IV. — Le rransrert DE Pauz À Rome
Au début du récit du voyage nous retrouvons . la première personne. À son départ de Césarée
Paul avait auprès de lui quelques-uns de ses compagnons. Il semble bien arbitraire de voir dans
l’ensemble du récit une surcharge comme le vou-
drait Wellhausen qui pense que le rédacteur a em-
belli la source par un récit de naufrage comme il l'avait, au moment du dou d’Ephèse,surchar-
gée par un récit d'émeute ‘. On ne voit pas bien
qui
l'intérêt qu'il aurait eu à le faire, ni les raisons
pour lesquelles il aurait ici employé la première
personne alors qu'il ne l’a pas fait dans les autres morceaux qui viennent de lui. Il n’y a cependant pas lieu d'admettre que le récit du naufrage ait ‘été emprunté à la source tel que nous le li-
ce qui n’est établi par aucun document juridique et ce qui paraît bien invraisemblable, que l’appel à l’empereur suspen-
dait le droit du procurateur de prononcer Végaiienes de
l'accusé.
NES WELLHAUSEN, Noten, p. 17 s.; Krit. An., p. 54. Voir. les observations de Lotsx (p. 921) contre cette hypothèse.
-sons. [1 paraît avoir subi certaines retouches ; on n’y relève en effet que quelques épisodes mal intégrés à la trame du récit et qui ont pour caractère commun de mettre en lumière la personnalité de Paul et de lui prêter un rôle actif. Ils pourraient ainsi s'expliquer tous de la même manière. La première surcharge paraît être la suggestion d’hiverner en Crète qui est mise dans la bôuche de Paul. On arrive à la baie de Kaloi Liménes en Crète (8). Là Paul, en considération de l’époque où l’on est, conseille d'hiverner. « [1 leur dit... » Ce « leur » est vague et l’on ne voit pas à quoi il se rapporte (Loisx, p. 911). Le . conseil de Paul n’est pas écouté. On préfère s’en tenir à ce que disent le capitaine et l’armateur (9-11). La suite du récit dit que le port n'étant pas propre à un hivernage on décide de gagner, si possible, celui de Phœnix.(12). La contradiction est patente. L'épisode relatif à Paul ‘vient en surcharge. Le morceau 21-26 n'interrompt pas moins malencontreusement le récit de la tempête. Il se rattache d’ailleurs expressément aux verseis 9-11 et a certainement la même origine. (WELLuAUSEN, Art. An., p. 54; Loisy, p< 911:
Non moins suspect est enfin le v. 37 ? où il est fait honneur à Paul d’avoir suggéré aux soldats une précaution qui empêchera les marins de fuir, précaution dont les soldats ont pu: avoir l’idée
d'eux-mêmes (Loisy, p. 916 s.). L'épisode 33-38 est également suspect *.
Dans le récit du séjour dés naufragés à l’île de Malte (28, 1-10), Loisy considère l’épisode du serpent dont Paul subit sans dommage la morsure (28, 3-6) comme surajouté (Loisy, p. 924). Nous ne pouvons estimer que le lien qui rattache ce récit à son contexte soit assez maladroit pour déceler une surcharge. Quant au fond il n’est pas absolument impossible que la source ait pu déjà contenir un développement légendaire comme celuilà, surtout s’il s'était constitué autour de quelque détail réel. Il y a de plus graves raisons de sus-
pecter l'attribution à la source des versets 8-10 relatifs à la guérison de Publius et aux autres miracles accomplis par Paul. Dans ce fragment, en effet, « nous » désigne Paul et Les siens, tandis que, dans le morceau précédent, le même pronom désignait tous les naufragés (Lorsy, p. 926).
Dans la notice sur le voyage des naufragés depuis Malte jusqu’à Rome (29, 11-14) nous retrouvons la manière de l'auteur de la source et le soin avec lequel il marque les étapes de la route. Un point seulement appelle une réserve. C’est l’ar-
1. WezcAusen, Krit. An, p. 54 ; Loisx, p. 917 s. Loisx (p. 919) conjecture que l’indication du nombre des voyageurs se trouvait dans la source, mais à une autre place. C’est une hypothèse qui repose sur une base bien fragile.
AE Hal Done que Paul est prisonnier « “Le
séquent, qu'il n’est pas maître de s'arrêter où lui semble: Le motif de l’introduction de ce détail
pourrait bien avoir été de donner aux chrétiens $ de Rome le temps de venir à la rencontre de Paul
(o. 15). (Wezcausen, rit. An., p.55 ; ; Loisy, p.929).
Cefait n'est pas denature àrecommander l’histori= cité du séjour à Pouzzoles car la démarche prêtée aux chrétiens de Rome est suspecte, sans
même qu'il soit nécessaire de l’examiner quant
au fond ou de rechercher comment il se fait qu'une fois Paul arrivé à Rome, il ne soit plus question |
des chrétiens de la ville. Elle a en effet le tort d’avoir été ajoutée après, et non avant l’arrivée de Paul à Rome, expressément mentionnée à la fin du v. 14 et par là elle se trahit elle-même comme une interpolation (Loisy, p. 929). L’inten- 4
__ tion à laquelle répond l'addition de ce morceau
T1 est visible. Le rédacteur aura voulu effacer la ü mauvaise impression que ne pouvait manquer de
faire l’abandon complet dans lequel, d’après 14 récit des Actes lui-même, la communauté chré-
__ ienne laissa Paul à Rome (Loisy, p. 930).
Loisy (p. 930) pense que le récit de l'arrivée
de l’apôtre à Rome a été abrégé et que la source
RE. devait relater la remise du prisonnier. Le rédac-
teur aura fait disparaître ces détails qui étaient
à sa thèse. Cette opinion r ne s'impose pas. La
remise du prisonnier ne s’est pas passée au rt
jour, le témoin oculaire n’a pu fort bien apprendre
que d’une manière tout indirecte ce qui s'était.
passé à cette occasion. Peut-être at-il su, tout simplement, que Paul avait reçu l'autorisation de
loger dans une maison particulière avec les sol-
dats qui le gardaient.
. L'indication donnée dans le v. 16 est rejointe
d’une manière frappante par la notice finale du
livre (v. 30) (Loisx, p. 940). Entre les deux passages est intercalé un récit des relations de Paul avecles . Juifs de Rome (77-28), récit qui exprime les idées
du rédacteur sur l’attitude du judaïsme à l’égard
de l’apôtre (Loisx, p. 932-937). IL y a d'ailleurs
dans cet épisode un détail qui n’est pas historique
et qui contredit la manière dont avait été raconté
l'appel de Paul au tribunal impérial. Il est dit en effet que Paul a été contraint d’en appeler à César
parce que les Juifs s'opposaient à l’acquittement
que voulait prononcer le procurateur. C'est là une manière de se représenter les choses qui ne répond pas à la réalité et qui émane d'un homme qui ignore les conditions juridiques de l’appel à l’empereur (Mouusen, Z. N. T. W.,1901, p. 93 s.).
Nous ne saurions attribuer à la source un morceau
qui contient une semblable erreur.