‹ Introduction au Noveau Testament (volume 2)Chapitre 86 sur 127 · ScriVENER, Introduction, II, p · texte numérisé non relu

ScriVENER, Introduction, II, p

3. Dans un évangéliaire arménien daté de 989 et conservé à Etschmiadzin, il y a, entre les verseis 8 et 9,une ligne où on lit « du presbytre Ariston ». L

viu® siècle; 0112, Sinaï, vu siècle ; 274 mg. ; 579) le ms. k de l’ancienne version latine, la lecon marginale de la version harcléenne, des manuscrits coptes donnent, à côté de la conclusion habituelle, une conclusion beaucoup plus courte ainsi conçue : « Elles rapportèrent brièvement ce qui leur avait été dit aux compagnons de Pierre. Ensuite Jésus lui-même envoya par eux jusqu'à l'Orient et jusqu’à l'Occident le message sacré et impérissable du salut éternel. » Un certain nombre de manuscrits (par exemple 20, 137, 138, 199, 215, 300) donnent la fin du texte reçu mais soit avec des astérisques, soit avec l'indication que cette fin manque dans un certain nombre de manuscrits !. Enfin le manuscrit W (Detroit, Michigan, 1v-vi° siècle) donne, dans la fin du texte reçu, une addition à laquelle fait allusion saint Jérôme, c’est après le verset 14 un plaidoyer des apôtres qui cherchent à excuser leur incrédulité et une réponse de Jésus. C'est évidemment un développement parasite dont il n'y a pas à tenir compte pour la solution du problème de la fin de Marc.

Aux raisons très fortes que la critique textuelle

4. ScrIVENER, Introduction, IT, p. 338 s. Il faut ajouter que les numéros des sections d'Ammonius et d'Eusèbe manquent pour la fin de l’évangile de Marc dans les manuscrits N A L SU, dans onze minuscules et dans quelques manuscrits de la Vulgate (Scrivener, Introduction, II, p. 339). Sur les témoignages patristiques, voir Wesrcorr et Horr, Appendix, p.30 s.

a de rejeter l'authenticité de la fin habituelle de Marc ! s'ajoutent celles qui résultent de l'examen intrinsèque du morceau. Tous les faits rapportés dans la conclusion suspectée viennent des autres évangiles, notamment de celui de Luc dont il n'y a pas autre chose chez Marc qu’un très pâle abrégé. Ils sont de plus en contradiction évidente avec le récit de Marc. Jésus avait annoncé à ses disciples un revoir en (Galilée (14, 28). L'ange s'adressant aux femmes avait rappelé cette promesse (176, 7). Il est impossible qu’il n’y ait eu dans la suite du récit, comme c’est actuellement le cas, que des récits d’apparitions judéennes.

L'inauthenticité de 16, 9-20 étant admise, la question qui se pose est de savoir si l’évangile primitif se terminait avec le verset 8 ou bien s’il comportait encore une conclusion disparue de bonne heure ?.

-1. L'inauthenticité est reconnue par la presque totalité des critiques. Parmi les derniers défenseurs de l'authenticité nous citerons : BurGoN, The last twelve verses of the gospel according to S. Mark, Oxford, London, 1871 ; P. MartTIN, Introduction à La crilique textuelle du Nouveau Testament, Partie pratique, t. II, Paris, 1884; SCRIVENER, Introduction, II, P. 337-344, et, à un point

de vue très différent, contre Rohrbach, HiLGeNreLp, Z. f. wiss. Th., 1894, p. 625 s.

2. La première opinion est soutenue par WELLHAUSEN, Me. p. #46; Loisv, I, p.105; II, p. 788; Zanx, Einl., IL, Ds En. Meyer, Ursprung, I, p. 175s.; HoLTzmANN, H. C. 1, 1, p. 183; B. Weiss dans Meyer, 1], p.265 ; Branor, Die evangelische Geschichte und der Ursprung des Christentums, Leipzig, 1893, p. 318: etc. La seconde est admise notamment par JüLicherR (Einl., P. 228), RonrBacn, Sprrra (cf. p. 289 n. 2), etc.

Dans cette dernière hypothèse, que pouvait contenir cette conclusion? et comment peut-on M quer sa disparilion ?

Les partisans de la première hypothèse font valoir diverses considérations. Aucune trace de la conclusion originale n'ayant été conservée, il faudrait mettre la mutilation à une date très ancienne. Si on n'’admet pas qu’elle a été fortuite et si on pense que la fin primitive du récit a été supprimée parce qu'elle contenait quelque chose qui ne s’adaptait plus aux idées reçues, on ne comprend que malaisément qu'elle n’ait pas été remplacée par une conclusion plus satisfaisante, enfin il peut paraitre frappant qu'à partir précisément de l’endroit où cesse l’évangile de Marc, les deux autres récits, ceux de Matthieu et de Luc, ne paraissent plus suivre une tradition commune. Aucun de ces arguments ne parait décisif. Si la mutilation a été intentionnelle, on la comprend mieux à une date ancienne, à un moment où l’on pouvait encore user d’unecertaineliberté à l’égarddu texte évangélique, qu'à un moment où ce texte était déjà revêtu d’une autorité qui rendaitdifficile de l’altérer gravement. Le fait qu’on s’est borné à supprimer ce qui pouvait ne pas convenir sans chercher à le remplacer est, au moins, l'indice d’un certain scrupule. Enfin les divergences qu’il yaentre Les récits d'apparitions chez Matthieu et chez Luc témoignent d’une évolution

de la tradition qui nous parait être la cause directe de la suppression de la fin primitive de Marc.

En faveur de l'hypothèse de la mutilâtion, on peut faire valoir un argument qui nous paraît décisif. C’est que l'on conçoit difficilement que l'évangile ait jamais pu se terminer avec un récit qui laissait en quelque sorte l'esprit en suspens. Il fallait que, de quelque façon, la crainte et le trouble des femmes mentionnés au dernier verset disparaissent pour faire place à la certitude de la résurrection (Spirra, Zur Gesch., III, 2, p. 113). Wellhausen soutient que l'évangile est complet, car il donne un récit de la résurrection qui n'est autre que la découverte du tombeau vide. La meilleure preuvé que ce récit ne suffisait pas, c'est que les femmes qui ont découvert le tombeau vide restent perplexes. D'ailleurs, les passages 14, 28 et 16, 7 annonçaient un revoir en Galilée. « C'est là que vous le verrez », disait expressément ce dernier passage. L'évangile ne pouvait être complet qu'avec lerécit de la rencontre ainsi annoncée par deux fois.

Nous croyons donc que la fin perdue de Mare devait comprendre le récit d'une rencontre en Galilée, et c'est parce que cette localisation des

1. Nous ne croyons pas qu'elle ail contenu aussi, comme le pense Sprrra (Zur Gesch., III. 2, p. 412), Le récit d'une apparition

aux femmes à Jérusalem, car c'est aux femmes que l'ange dit en parlant de la Galilée (16, 7): «v'est là que vous le verrez. »

apparitions ne s’accordait plus avec la conception devenue dominante qu'on a fait, croyons-nous, disparaître la fin primitive de Marc. |

Il n'estpas sans intérêt de classer au point de vue du lieu des apparitions, les récits de la résurrection. Un premier groupe de textes ne connaît id'apparitions qu'en Galilée; il est formé par l’évangile de Marc sous sa forme primitive et par l'évangile de Pierre. Un second groupe, constitué par l’évangile de Luc, par l’évangile de Jean sous sa première forme (c'est-à-dire sans le chapitre 21) et par La fin inauthentique de Marc, ne connaît que des apparitions en Judée. Un troisième connaît des apparitions en Judée et en Galilée. Il est constitué par l’évangile de Matthieu et par l’appendice de l’évangile de Jean.

Des deux traditions divergentes combinées dans le troisième groupe, la plus ancienne doit être la tradition galiléenne déjà annoncée dans le corps du récit et rappelée par l’ange dans une déclaration que le rédacteur du troisième évangile a non pas supprimée, mais transformée en lui donnant une forme nouvelle. « Souvenez-vous de ce qu'il vous a dit lorsqu'il était encore en Galilée » (24,6). La transformation de la tradition galiléenne en tradition judéenne et, plus exactement, jérusalémite est en relation avec l'importance de plus en plus grande prise par la communauté jé-

rusalémite. C'est cette transformation qui a eu pour conséquence la suppression de la fin primitive de Marct.

Une autre cause peut avoir encore contribué à amener la suppression de lafin de Marc. Il semble que, sous sa forme primitive, la tradition relative àla résurrection n’ait pas comporté, comme la tradition ultérieure, la fixation du moment de la résurrection au matin du troisième jour ?. La formule « après trois jours » paraît avoir eu primitivement le sens de « peu après ». En tout cas, la résurrection le matin du troisième jour est inconciliable avec l'annonce de la résurrection « après trois jours » qui se trouve trois fois dans Marc (8, 31; 9, 31 ; 10, 34), formule à laquelle Matthieu (qui l’a corrigée en « le troisième jour » dans les textes parallèles) fait allusion dans le récit de la garde mise au sépulcre (27, 63). Elle n'est pas moins contredite par le passage M4., 12,40 : « De même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin, de même le Fils de l'Homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre ». Dans l’évangile de Marc, les disciples se trouvant encore à Jérusalem au matin du troisième jour, si on tient compte du

1. Jücicaer, art. Marcus, R. E., XII, p. 297; Einl., p. 288. 2. Maurice GoGuer, Notes d'histoire évangélique, 1 Le problème chronologique, R. H. R., t. LXXIV (1916), p. 36 s'

temps qu'il leur fallait pour se rendre en Galilée, la première apparition ne pourrait se placer que sensiblement plus tard, il pourrait y avoir eu là une circonstance dont on ne se serait plus accommodé quand la tradition de la résurrection au matin du troisième jour eut définitivement triomphéf.

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