L'ÉVANGILE ET LE: DISGIPLE BIEN- -AIMÉ
évangélique et si, par conséquent, il n’est pas possible que d’autres que les Douze et notamment des disciples jérusalémites de Jésus aient
- assisté au dernier repas.
C’est une conclusion que paraît imposer la tradition johannique, car la physionomie du Bien-Aimé comprend quelques traits qui ne conviennent pas pour un galiléen. C’est, par exemple, un familier du grand-prêtre', et il possède une maison à Jérusalem. |
La désignation « que Jésus aimait » suppose aux relations de Jésus avec ce disciple quelque chose de particulier. On ne peut donc pas reconnaître le disciple dans l’un des deux personnages qui apparaissent dans l’histoire évangélique et dont il est dit seulement que Jésus les aima, sans que rien n’indique que cet amour leur ait assigné une place à part. L’un est Lazare (Jn., 11,3.5) et l’autre l’homme riche (Mc., 10,21). Swete? observe justement qu’il
1. STANTON (111, p. 143) résout cette difficulté en supposant que l’anonyme qui introduit Pierre chez le grand-prêtre est différent de celui qui l’accompagne au sépulcre. Le parallé-, lisme que l’évangéliste a établi entre ees deux récits rend bien difficile de penser qu’il ait différencié les deux personnages.
. The disciple whom Jesus loved, Journ of theol. St, XPIT, #4: y 1916, p. 373 s. Nous ne connaissons que les titres des études de ZicKENDRART (1st Lazarus der Lieblungsjünger im
Ra biens étonnant que le Me évangéliste ait pu mentionner Lazare sans faire aucune allusion au miracle dont il avait été l’objet. Il croit que le Bien-Aimé pourrait être l’homme riche qui, après avoir repoussé l’appel de Jésus, y aurait finalement répondu ; mais il serait bien étrange que la tradition évangélique ait parlé du refus d’abord opposé à Jésus sans ajouter que l’homme l’avait ensuite suivi, surtout s’il avait occupé une place éminente parmi les discipiess-
Le théologien hollandais Voelter! a pensé à
Jean-Marc et supposé qu’on l’aurait, de bonne heure, confondu, lui, dont la mère se nommait Marie, avec l’apôtre Jean à qui l’on croyait que la vierge Marie avait été confiée. Jean-Marc était le cousin de Barnabas (Col., 4,10) qui, d’après Actes 4,86, était lévite. Il pourrait done, lui aussi, avoir été lévite, ce qui expliquerait l’origine de la tradition consignée dans le prologue monarchien du second évangile (sacerdotium in Israhel
vierten Evangelium ? hi T'heol. Zeilschr., 1915, p. 49-54, et de H. Rice (Was Lazarus « the beloved disciple » ? Expository . Times, 1922, XX XIII, p. 232-234).
__ 1. Vorzter, De mater dolorosa en de discipel dien Jezus ief had, Theol. Tijdschr., 1906, p. 29-43. Mater dolorosa und der Lieblingsjünger des Johannesevangeliums, Strassburg, 1907 ; Jesus am Oclberg, Nieuw Theol. Tijdschr., 1915, p. 195.
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agens secundum. carnem levita)‘. À ce titre, il. aurait pu être un familier de la maison du grandprêtre et avoir été en état d’y faire entrer Pierre. | Il serait aussi concevable qu'il ait possédé uñe maison à Jérusalem et, s’il était à un degré quelconque derrière le quatrième évangile, on pourrait expliquer par à l’importance particulière que paraissent y avoir les récits jérusalémites.
Cette combinaison soulève une très grave diffi-
culté, Si Jean- -Marc avait été mêlé à une partie aussi importante de l’histoire évangélique que la période jérusalémite, telle qu ’elle est racontée dans le quatrième évangile, on ne comprendrait pas que la plus ancienne tradition ait attaché He nom de Mare à un autre évangile que le quatrième et qu ’elle Pait présenté comme n ‘ayant pas assisté aux événements qu il racontait. | D'autre part, il n° ya pas de place dans la tradition synoptique pour le rôle que la théorie de Voelter prête à Marc. On en trouverait, tout au plus, une faible trace dans le détail relatif au jeune homme qui s ’enfuit nu ; mais ce détail est trop minime et d’une En trop conjecturale pour pouvoir servir de base à une
1. Si Jean-Marc se trouvait ainsi érite le ds évangile, on Pourrait lui rapporter la tradition conservée par Polycrate d’Ephèse, du moins son fond premier, car on ne peut pas, en tout cas, faire de Jean-Marc un grand-prêtre.
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identification précise. On. en a nettement l’impression quand on envisage une théorie comme, par exemple, celle de Erbes' qui ne reconnaît dans le Bien-Aimé ni l’apôtre. Jean, ni Jean- Marc, mais un troisième Jean. Celui-ci aurait habité au Mont des Oliviers, à proximité de l’endroit où Jésus fut arrêté. La légèreté du costume qu’il porte dans l’épisode dont il est le
héros en serait la preuve : c’est celui. d’un.
homme réveillé subitement et qui sort sans prendre la peine de se vêtir complètement.
L'expression « qui avait reposé sur le sein de Jésus » aurait été interprétée à tort comme se rapportant à la place occupée par ce disciple au cours du dernier repas. Elle aurait visé originairement tout autre chose. Si le disciple fut un instant arrêté alors que les autres, même Pierre qui avait esquissé un geste de protestation, n'étaient pas inquiétés, c’est qu'il s'était jeté sur Jésus au moment où on voulait l'emmener. La combinaison est ingénieuse, mais linterprétation donnée de l’expression, « qui avait reposé sur le sein de Jésus » demande une telle dose d’imagination que l’adopter c’est
1. ERBES, Der Apostel Johannes und der Jünger welcher an der Brust des Herrn lag, Z. f. Kirchengesch., 1912, p. 159-289, cf. Der Jünger welchen Jesus lieb hate, ibid., 1916 (Nous ne connaissons que le titre de cette dernière étude).
348 Pe LE QUAMRUIÈME | ÉVANGILE
‘quitter le terrain de l'histoire pour seb du roman.
Aucune des Hénticions proposées pour la personne du, Bien-Aimé ne peut donc être
retenue. On ne peut, nous l’avons vu, considé- ‘rer cependant comme impossible que le narra-
teur des épisodes où il figure ait reconnu en lui l’apôtre Jean; toutefois cette identification ne peut lui être attribuée avec certitude.