apocalyptique mais le Messie historique au nom duquel le baptème chrétien était donné. Il n’est pas admissible qu’à une prophétie se rapportant au Christ historique et au baptême chrétien ait été substituée une prophétie ayant pour objet un Messie et un baptême apocalyptiques. L'évolution inverse est au contraire très naturelle, elle n’est qu’un élément de ce long travail par lequel la tradition chrétienne a adapté à ses fins propres la tradition sur Jean-Baptiste et sest, s’il est permis de s'exprimer ainsi, annexé le prophète du désert pour le réduire au rôle de précurseur !, Les Logia reproduits par Matthieu et Luc donnent, semble-t-il, ici une tradition

1. Disecius, Die urchristliche Ueberlieferung von Johannes dem Tüufer, Gæœttingen, 1911.

préchrétienne !, qui est entièrement christianisée chez Marc. C’est une preuve qui nous semble décisive de son caractère secondaire. 3° La suppression de la prédication de repentance de Jean- Baptiste est, sans doute, en relation avec ce travail d'adaptation fait par Marc et sert à diminuer l’originalité de l’enseignement de Jean.

La conclusion à laquelle nous arrivons est donc que les récits de Mare sur Jean-Baptiste ne sont qu'un résumé tendancieux du récit des Logia.

Un autre cas où Marc abrège un récit plus exactement rapporté par Matthieu et par Luc nous est fourni par l'épisode de l'accusation de possession portée contre Jésus (Mc., 3, 22-30. Mt., 12, 22-32. Cf..9, 82-34. Lc., 11, 14-23 ; 12, 10). La relation des textes peut être résumée dans le tableau suivant :

Me. Mi. Le.

12, 22-93 } LR EN Re 4. » Co À no. d'un démoniaque.

es Juifs accusent Jésus de \ PAT {1 chasser les démons par a RS 34 À É l Beelzébul, le prince des démons.

| Réponse de Jésus :

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