Abstraction faite d’une petite différence de forme dans
la déclaration de Pierre qui ne correspond à aucune différence ’ de fond.
La question de Jésus n’est pas posée à brûle- -pourpoint, mais motivée par la défection de certains disciples ; ensuite, cette question est posée directement sans que Jésus se soit d’abord informé de ce que les gens pensent de lui.
La relation établie par Jean entre la défection des uns et la déclaration d’attachement des autres est si naturelle qu’on peut se demander si l’abandon de Jésus par une partie de ses auditeurs n’aurait pas été introduit par Jean, comme conclusion au conflit que révèle le discours sur le pain de vie et comme introduction à la parole de Pierre. Cette interprétation, toutefois, soulève ‘une difficulté. La défection de certains disciples suppose que Jésus aurait d’abord été suivi et aurait connu une phase de succès. Cette idée peut avoir été conservée par la tradition, elle semble bien répondre à ce qui s’est passé à un certain moment du ministère de Jésus ; il est plus malaisé d’imaginer qu’elle ait pu être introduite par l’évangéliste qui pose en principe que les hommes ne reçoivent pas le témoignage de Jésus (3,11.32). IL faut donc chercher dans la tradition l’origine de ce détail. Mais le silence des synoptiques n’est-il pas une grave objection à cette hypothèse ? Comment ‘concevoir que, disposant le cycle des multiplications de manière à en faire l’échec de la
LES SOURGES DE L PÉVANGILE |
suprême tentative de Jésus, si aient renoncé.
à matérialiser, en quelque sorte, cet échec par le départ de disciples ? Ceci pourrait être expliqué par le désir de Marc d'attribuer seulement des causes dogmatiques à l'orientation nouvelle prise par le ministère de Jésus après la confession de Pierre. Marc pourrait avoir laissé tomber la défection des disciples pour montrer que c’est la révélation accordée à Pierre qui permet à Jésus de faire connaître à ses disciples le plan divin qu’il va réaliser pour le salut du monde. C’est une convenance supérieure qui le pousse à monter à Jérusalem ; il n’y vient pas parce que la défection de quelques Galiléens lui suggère de transporter son activité
sur un terrain peut-être plus favorable. Jean n’a pas la même préoccupation puisqu'il ne !
cherche pas à présenter un 1 développement du drame évangélique.
Si la question de Jésus et la réponse de Pierre ont été provoquées par un incident précis, tout l’épisode prend un caractère concret et vivant qui explique l’impression qu’il a produite et qui s’exprime dans la place que le récit synoptique lui a faite. Considéré isolément, l’entretien de . Jésus et de Pierre garde, au contraire, quelque chose de flottant ; il est très difficile de l’intégrer dans l’histoire évangélique et de compren-
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dre ce qu’il apporte de nouveau, alors qu’en
répondant à l'appel de Jésus, les disciples avaient déjà prouvé leur attachement pour lui et que toute son activité galiléenne leur avait révélé sa messianité. La très grande difficulté, sinon l’impossibilité où l’on est de donner une interprétation satisfaisante du récit synoptique
pris en lui-même, prouve que ce récit a été
altéré, sans doute par l’amputation de la défection de eue disciples. ° :
Il reste à examiner la question de forme.
L'évolution assez sensible de la tradition dans les synoptiques constitue, au moins, une présomption qui leur est défavorable, Il faut ajouter que le thème qui leur est particulier (Jésus est Jean-Baptiste, ou Elie, ou un prophète) se retrouve, en dehors de la confession de Pierre, dans l’épisode de la perplexité d’Hérode (Me., 6,14-16) et dans le message des Juifs à Jean- Baptiste (Jn., 1,21 s.) et que, nous l’avons vu (p. 387), il paraît avoir primitivement appar- Len à la tradition relative à à Jean-Baptiste.