II. — LA DATE DE COMPOSITION
Les dates proposées pour la composition du quatrième évangile s’échelonnent sur plus d’un siècle depuis la période qui a précédé la ruine de Jérusalem et la composition des évangiles synoptiques (H. GEBHARDT, DELFF, DRAESEKE, KupPpers, Wizms, WUTTIG) jusqu'aux années 160-170 (BRUNO BAUER, BAUR, SCHOLTEN) *?.
1. O0. Wurrice, Das johanneische Evangelium und seine Abfassungszeit, Leipzig, 1897 ; H. GEBnARDT, Die Abfassungsseit des Johannesevangeliums, Leipzig, 1906.
2. Les dates intermédiaires proposées sont : vers 70 (MicHaeuIS, RescH) ; entre 70 et 85 (ArrorD, BLEEK, RE:I- THMAYR, WITTICHEN) ; entre 70 et 100 (HAUSSLEITER, LEPIN) ; entre 75 et 80 (BURNEY) ; entre 80 et 90 (BisPING, CALMES, EwazDp, GopeT, WESTCoTT, ZAHN) ; entre 80 et 110 (LrETZ- MANN, HARNACK) ; entre 85 et 95 (CAMERLYNCE) ; entre 90 et 100 (BATIFFOL, MANGENOT, VIGOUROUX, B. Weiss) ; vers 100 (Aserze, Cornezvy, LicaTroor, REYNOLDS, RITsCur,
L'utilisation que Jean a faite des synoptiques, et particulièrement de Lue, empêche de fixer la rédaction de son œuvre sensiblement avant l’année 90. La dépendance vraisemblable d’Ignace, par rapport au. quatrième évangile, conduirait à adopter une date antérieure à 118. Si l’on admettait qu'Ignace dépende seulement de la théologie johannique et non pas de l’évangile tel que nous le lisons, Papias serait le premier témoin de l’existence du quatrième évangile ; il en est, en tout cas, le premier témoin positif. Comme il atteste que l’évangile de Jean était d’un usage courant et dominant en Asie, vers 140, il faut penser qu’il avait été rédigé sensiblement pius tôt. Il ne semble pas, dans ces conditions, que l’on puisse faire descendre le terminus ad quem beaucoup plus bas que l’an
Cette conclusion (composition de l’évangile entre 90 et 125) n’est-elle pas contredite, dans un sens ou dans l’autre, par certaines indications
WerzsSAECKER) ; entre 100 et 140 (HEITMÜLLER) ; entre 100 et 135 (H.-J. et O. HOLTZMANN, JÜLICHER, Loisy, J. RÉVILLE) G entre 100 et 125 (W. BAUER) ; entre 110 et 115 (CLEMEN, Nrco- LAS, RENAN, SCHENKEL) ; avant 120 (JACQUIER) ; entre 130 et 140 (HILGENFELD, KEIM, LÜTZELBERGER, PFLEIDERER, À. RÉvILLE, P.-W. SCHMIEDEL, THoMA) ; entre 140 et 155 (KREYENBÜHL, VAN MANEN, SCHWEGLER, ZELLER) ; vers 150 (ScHwART2) ; vers 155 (VOLKMAR).
positives dont on a voulu se servir pour dater l’évangile ?
Les partisans d’une date ancienne font valoir l’absence de toute allusion à la ruine de Jérusalem. Le fait peut. êtré exact, bien que la crainte mentionnée dans 11,48 puisse difficilement avoir été exprimée, avec autant de précision, avant la catastrophe de :70. L’absence d’allusion à la destruction de la Ville Sainte. prouve seulement que l’évangile n’a pas été écrit sous l’impression directe des événements de 70'. Bengel pensait qu’il avait dû être composé avant 70 à cause du passage 5,2 où, à propos de la piscine de Béthesda, on lit :
(Il y à (és au présent) à Jérusalem... »; mais l’évangéliste emploie, ici, le présent de la même manière que l’auteur de l’épître aux Hébreux quand il décrit le sanctuaire avec l’arche de l'alliance et les tables de la Loi qui avaient depuis longtemps disparu au moment où il éerivait. Et même si cette interprétation ne pouvait
1. KREYENBÜEL (11, p. 489 s.), qui entend comme nous que ce passage a dû être écrit après 70, y voit même une allusion à l’édit d’Hadrien (cité par EUSÈSE, h. e., IV, 6, 3, d’après ARISTON DE PELLA) qui, à la suite de la révolte de Barkochba, fit défense aux Juifs d'approcher de l’endroit où s'était élevé Jérusalem. Nous ne croyons pas cette interprétation fondée. Sur une autre allusion à Barkochba que l’on a cru reconnaître, voir p. 533.
être admise, il resterait que le présent de 5,2 ne pourrait avoir de conséquence que pour la rédaction de l’épisode de Béthesda et non pour la composition de l’évangile tout entier ‘.
Si les textes invoqués en faveur de la composition avant 70 ne sont pas probants, il est aussi impossible d’admettre l’argument que l’on a voulu tirer de 5,43°en faveur d’une composition postérieure à 1832, c’est-à-dire à la révolte de Barkochba : « Je suis venu au nom de mon Père, dit Jésus, et vous ne m’accueillez pas ; si un autre vient en son propre nom, vous l’accueillerez ». Quelques exégètes”? voient, ici, une allusion à Barkochba et au mouvement meS$sianique déclenché par lui. Si cette interprétation s’imposait, on pourrait envisager une explication comme celle de Wellhausen (p. 126) qui voit, dans notre passage, une interpolation postérieure. Mais l’allusion à un prétendant messianique déterminé n’est nullement certaine. Il pourrait être questidôn de l’Antichrist*, bien
1. BURNEY (p. 129) estime que.le présent du texte peut traduire le passé d’une source araméenne.
2. HILGENFELD, Einl., p. 788 s.: PFLEIDERER, Urchristentum, IL, p. 440 ; P.-W. SCHMIEDEL, art. John, Son of Zededeus, Æ. B., II, col. 2551. ZAHN (p. 310) voit aussi, dans notre passage, une prophétie relative à Barkochba, mais il y reconnaît une prophétie réalisée un siècle après avoir été prononcée.