ILE ET LE DISCIPLE BIEN-AIMÉ
Pierre, arrivé à son tour, y entre. L'anonyme l'y. Æ suit, il voit et il croit. Les disciples s’en retournent alors.
La suture entre l'épisode des deux disciples et l’histoire de Marie-Madeleine n’est pas satisfaisante. Alors que Marie-Madeleine est venue seule au sépulcre, elle dit aux disciples : « On a enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne Savons où on l’a mis » (2)'. La liaison avec ce qui suit n’est pas meilleure. Il n’est pas dit ce que fait Marie-Madeleine après” avoir prévenu les disciples ; Or, au versel 11, elle est de nouveau au sépulcre et sa présence est mentionnée en des
termes qui pourraient faire supposer qu’elle ne s’en est pas éloignée : « Mais Marie se tenait hors
du sépulcre et pleurait ». Toute la scène relative aux disciples se déroule comme si elle n'était pas là et ils s’éloignent sans lui parler, ce qui n’est pas naturel, Deux morceaux d’origine et de
caractère différents sont ici juxtaposés. L’his-
toire de Pierre et de l’'anonyme est un épisode
intercalé dans l’histoire de l’apparition à Marie-
Madeleine dont la marche n’est cependant
* aucunement affectée par cette intercalation
(SCHWARTZ, p. 348). >
1. Ceci trahit l’influence d’un récit, comme celui de Mare, où plusieurs femmes viennent au sépulcre. Sc
Si le récit relatif à Mare. Madeléine se suffit
pleinement à lui-même et ne fait que pAgner à être séparé de l'épisode des disciples, on n’en peut dire autant de cet épisode lui-même, Pierre et Panonyme ne venant au sépulcre que sur l’in-
tervention de Marie-Madeleine. À quelle préoccu-
pation répond le récit qui s’est greffé sur la tradition relative à Marie-Madeleine ? Il ne semble pas avoir de conclusion, car si l’autre disciple «voit et croit » et s’il est ainsi le premier chez qui
naisse la foi à la résurrection, il ne dit rien à
Pierre de la conviction qui s’est imposée à lui et la remarque par laquelle se termine l’épisode :
« Ils n’avaient pas encore compris qu’il fallait
qu’il ressuseitât des morts » (9), incline à penser que Pierre ne partage pas la foi de son compagnon. L’introduction de cet épisode pourrait avoir été suggérée par Je désir de faire d’un apôtre le premier représentant de la foi à la résurrection. Ce désir cependant n’aurait pas été en état de contrebalancer la tradition qui attribuait ce rôle aux femmes et, particulièrement, à Marie-Madeleine. Tout cela ne fait que confirmer le caractère nettement secondaire de l’épisode.
Il n’y a, dans le texte de ce récit, rien qui fournisse une indication sur la personnalité de l’anonyme. I1 paraît seulement probable qu’il
faut le chercher dans le cercle des intimes de Jésus. Le fait qu’il est introduit par le terme « Pautre » et non « un autre » indique qu’il doit, selon toute vraisemblance, être identifié à celui qui apparaît dans l’histoire du reniement de Pierre.
Notons, enfin, qu’il n’y a rien dans l’épisode pris en lui même, pas plus que dans les deux précédents qui explique l’anonymat du personnage où qui indique quelque relation entre ie et l’auteur de l’évangile. |
Le fait que l'identification de l’anonyme à Jean paraît être, dans le récit de la vocation des premiers disciples, une conjecture au moins . extrêmement plausible, autorise-t-il à étendre la même conclusion au récit du reniement de Pierre et à celui de la visite au tombeau vide ? On ne saurait, pour répondre affirmativement à cette question, s’appuyer sur le fait que l’auteur ne peut guère avoir eu l’intention d’introduire plusieurs personnages anonymes dans son récit. Le personnage non nommé ne joue aucun rôle actif dans l’histoire de la vocation, il pouvait donc parfaitement ne pas être personnellement désigné. Une autre indication, indirecte il est vrai, mais nettement favorable à l’identification, résulte du fait que la tradition — telle qu’on la trouve, par exemple, dans la majeure
| partie des édite du commencement du livre des Actes — a étroitement associé Pierre CAeane Cette tradition, toutefois, ne saurait étre regardée comme une preuve absolue que, dans le quatrième évangile aussi, le compagnon de Pierre ne puisse être que l’apôtre Jean. Elle n’est pas de nature à contrebalancer la difficulté que soulève l'identification, à savoir qu’un familier du grand-prêtre doit avoir été judéen ou jérusalémite plutôt que galiléen.