BACON, p. 301 5. ’ Lo
déterminé, connu des an et que l’auteur se borne à indiquer discrètement !.
Il est nécessaire de confronter le récit johannique avec les récits . synoptiques -parallèles (MAURICE GocuEL, Passion, p. 57 s.). Dans Jean, 13,28-30, on trouve juxtaposés, mais non
combinés, deux récits de l’annonce de la trahi-
son. Dans 13,18-20, Jésus parle de la réalisation
de la parole du Psaume 41, v. 10 : « Celui qui
mange mon pain a levé le talon contre moi ».
: Dee 5 Ï se Puis, comme si rien encore n’avait annoncé la
trahison d’un disciple, le narrateur continue son
récit sur un ton particulièrement solennel, en
des termes qui paraissent bien marquer l’intro-
duction d’un élément nouveau : « Disant cela, Jésus fut troublé dans son esprit, il rendit témoignage et dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me trahira ». C’est alors qu’il est interrogé par l’anonyme (13,21-30). La substance de cette seconde annonce de la trahi-
son paraît venir des synoptiques. D’après Mare (14,18-21), Jésus ayant annoncé qu’un de ses
1. Le fait qu’il intervient ici pour révéler non une vérité supérieure mais un détail de fait, constitue une objection très grave à la théorie de ceux qui, comme par exemple JEAN RÉVILLE (p. 317), Loisy (p. 395), E.-F. Scott (The beloved Disciple in the fourth Gospel, The Interpreter, 1910, p. 362-370), pensent qu’il s’agit d’un personnage symbolique, « du parfait gnostique du disciple idéal ». ; ; "
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commensaux le trahit Fe Ubnd à, la question que lui posent. ses disciples : : « C’est celui qui met la main avec moi dans le plat ». Comme la pérsonnalité du traître reste ignorée, la parole de Jésus n’est qu’une répétition de sa déclaration initiale. Ce n’est pas une allusion à un geste précis accompli au moment même e par l'un des disciples. | à
L'interprétation réaliste de l’annoñce de la trahison par un familier a fait placer cette parole dans le cadre d’un repas, en présence du traître. Mais il est difficile de penser que Judas ait assisté au dernier repas. On le voit arriver au jardin des Oliviers à la tête de ceux qui viennent arrêter Jésus, alors que'son GÉRere de la chambre haute n’a pas été raconté et qu’on ne ur pas à quel moment il pourrait être placé.
Dans le récit de Matthieu (26,21-25), l’expression : « celui qui met la main avec moi dans le plat » paraît prise dans son sens matériel et faire allusion à un geste accompli par Judas au
moment où Jésus parle. Mais Judas se serait bien gardé de se trahir lui-même, ét si la parole:
de Jésus avait eu la valeur d’une désignation précise, Matthieu n’aurait pas eu besoin d’ajouter à la fin de l'épisode un dialogue entre Judas qui demande : « Sera-ce moi, Raboi ? » et Jésus qui lui répond : « Tu l’as dit » (26,25).
La tradition primitive ne connaissait donc
que l’annonce de la trahison, mais pas la dési-
gnation du traître. :
Le récit johannique, avec ses deux éléments
juxtaposés mais non fondus, èst une ingénieuse
combinaison de la tradition primitive, représentée encore par Marc et Luc avec la tradition plus jeune représentée par Matthieu ; la pre- . mière ne comportant pas, la seconde comportant une désignation personnelle de celui qui devait
trahir Jésus. D’après Jean, il y a bien désigna-
tion du traître, mais seulement dans un & parte,
en sorte que les disciples, à l’exception du Bien- Aimé, et peut-être de Pierre, ignorent de qui il s’agit. Le caractère artificiel de cette combinai-
son empêche dé voir, dans l’épisode où intervient le Bien-Aimé, autre chose qu’un développement secondaire (BAcON, p.311 s.)..
20 Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé
(19,26-27). — Après que Jésus a été crucifié et
que les soldats se sont partagé ses vêtements, Jésus confie sa mère au disciple bien-aimé qui, dès cette heure, la prend dans sa maison.
Cet épisode n’a pas de place dans le cadre du récit synoptique (Bacon, p. 317). Il est formelle-
ment exclu par la fuite des disciples que la ten-.
dance manifeste de la tradition à glorifier les
apôtres n'aurait pas re Res et qui n’a été retente que parce qu’elle était solidement fixée dans la tradition. Il faut ajouter que la présence de familiers de Jésus au pied même de la croix est bien invraisemblable. Enfin, au début du livre des Actes (1,14), Marie ne paraît
pas abandonnée aux soins d’un étranger ; elle
semble vivre à Jérusalem avec ses fils.
Quelle est l’origine de la tradition recueillie
dans le quatrième évangile ? Est-elle née de
l'intérêt que l’on portait à la mère de Jésus et à
l’apôtre Jean dissimulé sous le voile transparent
du disciple bien-aimé ? Ou, bien, résulte-t-elle d’une double confusion entre Marie, mère de Jésus et Marie, mère de Jean-Marc, qui paraît avoir joué un rôle important dans l'Eglise de Jérusalem, et entre l’apôtre Jean et le jérusalémite Jean-Marc ? Ou encore, l’épisode a-t-il une portée symbolique.et, bien que l’explication sans doute soit un peu subtile, signifie-t-il que Jésus confie la synagogue représentée par sa mère à l’Eglise que symbolise son disciple ?
Entre toutes ces explications, et d’autres encore, on peut hésiter, mais le point essentiel est bien net. L'épisode qui nous Rupe ne peut pas être ‘historique.
836 DCALEC: QUATRIÈME ÉVANGILER UN NES
89 Le coup de lance (19,384- 1-35). — Cet épisode occupe une place à part parmi tous ceux où il est question du Bien-Aimé. Le témoignage de ce disciple y est, en effet, directement invoqué. L’évangéliste raconte que, pour hâter la fin du supplice à cause dé la proximité de la fête, les Juifs obtiennent que les jambes des suppliciés soient brisées. Quand les soldats chargés d’exécuter cette mesure arrivent à Jésus, ils constatent qu’il est déjà mort: Pour en avoir la certitude, ils lui percent le côté d’un coup de lance. De la blessure sort du sang et de l’eau. Après avoir rapporté ces faits, l’évangéliste ajoute :
« Celui qui a vu cela en a rendu témoignage éè Ewpaxoc meuaotüonxev), Son témoignage est véridique. Celui-là (éxeivos) sait qu’il dit vrai afin que vous aussi vous croyiez » |.
On ne peut complètement expliquer cet épisode par le désir d’établir contre les docètes la
1. Le verset 35 manque dans le manuscrit e de la vetus itala ét dans le ms. fuld. de la Vulgate. De plus, Cyrille de Jérusalem paraît l’avoir lu après le v. 37. Pour ces raisons, Bzass (p. LITT s. ; Ueber Ev. Joh., 19,35, St. u. Kr., 1902, p. 128 s., cf. BLASS-DEBRUNNER, $ 291, 6) en suspecte l'authenticité ; mais, quand on lit ce qu’il en écrit, on a nettement l’impression 4 qu’il est fortement influencé par les difficultés que ce verset oppose à l'attribution de l’évangile à l’apôtre Jean. Ce qu’il a d’obscur et d’un peu étrange explique suffisamment qu’il ait été supprimé dans les mss. e et fuld.
pleine réalité de la mort de Jésus. Fe témoignage du centenier, tel que le rapporte Marc (15,49), est, en effet, plus décisif puisqu'il n’émane pas d’un ami de Jésus mais d’un païen.
On a voulu donner du détail de l’eau et du | sang jaillis du côté de Jésus une interprétation
physiologique en l’expliquant par une pleurésie
que Jésus aurait contractée pendant la nuit de
son arrestation et à laquelle il aurait été prédisposé par un tempérament tubereuleux'. Mais l’évangéliste parle de sang et d’eau et non d’une humeur plus ou moins sanguinolente, comme le liquide qu’une perforation du côté ferait . couler de la plèvre d’un pleurétique.
. -Il est difficile, en lisant ce texte dont l’évangéliste souligne si solennellement l’importance, de ne pas penser au sang de Jésus qu’il faut boire pour avoir la vie (6,55-56), aux fleuves
d’eau vive qui jailliront des croyants après la
glorification du Christ (7,37 s.) et à l’eau du baptème. Un rapprochement particulièrement
1. L’explication pathologique est admise par des médecins comme LEGuÉ (Médecins et empoisonneurs au xvrre siècle, . Paris, 1895, p.25), BINET-SANGLÉ (La Folie de Jésus, I ?, Paris, 1909, p. 268 s.) et par des exégètes comme B. Weiss (p.600 s.), -ZAuN (p. 654), WABnirz (La passion, la mort et la résurrection de Jésus, Montauban, 1904, p. 359 s.), K. BORNHAÜSER (Zeiten und Stunden in der Leidens-und Auferstehungsgeschichte,
Güterslob, 1921, p. 40).
frappant s’impose avec 1 Jn., 5, 6 où il est dit que Jésus-Christ est venu avec le sang et avec l’eau et où il est souligné comme spécialement : important qu’il n’est pas venu seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. L’ancienne Eglise ne s’y est pas trompée. Dans l’eau et le sang jaillis du côté de Jésus, elle a va le symbole des deux moyens de purification, de l’eau du baptème et du sang de l’eucharistie’. C’est donc une idée dogmatique et non un détail historique que cet épisode exprime (WREDE, p. 64).
Cette conclusion n oblige pas à attribuer à l’évangéliste la fraude pieuse qui consisterait à avoir invoqué un témoignage historique à l’appui d’un trait symbolique imaginé par lui. Celui qui a écrit la phrase sur le témoin peut s’être, de bonne foi, mépris sur le caractère de la tradition à laquelle il empruntait ce détail. Il a invoqué, pour l’appuyer, l’autorité du témoin parce | que c'était un élément d’une tradition que l’on croyait venir de lui.
L'épisode du coup de lance n’a donc pas un caractère historique. C’est une tradition dont l’histoire, avant son entrée dans l’évangile sous
1. On trouvera les textes dans lesquels apparaît cette interprétation dans les divers commentaires, par exemple BAUER, p. 176.
la Free où nous la nes a pu être longue et complexe. ù &
L'iosaxe dont le témoignage est invoqué ne peut être qu'un témoin oculaire. L’idée d’un témoin mystique, d’une contemplation toute idéale, serait, ici, hors de propos. Il ne peut s’agir que d’un personnage qui a assisté au supplice de
: Jésus et, comme rien dans les termes employés
ne permet de supposer que le témoin ait été indifférent ou hostile, ce doit être un ami de
Jésus. L'épisode de la mère de Jésus et du disci-
ple relaté quelques versets plus haut suppose la présence du Bien-Aimé au pied de la croix ; il ne paraît pas douteux que ce soit lui qui soit dési-
gné par le terme d’iwoaxws. Aïnsi est établie une
étroite solidarité entre les trois épisodes de l’histoire de la passion où figure le Bien-Aimé. À Ceci posé, qui est l’ëxeivos ? On a pensé que ce
pourrait être ou Dieu ou le Christ invoqués ici
comme juges des consciences et garants des
témoignages!'. Mais si l’auteur avait eu cette idée,
pourquoi ne l’aurait-il pas exprimée en termes
plus clairs ? Le terme d’éxeivos trahit une préoccupation de modestie, I1 s’agit d’un person-
1. Decmenr, Zur Auslegung der Stelle Joh., 19,85, St, u. Kr.,
ù 1899, p. 448 s., cf. Wer hat das vierte Evangelium verfasst ? St.u. Kr., 1911, p. 4465s.; ABBOTT, art. Gospels, E. B., II, col. 1809;
PRET p.6588.; HAUSSLEITER, Zrwei apost. Ginbeirp . 26.28.