ILE. — LE TÉMOIGNAGE DE LA CRITIQUE EXTERNE
On ne trouve aucune citation expresse du livre des Actes avant la fin du n° siècle, c’est-à-dire avant l’époque d'Irénée et du Canon de Muratori.
1. Après les évangiles les épîtres pauliniennes et catholiques et l’Apocalypse, d’après la stychométrie du ms. Dp et un manuscrit latin de Hopy (Grecory, Teztkrilik, p. 854) ou bien, les catholiques étant transposées après l’Apocalypse : Jean Beleth (1162) [GreGory, Textkritik, p. 8541 ou bien après le groupe Catholiques-Apocalypse-Pauliniennes (ms. 336).
2. Actes, Apocalypse, épitres catholiques ‘et pauliniennes dans le ms, 627. ;
3. Evangiles, épîtres pauliniennes et catholiques, Actes, Apocalypse, d’après les Canons apostoliques, dans la version copte, d’après Augustin, Innocent 1, le troisième concile de Tolède,etc. (GrReGoRx, Textkrilik, p. 852). ?
Les réminiscences qu’on peut relever dans les œuvres des Pères Apostoliques n’ont pas une précision et une netteté telles que toute hypothèse autre que celle d’un contact puisse être nettement éliminée.
On rencontre, par exemple, chez Clément Romain l'expression « donner plus volontiers que receyoir » qui rappelle la formule des Actes (20, 35) : « Ily a plus de bonheur à donner qu’à recevoir »°. Les termes employés ne sont pas identiques et l’on ne saurait affirmer que Clément s’inspire des Actes et non pas de la tradition extracanonique à laquelle l’auteur des Actes a lui-même emprunté
une parole de Jésus.
Dans un passage de la même épître les passages. Psaume 88,21 et 1 Samuel, 13,14 sont combinés comme dans Actes, 13,22 mais la rencontre s’expliqueraitsans dépendancedirecte par l'hypothèse d'une même collection de passages messianiques utilisée par l’auteur des Actes et par Clément Romain.
Enfin le passage 5,6 où Clément parle de sept eaptivités de Paul, s’il ne prouve pas que Clément n’a pu connaître le livre des Actes, établit du moins qu’il n’y a pas vu un récit faisant auto-
4. CzeuenT, ad Cor., 2, 1: Hüvov Gudévres Aau6ävovrec. Cf. Actes, 20, 25 : Maxuptév éori pädhov diôévat À Aupédveu.
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rité d’une manière exclusive pour la biographie de l’apôtre Paul.
On lit dans la Didachè (4,8) : « Tu mettras tout en commun avec ton frère et tu ne diras pas que quelque chose t’appartient en propre ». Il y a dans cette phrase une expression caractéristique qui se rencontre dans Actes, 4,32 * mais cette ressemblance s’accompagne d’une différence importante, c'est que le texte des Actes parle d’une véritable mise en commun des biens tandis que le passage de la Didachè n’est qu’une exhortation à la générosité *.
L'épître de Barnabas contient quelques formules que l’on trouve aussi dans les Actes’ mais elles expriment des idées courantes qui n’ont rien
1. Did., 4, 8: ouyxotvovnost Où mévra T@ AàdelpS oov xal oÙx êpetc Vdux eivau. Actes, 4, 32 : xak oddE els tt TOY ÜTapy6vrwy adtr® ÉhEyEv Ltov elvar &AX nv aÜrote Tévtra xoLvd.
2. Une autre rencontre est moins décisive encore : Did 452 TAvra dE Oo ÉXY delñons un yivechar oo, xal où GAY Un Tofes Cf, Actes, 15, 20. 29 : xt Goa ph Békere éauroic yivecbau, étéow un moteiv. Outre qu’il y a ici une maxime qui a dû être très répandue dans le christianisme primitif, il faut observer qu’elle n’est donnée dans les Actes que par le texte occidental qui ne saurait être regardé comme primitif (cf. p. 9%45s.).
3. BarvABAS, 7, 2 : Léd\wy xplvesv EGvraç ai vexpoic. cf. Actes, 10, 42: oÙroc Éoriv 6 worouévoc drù roë Beod XpuTNs Covrwv xa vexp@v. BaRN., 4, 14. 5, 8: onueïa xxi tépara. Cette expression se trouve 8 fois dans les Actes. Les autres réminiscences signa-
lées par H.-J. Hozrzæann (Einl., p. 406) sont encore moins précises.
de caractéristique ; elles n’autorisent donc pas à conclure à un contact direct entre les deux documents. On peut faire la même observation à propos de quelques expressions des Actes qu’on rencontre chez Ignace d’Antioche ‘, chez Polycarpe * ou chez Hermas:.
Les réminiscences des Actes sont moins pré- : cises encore chez Aristide, Justin Martyr, Tatien et dans l’épître à Diognète ‘
Dans la seconde moitié 15 11° siècle, entre 160 et 180, le roman des Acta Pauli suppose la connaissance des Actes canoniques dans lesquels le
1. IGNACE, ad Magnes., 5, 1 : Exacroc etc rùv Tdtov tomov péler xwpeiv. Cf. Actes, 1, 25: … ’lobdac mopeubvar elc Toy rémov roy roy. ad Smyrn., 3, 3: (werd dE Tv dvdoraaty auvépayer adtoic tal cuvériev wc capzrirds. cf Actes, 10, 41 : cuvepdyopev xat TUVET!OULEV aÙT® .perx Td AVaoT var AÜTOV ÈX VEXODV.
2. Porvcar?e, ad Philip., 1, 2 : ôv fyepsv 6 Bedc Adouc rùc vus Toù Gôov. cf. Actes, 2, 24: Gv d Beds &véctnoey Aüoac rés Gôivag rod Bavaroy (texte Ê : roù &Gou).
3. Hermas, Vis., IV, 2. 4 : .… Gi” odôevoc Ôdvn cwbñvos et un duù Toù peyhou ai évodEou Ovouaroc. cf. Actes, 4, 12 ; oVdE yap Ovopé EcTiv Érepov Üro rov oÙpavdy ro Gedouévoy Ev &vOpwmotc ëv à et cwbñva nuas. Mand., IV, 4 : xipros xapdtoyvworns. ef. Actes, 41, 24: udpue nasètoyyGota.
4. On trouvera l'indication des passages où on les rencontre dans H.-J. Hozrzmann, Einl., p. 406. E. Jacquier (Le Nouveau Testament dans l’Église chrétienne. I, Paris, 1911, p. 85. 198. 131), n’estime pas ces réminiscences assez nettes pour qu’il vaille la peine de les relever. Loïsyx (p. 9) leur attribue un peu plus de portée. Le témoignage de Justin, dit-il, « montre assez
clairement que les Actes étaient connus à Rome vers l’an 150 ».
récit apocryphe prend son point de départ. La lettre des Eglises de Vienne et de Lyon aux Eglises d'Asie et de Phrygie qui date de 177 cite littéralement Actes, 7, 60 '. À la fin du n° siècle *, Irénée considère les Actes comme une Ecriture Sainte :, il les cite comme Lucae de apostolis testificatio (Témoignage de Luc sur les apôtres adv. Haer., III, 13, 3. cf. 12, 11). Le canon de Muratori est plus explicite : Acta autem omnium apostolorum sub uno libro scripta sunt. Lucas « optimo Theophilo » comprendit quae sub praesentia ejus sinqula gerebantur, sicuti et semota passione Petri evidenter declarat, sed et profectione Pauli ab Urbe ad Spaniam proficiscentis. (Les Actes de tous les Apôtres sont éerits en un seul livre. Luc a réuni pour l'excellent Théophile tout ce qui s'était passé en sa présence ainsi qu'il le montre en écartant la passion de Pierre et le départ de Paul de la Ville pour l'Espagne). Son témoignage, relativement plus développé que ceux qu'il consacre aux autres livres, nous fournit une indication précieuse sur les conditions dans lesquelles
1. Kai ünèo Tüv Tà deuva duariBévrwy nÜyovro, xafanep Êtépavoc ô “réheros pépruc Küpee, ph oran adroïc Tv épapriav Tabrnv (Busèeer, hist, eccl., V, 2. 5).
. 2, Voir sur ces premiers témoignages précis sur les Actes, Zauw, Einl., 1], 'p. 335.
3. Lerornr, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, I, Die Entstehung, Leipzig, 1907, p.198. *
LA TRADITION. rs 28
les Actes sont devenus canoniques'et sur les objections qu'il a fallu surmonter pour qu'ils y parviennent. La formule « les: Actes de tous les apôtres » ne répond que de très loin à la réalité puisque, à côté de Paul et de Pierre dont lactivité est en partie relatée, Jean ne figure quecomme un personnage muet et que c’est à peine si les autres apôtres sont nommés. C’est sans doute après qu'au cours du second siècle se fut constituée la notion d'autorité apostolique, qu'un livre qui jouissait déjà traditionnellement d'un certain prestige a.été élevé au rang d'Ecriture Sainte, à la fois pour encadrer les lettres apostoliques en honneur dans l'Eglise et pour représenter l’autorité de ceux des apôtres qui n'avaient pas laissé d'œuvre écrite ‘. L'indication relative à Luc ayant réuni en un seul livre les Actes de tous les Apôtres vise probablement pour les exclure les Actes apocryphes comme ceux de Paul et de Jean qui étaient déjà répandus dans l'Eglise à ‘la fin du re siècle. Toute la dernière partie de la notice combat une objection qui devait être faite à l'œuvre de Luc, et que l’on tirait des lacunes évidentes qu’elle présentait. Peu importe que la réponse qui y est faite ne soit nullement pertinente ; l'essentiel est de constater que l’auteur du canon de Mu-
4. Læwozor, Geschichte des neut. Kan., Î,p. 205 ; Lorsx, p. 7.
ratori a connu l’objection et essayé d’y répondre. Tertullien (de jejun., 10) parle des Actes comme d'un « commentaire de Luc » (commentarium Lucae). Clément d'Alexandrie (Sérom. V.83 cf. Hypotyposes in I Pt., 5, 13), y voit aussi l'œuvre de Lue. Ces témoignages sont tellement précis qu'il est inutile de suivre plus longtemps la tradition relative aux Actes. Elle est si homogène et si unanimement attestée qu’il faut voir une simple bizarrerie sans portée véritable dans le fait qu'une homélie faussement donnée comme de Chrysostome dit qu’on attribue les Actes tantôt à Clément, tantôt à Barnabas et tantôt à Luc‘. Il est probable que l’auteur de cette homélie a tout simplement confondu la tradition sur l’épitre aux Hébreux avec celle qui est relative aux Actes.