‹ Introduction au Noveau Testament (volume 3)Chapitre 82 sur 192 · IV. — L’INTÉRÊT DES RÉCITS · texte numérisé non relu

IV. — L’INTÉRÊT DES RÉCITS

Les préoccupations du quatrième évangéliste ne sont pas d’ordre historique. Il n’a aucun souci de présenter les faits qu’il raconte d’une ‘ manière qui permette au lecteur de se les représenter d’une manière concrète. Il n’indique, dans chaque cas particulier, qu’un petit nombre de traits qui dessinent le schéma de l’épisode et lui assignent son caractère et sa portée (WREDE, p..18s.). Sa signification est généralement mise en lumière par un discours qui constitue la véritable raison d’être de l’épisode et en exprime ce qu’on, pourrait appeler la philosophie. L’évangéliste ne raconte que Jésus demande à boire à une Samaritaine que pour introduire les paroles sur l’eau vive ; la multiplication des pains est l’illustration du discours sur le pain de vie ; la guérison de l’aveugle-né amène la déclaration : « Je

di lustre ce Tee 1€ «Je e suis la résurrection et la vie. PA

L’absence de souci narratif distingue le qua- Pine évangile des synoptiques. Ceux-ci, malgré la préoccupation apologétique et théologique qui est évidente chez eux, restent des narra- teurs populaires, ils racontent parfois pour le plaisir de raconter. Il y a dans leurs récits bien des détails qui sont sans relation avec le but théologique et religieux qu’ils poursuivent. Des traits pittoresques permettent, la plupart du F temps, de se représenter d’une manière concrète les scènes décrites en les localisant, en caractérisant les personnages qui y jouent un rôle, en décrivant l'effet produit par les paroles ou les actes de Jésus. Dans le quatrième évangile, les traits de ce genre manquent, les données de chaque récit sont réduites à un strict minimum.

Seul est donné ce qui est indispensable pour que la scène rapportée soit intelligible.

Le cas des récits relatifs à Jean-Baptiste :

illustre très nettement ce fait. Entre ceux des . Synoptiques et celui de Jean, il y a certainement

une parenté littéraire (MAURICE GOGUEL, Jean Baptiste, p. 23 s.), mais le tableau donné par les synoptiques est complexe, pittoresque et vivant, on y trouve une brève mais saisissante descrip-

tion du genre de vie du Baptiste, un sommaire de sa prédication, un tableau de son activité, une indication très nette sur son espérance messia‘ nique. Chez Jean, on ne trouve plus que deux traits : le précurseur annonce la venue du Messie et il désigne Jésus comme ce Messie: Tout le reste a disparu, Jean-Baptiste est devenu un personnage schématique dont toute la personnalité se résume dans le seul terme de précurseur. Et cependant, ces détails que Jean ne donne pas, il les connaît certainement. S'il s’abstient de les reproduire, c’est qu'ils sont pour lui sans intérêt parce qu’ils ne se rapportent pas directement à la seule idée qu’il veut mettre en lumière, celle du témoignage rendu. Ce qu’il y a ici entre le quatrième évangile et les synoptiques, c’est une différence de procédé, non une différence d’intérêt. C’est bien aussi le rôle de précurseur qui intéresse les premiers évangélistes dans l’histoire de Jean-Baptiste, mais ils n’élaguent pas tout ce qui, dans la tradition, ne se rapporte pas directement à cela. Le quatrième évangile, au contraire, ne retient rien de ce qui n’est, à ses yeux, que détail accessoire. La même observation peut être faite, par exemple, à propos des vocations des premiers apôtres. Les synoptiques évoquent des scènes vivantes pleines de détails pittoresques. Ce sont

e lève de son bureau. Jean ne présente que des : personnalités abstraites ; il ne les nomme même pas toujours, il ne dit pas où la scène se déroule. Des hommes viennent à Jésus parce qu’il les a ‘appelés ou qu’on l’a proclamé Messie .devant eux ; rien n'indique qui étaient ces hommes, à

quoi ils ont renoncé, où et dans quelles cireons-

trois points : appel, réponse, témoignage *. Puisque Jean ne raconte pas pour raconter, mais se borne aux détails strictement REA sables en laissant tomber les autres, 1 faut, propos de chaque épisode pris isolément,

demander quel enseignement il contient. L'épi.

1. Quelques récits, il est vrai, sont moins rigoureusement schématiques, par exemple ceux de la multiplication des pains ou des guérisons du paralytique de Béthesda et de l’aveugle-

fluence des sources. Il reste, d’ailleurs, une disproportion signi-

discours. Il n’est donc pas légitime d’attribuer une portée allégorique à tous les détails qui ne sont pas strictement nécessaires pour encadrer les discours, comme le fait Lorsy (p-. 225) FN quand, dans le jeune homme porteur des pains et des poissons ti (6,9), il voit un représentant des ministres auxiliaires de l'euÿ charistie chez les premiers chrétiens. ., \

ent leur métier, c’est Zébédée qui reste dans LE RNRRE arque avec.ses filets sur les bras, c’est. Lévi qui.

tances ils ont été appelés. Tout se réduit à ces %

| sode des vendeurs chassés du Temple avec la

né. Ce fait doit être, dans une certaine mesure, expliqué par l’in-

ficative entre l’importance de la partie narrative et celle des

discussion qui suit (2,13-22) manifeste la puissance messianique de Jésus, annonce l’hostilité des Juifs et prophétise la mort et la résurrection de Jésus. C’est un tableau complet qui, à lui seul, résume tout l’évangile.

L'entretien de Jésus avec Nicodème 6, 1-21) n’a d'intérêt que par les discours rapportés, puisqu'il ne nous est pas dit si Nicodème se laisse persuader par Jésus ou persiste dans son incrédulité !. L’enseignement donné par Jésus à son interlocuteur est un résumé de l'Evangile qui se suffit absolument. Ce sont les vérités les plus hautes de’ la foi, le don du Fils unique de Dieu pour le salut du monde que Jésus exprime, après avoir constaté que Nicodème est hors d’état de recevoir une semblable révélation.

L’évangéliste perd de vue l'incident qui lui a servi de point de départ et développe le discours , qu’il met dans la bouche de Jésus en exposé de l'Evangile à l’intention de ses lecteurs.

L’épisode du second ‘témoignage rendu par:

Jean-Baptiste à Jésus (3,22-4,3) se suffit à luimême. Le témoignage du précurseur s’achève, sans qu'aucune transition soit indiquée, par un . développement sur l’origine céleste du Christ.

1. Il sera de nouveau question de Nicodème dans 7,50 et dans 19,39, mais sans que cela supplée à l’absence d’une conclusion au ch. 8.

mplet. CARS RTALS SCT ER

me NUE tr (DE L'ÉVANGILE

manière la plus nette dans la conelusion : « Jésus AE a accompli beaucoup d’autres miracles en pré-

mice livre. Ceux-ci ont été écrits afin que vous. s* croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu et 4 que par cette foi, vous ayez la vie en son nom » __(20,80-31). Luc de même et aussi les auteurs des | autres évangiles, bien qu’ils ne le disent pas expressément, ont voulu convaincre leurs lecteurs 2e « la nue des choses qui leur avaient été

gi donne à détte fi un ue Rio pré- cis. Son œuvre est nettement théologique bts

CT

2 ‘teurs le caractère de la personne de Jésus. L’his- . toire ou les histoires qu’il raconte n’ont d’in-

à __ térêt que parce qu’elles sont et dans la mesure À = où elles sont la traduction symbolique d’une

mais ekseun de ces petits r6 résumés Poe un tout.

Le caractère de l’évangile est marqué de la |

sence de ses disciples, ils ne sont pas écrits dans

dogmatique. Il s’agit de faire saisir aux lec—

t LE CARACTÈRE LITTÉRAIRE DE L'ÉVANGILE 2183

vérité spirituelle : « L'Esprit est ce qui donne la vie, la chair ne sert de rien » (6,68) (WREDE, D-:5)

Les lecteurs sont invités à chercher derrière l’apparence des faits, la réalité spirituelle qu’ils expriment. L’évangéliste souligne cette invitation quand, comme il le fait fréquemment (2,20 ; 4,15. 32 ; 6,42. 51 s. etc.), il présente les Juifs ou les disciples méconnaissant grossièrement — et parfois, comme dans l’entretien avec Nicodème, d’une manière presque grotesque — le sens des paroles de Jésus parce qu’ils les prennent dans leur sens littéral et matériel. L’évangéliste montre par là que les paroles de Jésus doivent être cntendues dans leur sens spirituel.

Les miracles ont aussi, dans la majorité des. cas tout au moins, un caractère symbolique. Ce n’est pas que l’évangéliste mette en doute la matérialité des faits qu'il raconte, mais, pour lui, le centre de gravité des miracles, si on peut s’exprimer ainsi, est dans le sens spirituel que révèlent les discours qui leur servent de commentaires. La multiplication des pains montre Jésus donnant sa chair comme aliment spirituel aux fidèles, la guérison de l’aveugle-né le présente comme la lumière du monde, comme celui qui ouvre les yeux des aveugles au sens spirituel encore plus qu’au sens matériel. La résurrection

te avec beaucoup ie es et ur par ER” isy ( p. 122) — diffèré de.celle de Paulence qu’ellé est plus hellénique que juive. Elle ne : repose pas sur l’'idèe d’une correspondance TO E LEA mn … videntielle entre les Poe et les sa ns

désaltère les corps représente le breuvage spirituel des âmes. La résurrection physique de Lazare est le symbole du don de la vie éternelle. Un trait doit-encore être relevé, il se rapporte aux discours. Ceux-ci ne sont pas déterminés par les circonstances dans lesquelles ils sont prononcés ou. par les auditeurs auxquels ils s’adressent. Ce sont, d’un bout de l’évangile à l’autre, des exposés présentant le même carac- Patte théologique abstrait et qui souvent, sans que la transition soit marquée, s’achèvent en considérations dues à l’évangéliste (Voir notamment la fin du discours de Jean-Baptiste, 3,31- MP. 36, ete parallélisme entre 12,37-48 et 12,44-50). Wet Il faut aussi noter les affinités très grandes qu’il

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y à entre les discours et les passages comme le prologue où l’évangéliste parle en son RIRES nom *.

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