‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 78 sur 192 · II. — LE PLAN DE L'ÉVANGILE · texte numérisé non relu

II. — LE PLAN DE L'ÉVANGILE

On ne peut découvrir de principe nettement apparent qui aurait présidé à l’ordonnance du récit johanrique et qui expliqueraitsadisposition.

Au xvirie siècle, Bengel, et, au début du xixe, Lücke et, après lui, Olshausen ont reconnu, dons le quatrième évangile, un plan thronologique et géographique. L’évangéliste se serait boraé à raconter les faits dans l’ordre où ils s’étaient déroulés. La série des voyages correspondrait ainsi aux diverses étapes du ministère de Jésus. Un des plus sensibles défauts de cette interprétation est qu’elle fait apparaître le récit johannique comme un cadre, mais comme un cadre qui reste vide, les événements qui se déroulent entre les fêtes qui en forment l’ossature se réduisant presque au néant.

Le quatrième évangile n’est pas seulement une collection d’épisodes mais sert encore d’illustration à une idée supérieure. Maïs quelle est cette idée ?

1. Hônic, Die Construction des vierten Evangeliums, Z. f. wiss. Th., 1871, p. 535-565 ; HOLTZMANN, Ueber Disposition des vierten Evangeliums, Z. f. wiss. Th., 1881, p. 257-290 ; FRANKE, Die Anlage des Johannesevangeliums, St. u. Kr., 1884, p.-80-154. ;

t enfin s’épanouissant dans la ane pue de l’évangile d’abord d’une manière toute inté- rieure et morale, dans les souffrances, les deriers enseignements et la mort, puis, d’une manière extérieure et sensible, dans Je résurrection. | a Godet propose de voir plutôt, dans l’évangile, le développement parallèle de :la foi chez les | disciples et de l’incrédulité chez les Juifs. La foi atteint son plein épanouissement dans les chacss pîtres 18 à 17, où les disciples groupés autour de Jésus reçoivent ses suprêmes enseignements.

. Puis c’est l’incrédulité qui triomphe dans les scènes de la passion (18-19) et finalement la foi dans les récits de la résurrection (20-21).

B. Weiss découvre, dans le quatrième évangile, un plan qui présente avec celui qu’adopte Godet, d’assez grandes analogies. Pour lui, l’évangéliste veut présenter dans son œuvre la gloire du Logos divin contemplée dans la vie terrestre de Jésus, manifestée toujours plus clairement dans sa lutte contre le judaïsme incrédule et hostile et) conduisant les âmes qui le reçoivent à une foi toujours plus pleine et à une contemplation Se - toujours plus bienheureuse. :

Fr

Les critiques de l’école libérale adoptent des plans très proches de ceux que nous venons de résumer. H.-J. Holtzmann divise l’évangile en trois parties : 19 La manifestation de Jésus (1 à : 6); 20 L’hostilité contre lui et la défaite apparente (7-12) : 39 La victoire intérieure malgré la défaite apparente (13-21).

Loisy ne distingue dans l’évangile que deux parties. La première (1-12) a pour objet la manifestation du Christ, Logos incarné, devant le peuple juif en Galilée et en Judée. La seconde (13-21) est le couronnement de cette manifestation par les discours après la Cène, par la passion et par la résurrection de Jésus.

D’après Jean Réville le plan de l’évangile est plus complexe : ses diverses parties mettent en lumière les divers aspects de la notion du Logos. La thèse fondamentale est posée dans le prologue (1,118), puis sont successivement développées les idées suivantes : le Logos incarné en Jésus (1,19-84), le Christ principe de lordre nouveau du salut (1,85-4,42), le Christ principe de la vie (4,43-6,71), le Christ lumière du monde (7-12). L’évangile se termine par deux développements consacrés aux derniers enseignements de Jésus à ses disciples (13-17), à la passion et à la résurrection (18-20).

Sans entrer dans une critique détaillée de

chacun des plans dont nous venons de parler, on peut formuler quelques remarques générales. Il ne semble d’abord pas légitime de considérer l’évangile comme le développement d’une idée unique. Il contient un petit nombre d’idées fondamentales sur lesquelles l’auteur revient constamment mais qui ne se prêtent pas à un développement systématique et homogène : le Christ Logos envoyé du Père, le Christ lumière du monde, le Christ principe de la vie et sauveur, l’incrédulité des Juifs, la foi des disciples, la rédemption. Aucune de ces idées n’est théoriquement développée pour elle-même et on ne peut pas non plus considérer qu’elles soient présentées dans un ordre systématique. Ainsi l’idée du Christ principe de la vie apparaît aussi bien au chapitre 6 dans le discours sur le pain de vie, qu’au chapitre 11 dans le récit de la résurrection de Lazare. Jésus est présenté comme la boisson des âmes au chapitre 4, dans l’entretien avec la Samaritaine et au ch. 7,37 s. à la fête des Tabernacles. Ces exemples prouvent qu’il n’y à pas, dans l’évangile, de présentation organique des notions fondamentales : suivant que le suggèrent les divers épisodes rapportés, l’évangéliste développe, d’un bout à l’autre de son œuvre, lés principaux thèmes de ses méditations.

Le plan de l’évangile n’est pas.non plus

1 rs a pas de progression de la Ne

raît dès le début (2,19 ; 3,14). Les discours des

foi des disciples. N’est-ce pas d’ailleurs d’une foi complète que témoignent, dès l’ouverture du

he

(WREDE, p. 81) : Jes derniers discours de Jésus ne contiennent pas de déclarations plus précises que l’entretien avee Nicodème ou les paroles adressées à la Samaritaine. Dans les déclarations de Jean-Baptiste est déjà contenue toute la substance de l’évangile. L’idée de la néces-. Re sité et de la fécondité de la mort de Jésus appa- à ve

adieux n’apportent pas de révélation nouvelle mais seulement la promesse d’une révélation.

plus complète et la constatation que les disci— ples ne sont pas encore en état de la recevoir

Cette idée de l’incapacité actuelle des disciples de comprendre la révélation nouvelle qui leur est destinée, indique déjà qu’il ne saurait être question de trouver, dans le quatrième évangile, un tableau du développement de la

récit, les hommes qui, sur le témoignage de Jean, abandonnent le Précurseur qu’ils ont suivi jusque-là, pour s’attacher à Jésus et peut-on concevoir une confiance plus entière que celle | que manifeste Pierre après le discours de Capernaum (6,68-69) ? 1

Enfin on n’aperçoit pas non plus de progression dans l’hostilité des Juifs. Sans doute, au chapitre 2, il est raconté que des Juifs croient en Jésus, mais il est dit aussi qu’il ne se fie pas à eux (2,23-25) et, dès le chapitre 8, Nicodème, représentant d’un judaïsme qui est loin d’être foncièrement hostile, se montre radicalement incapable de comprendre ce que Jésus lui enseigne. Les Juifs qui ont assisté à la multiplication des pains ne saisissent pas le sens du discours sur le pain de vie.

Le quatrième évangéliste entend si peu présenter un développement de l’hostilité contre Jésus, qu’il ne met pas le drame de la passion en relation avec les progrès d’une opposition qui se serait peu à peu accentuée. Déjà, après la guérison du malade de Béthesda (5,18), les Juifs veulent faire mourir Jésus. Ils recommencent à la fête des Tabernacles (7,19); quatre fois on s’efforce, sans y parvenir, de l’arrêter (7,30. 44 : 8,20 ; 10,39) ; deux fois, il échappe à ses ennemis qui veulent le lapider (8,59 ; 10,81). Dès lé début, le conflit est si aigu, qu’il ne peut plus s’aggraver. Si on se place à un point de vue purement humain, on ne comprend ni que les Juifs n’aient pas pu se saisir plus tôt de Jésus, ni qu'ils y soient enfin parvenus, puisque l’évangéliste a soin d’indiquer, par la manière dont il raconte

l’arrestation (18,6), que, s’il l’avait voulu, Jésus aurait pu, une fois de plus, échapper à ses ennemis. La clef du drame est fournie par la notion de |’ « heure » de Jésus. Tant qu’elle n’est pas venue, c’est en vain que ses ennemis tentent de s’emparer de lui (7,80; 8,20); dès qu’elle a sonné, il tombe entre leurs mains.

On ne peut pas non plus admettre un plan chronologique puisque, si l’auteur avait voulu présenter un développement organique du ministère de Jésus, il n’aurait pas manqué de remplir, fût-ce par des notices générales, l’intervalle qui sépare les épisodes qu’il raconte.

Il ne reste qu’une hypothèse à envisager, c’est de considérer l’évangile comme une collection d’épisodes destinés à mettre en lumière divers aspects de la vérité chrétienne. Ce ne serait qu’au commencement, dans les quelques récits relatifs à Jean-Baptiste, et à la fin, dans l’histoire de la passion, qu’il y aurait un véri- ‘table enchaînement des événements.

L’indépendance des épisodes du quatrième évangile, les uns par rapport aux autres, et par conséquent la nécessité de les interpréter chacun: isolément, résultent du fait qu’il arrive couramment qu’une idée exprimée dans un premier épisode le soit à nouveau dans un second, parfois même dans un troisième, sans que l’au-

nr A ce qu'il a pu se à son ed Ainsi ’idée de Peau vivifiante est au centre de l’épi- sode de la Samaritaine (4,4-42), elle se retrouve si le discours prononcé PE és le dernier

pements à été Dee et écrit d’une marière com- plètement indépendante des deux autres.

= La même observation peut être faite à propos des divers passages où sont indiquées ou développées les notions du jugement (3,19 ; 5,22-80 ; 8,16 ; 12,81), de Jésus lumière du monde (8,12- 9,15. x. du témoignage de Jésus et du témoignage put Jui est rendu par Dieu (3,11. 32 ; 5,31-39 ; 8,13-18). Dans tous ces cas, il n’y a ce progres-. Sion ou reprise, mais parallélisme des développe- . ments. | RS Comment, enfin, comprendre autrement que par l’indépendance réciproque des tableaux dont à l’ensemble forme le quatrième évangile, qu’au SSSR EE aus 10, verset 24, les Juifs disent à Jésus : ; « Jusqu'à quand nous tiendras-tu l'esprit en suspens ? si tu.es le Christ, dis-le nous ouverte-

ment », alors que, dans les développements qui précèdent, on trouve les déclarations les plus nettes de Jésus sur son origine, sur sa personne et sur sa mission (7,16. 15. 28-29 ; 8,12. 23, 28. 29. 38-42, 54-55) ?

Notre conception du quatrième évangile comme une collection d’épisodes et de tableaux indépendants les uns des autres, doit encore être soumise à une triple vérification, par l’étude du cadre chronologique et géographique ‘, par l’examen de la liaison des divers épisodes entre eux et par la recherche de l’intention à laquelle répondent les divers récits pris

isolément.

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