L'ÉVANGILE ET LE DISCIPLE BIEN- AIMÉ
sans doute, fut martyrisé en même temps que
son frère, mais dont la mort fut rapidement
oubliée quand se forma la légende éphésienne. La légende sur le disciple qui ne mourra pas
ne doit pas être née dans le milieu où s’est
formé le quatrième évangile ; elle comprend comme élément essentiel l’idée du retour imminent du Christ, idée étrangère à la pensée johannique qui tend à la rémplacer par celle de son retour spirituel par l’action du Paraclet.
La légende de l’immortalité de Jean pourrait, dans une certaine mesure, devoir son origine à une parole de Jésus, comme celle qui est con: servée par Marc (9,1); mais il faudrait encore expliquer pourquoi la parole de Jésus, qui ne visait personne en particulier, a été appliquée à Jean. On pourrait imaginer que ce fut parce qu’il aurait été le dernier survivant du cercle apostolique. Mais si un apôtre était ainsi directement derrière le quatrième évangile, on ne comprendrait pas comment des épisodes dont l’historicité est, pour le moins, fort suspecte, ont pu être rapportés à son témoignage. s
La difficulté ne serait guère moindre si la légende était née après une disparition mystérieuse qui pcuvait faire penser que le disciple
s'était retiré dans quelque retraite inaccessible. .
Quelle que soit Pinterprétation de la légende
raie
Lee
PE
du Bien-Aimé que l’on adopte, il n’est pas possible d'admettre que l’apôtre Jean, identifié à ce disciple, ait rédigé les épisodes de l’histoire de la passion où il eue et es le chapi- {re 21.
Tout est, au contraire, plus facile à comprendre si, au moment de la rédaction ou, au moins,
de l'édition de l’évangile, le Bien-Aimé, après .
avoir été une personnalité historique, n'était
idéale. Une légende aurait pu, dans ces conditions, se former à son sujet et on aurait pu intro-
duire sur l’autorité de ce personnage des tradi-.
tions dénuées de valeur historique.