‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 145 sur 192 · SOURC ES DE LÉ · texte numérisé non relu

SOURC ES DE LÉ

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13° La bete de pains, 5e discours de

Capernaum et la déclaration de Pierre (6,1-71).— Le chapitre 6 se compose de quatre parties :

19 multiplication des pains accomplie par Jésus

sur la rive orientale du lac (6,1-13) ; 20 impres-

sion produite par ce miracle sur ceux qui y assis-

tent, Jésus se dérobe à leur enthousiasme puis est rejoint par eux à Capernaum (6,14-24) ; 30 discussion entre Jésus et Juifs (6,25-65) ; 40 crise qui en: résulte parmi ses auditeurs (6,66-71). re Le début abrupt de l'épisode, SARA de toute liaison satisfaisante avec la fin du chapitre

5 indiquent que le récit est détaché de son con-

texte primitif et, par conséquent, emprunté à une tradition antérieure. Cette impression est con-

firmée par le verset 2 où, alors qu’une seule gué-

rison galiléenne a été rapportée (celle du fils de

l'officier royal), il est dit qu’une foule nombreuse :

suit Jésus à cause des guérisons qu’elle lui a vu opérer. On peut se demander s’il n’y a pas quelque contradiction entre les versets 2-3 où Jésus, suivi de la foule, monte sur une montagne pour s’y établir avec ses disciples’, et le verset 5 où, levant les yeux, il voit venir une foule qui ne

DE Situation qui serait assez analogue à celle de Mc., 3, 13 et Mi.,5,1. . … 26

à É j RME ET “ L'ÉVANGILE 401 .

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> pe Lx, NME DAC RS Te PE ESP ATER 402 LE QUATRIÈME ÉVANGILE

peut être celle du verset 2 (SPITTA, p. 136 S:):

Il est possible qu’au récit de la multiplication

des pains se soient combinés certains éléments ayant une autre origine. Cette hypothèse est d’autant plus facile à admettre que l’intervention du rédacteur dans ce passage résulte de la manière très peu naturelle dont est mentionnée la proximité de la fête de Pâques.

Dégagé des éléments secondaires qui ont pu y être ajoutés, leærécit de la multiplication des pains paraît directement apparenté à la tradition synoptique. Cette opinion est confirmée par l’examen des événements qui suivent la multiplication.

Le récit synoptique (Mc., 6,45 s.) rapporte qu'après la première multiplication, Jésus fait embarquer ses disciples et les envoie sur la rive occidentale du lac, puis qu’il congédie la foule et se retire sur la montagne pour prier. Le soir (du lendemain), il rejoint ses disciples en marchant sur les eaux. Les faits se suivent à peu près de même dans le récit de Jean. Le miracle provoque un enthousiasme tel qu’on veut enlever - Jésus pour le faire roi. Il se dérobe, ‘alors, en se retirant sur la montagne. Le soir venu, les dis-

1. Cette indication paraît donnée pour des raisons dogmatiques afin de présenter l’eucharistie, symbolisée par.la multiplication des pains, comme une pâque chrétienne.

ciples qui, sans doute, l'ont accompagné, revien-

nent au bord de la mer et s ’embarquent pour Capernaum. Pendant la nuit, ils sont rejoints par Jésus qui marche sur la mer. Au moment où ils s'apprêtent à le recueillir dans la barque, ils abordent là où ils voulaient aller.

Il y a, dans ce récit, quelques obscurités qu’il

faut souligner. On ne voit pas ce que deviennent les diseiples pendant la retraite de Jésus sur la

montagne. Ils ne peuvent avoir accompagné leur maître puisqu'il est dit qu’il se retire seul. Pourtant, le lendemain, ils descendent de la montagne pour s’embarquer. On ne comprend pas non plus comment la foule’ qui cherche Jésus peut ne pas avoir remarqué le départ des apôtres. L’évangéliste ayant nettement l’idée que les miracles produisent la foi, mais que Jésus ne se fie pas à cette foi là parce qu'il lit dans le secret des cœurs (2,28-25), on pourrait être tenté de lui attribuer le détail du récit qui montre la foule transportée d’admiration, au

point de vouloir faire Jésus roi et qui nous le”

présente se dérobant à cet enthousiasme. Ce motif pourrait avoir été développé pour expliquer la retraite de Jésus sur la montagne, -parce que la christologie johannique ne permettait pas de se représenter que Jésus se fût retiré pour prier seul à l’écart (cf. 11,41-42). Mais la

it | LES SOURCES DE L'ÉVANGILE RP AO RS

retraite de Jésus ne joue pas, dans le récit synoptique, un rôle qui apparaisse nettement. Il eût ‘donc été plus simple, pour le quatrième évangéliste, de la supprimer plutôt que de la motiver autrement. Ne faudrait-il pas tenir l’enthou-

siasme populaire et la retraite de Jésus pour des.

éléments primitifs que. les synoptiques auraient

effacés parce que, pour eux, la note dominante

était celle de l’échec de Jésus ? à Si, sur ce point, Jean a reproduit la tradition primitive plus fidèlement que les synoptiques, sur d’autres il a commis certaines confusions en ce qui concerne notamment le rôle de la foule et celui des apôtres qu’il est impossible de concevoir clairement d’après son récit. Si l’on introduit dans la relation synoptique l’enthousiasme populaire et la retraite de Jésus, les faits s’organisent d’une manière claire et naturelle. La multiplication des pains ‘provoque l’enthousiasme populaire ; Jésus voulant préserver ses disciples de la contagion d’un mouvement qui échappe à sa direction et à son contrôle, com-

mence par les faire embarquer, puis il calme

et congédie la foule et se retire sur la montagne pour prier. Ensuite, il rejoint ses disciples. Le détail sur la prière est frappant chez Marc qui est sobre d'indications de ce genre. Il montre que le moment des multiplications à été un

point culminant, une heure de crise dans le

ministère de Jésus. Sans bien sé rendre compte de ce fait, tous les évangiles en ont conservé le souvenir : les synoptiques, en faisant commencer après les multiplications une période nouvelle qui oriente le ministère de Jésus dans une direction qu’il n’avait pas eue jusque-là, Jean, en montrant, après le discours de.Capernaum, certains disciples quitter Jésus, Pierre, au contraire, proclamer, au nom des Douze, un indéfectible attachement pour le maître.

Pour cette seconde partie du chapitre, notre conclusion est donc un peu différente de celle - à laquelle nous avons été conduit pour la pre- mière. Pour expliquer le texte de Jean, le récit des synoptiques ne suffit pas: il faut statuer Vutilisation d’une forme plus primitive de la

tradition ; celle-ci, d’ailleurs, n’a été reproduite’

qu'avec des altérations dont on ne peut déterminer avec certitude si elles sont accidentelles ou si elles répondent à quelque intention. Ceci est surtout sensible pour le retour de la foule à Capernaum, détail qui ne se trouve que dans le quatrième évangile puisque, dans les synoptiques, la foule revient avant Jésus sur la rive occidentale. Le récit de Jean est si embarrassé, si peu clair et si évidemment surchargé que l’hypothèse la plus simple consiste à penser que la

source dont disposait le narrateur a été accidentellement mutilée et qu’il a dû, tant bien que mal, suppléer à ses lacunes.

Dans les deux cycles qui Fa suite à chacun des récits de multiplication, Mare et ceux qui l’ont suivi introduisent un conflit avec les pharisiens qui se produit après que Jésus est revenu sur la rive occidentale du lac(Me.,7,1-23; 8,11-12). Jean, de même, place après la multiplication la discussion entre Jésus et les Juifs -dans la synagogue de Capernaum. Cette disposition doit lui avoir été dictée par la source. Mais le développement du discours de Jésus lui appartient en propre. C’est l’exposé d’une doctrine eucharistique dont le sens échappe aux auditeurs et qui suppose des développements Le théologiques qui ne se sont produits que plus tard. Il y a, dans ce discours, au verset 30, is une demande de signe du ciel certainement Ha 4 apparentée à celle de Me., 8,11-12. Elle est à sa En place chez Mare où elle est adressée à Jésus "a par des pharisiens qui n’avaient pas assisté

à la multiplication ; elle n’y est pas dans le quatrième évangile où les auditeurs de Jésus reviennent de la rive orientale. C’est un débris d’une tradition dont Jean s’est affranchi pour * le reste. Il faut encore signaler, au verset 42, une remarque sur le père et la mère de Jésus trop

semblable à la ere des HR NES de Tee É dans la synagogue de Nazareth (Mc., 6,3) pour

qu’on puisse écarter l’idée d’une réminiscence.

Jean rapporte qu’à la suite du discours de Capernaum, certains des disciples de Jésus s’éloignent et cessent de le suivre ; maïs, comme

Jésus demande aux Douze si, eux aussi, veulent

Vabandonner, Pierre répond en leur nom :

« Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles”

de la vie éternelle et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Saint de Dieu. » En accueillant cette déclaration, Jésus fait allusion

à la présence d’un traître au milieu 1 ses disci- ples (6,66-71).

Il y a, entre cette Un de Pierre et sa profession de foi messianique, près de Césarée de Philippe (Mc., 8,27-30 et par.), une analogie

indéniable, peut-être encore confirmée par le

fait que l’allusion de Jésus à la trahison de Judas rappelle la première prophétie des souffrances du Messie donnée par Marc dans le même ecntexte (Mc., 8,31-33). Des deux côtés, la déclaration de l’apôtre est provoquée par une question de Jésus ; le récit de Jean ne se distingue de celui de Marc que sur deux points”.

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