Le mot d’Église qui n’a jamais un sens religieux dans
la grécité profane n’est que la reprise de la notion israélite de l’assemblée d’Israël (Kahal ‘Yahweh LXX ÉxXANG Ia)
païennes! : accueil ds déshérités, vie commune, repas corporatif, par exemple. Heinrici en conclut que c’est sur le modèle des associations religieuses païennes que les Églises se sont
1 ins daim Mnéénnsl
ou de synagogue des chrétiens. L'Église, c’est
l’assemblée concrète des fidèles, c’est la com-.
munauté locale groupée dans le culte et surtout dans la célébration du repas du Seigneur. De cette notion, Paul s’élève à une conception plus, générale, celle de l'Église idéale, corps du Christ et synthèse des Églises locales.
Le centre de la vie de l’Église était le culte. Il se célébrait probablement, sinon exclusivement du moins d’une manière plus solennelle, le dimanche’. Les instructions que Paul donne à son sujet dans les chapitres 12 et 14 de la première épître montrent qu'il n'avait pas encore
mais l’élément national est complètement éliminé, ou, plus exactement, dépassé. Le terme d’Église appliqué à la communauté chrétienne paraît antérieur à Paul mais, malgré Mt., 16,18; 18,17, il est douteux qu’il remonte jusqu'à Jésus. Cf. HarnAcK, art. Verfassung, R. E., XX, p. 512; Jos. Weiss, Î Cor., p. XVI. ; 1. C’est ce que pensent, par exemple, GUNKEL (Zum religionsgeschichtlichem Verständniss des Neuen Testamenis, . Goettingen, 1903, p. 73), Scaürer (Die siebentägige Woche im Gebrauch der christlichen Kirche des ersten Jahrhunderts, Z. N. T. W., VI, 1905, p. 1) et J. Weiss (p. 381). Cela semble résulter du conseil que Paul donne à propos de la collecte de mettre de côté, le premier jour de la semaine, ce qu’on veut y consacrer (1, 16,2). On peut rapprocher de ce fait la célébration du repas du Seigneur un dimanche, à Troas (Actes, 20,7 s). Cependant, le fait que Paul ne paraît pas connaître le terme de xvguaxh uépa qui sera employé à partir de l’Apocalypse (1, 10) ne permet pas d'établir une relation directe entre le dimanche et le repas du Seigneur.
358 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
de forme arrêtée. Chacun y contribuait, suivant: les dons qu’il recevait, glossolalie, interprétation, prophétie, psaume, révélation, enseignement. Aucune allusion ne permet de supposer que la lecture de l’Ancien Testament y ait eu place, à plus forte raison, qu’elle en ait constitué un élément essentiel. Il n’y avait, à l’origine, aucun rudiment de discipline ; la forte personnalité de l’apôtre suffisait, sans doute, pour imposer un certain ordre.
La manifestation la plus élevée de la vie de l'Église était la célébration du repas du Seigneurt. C'était un repas fraternel dans lequel les provisions apportées par chacun étaient mises en commun? À un moment de ce repas — nous ne savons lequel — le pain était rompu et distribué, une bénédiction était prononcée sur la coupe qui circulait ensuite, et les fidèles mangeaient le pain et buvaient la coupe avec le sentiment de communier ainsi avec le corps et le sang du Seigneur et de commémorer sa mort en même temps qu'ils évoquaient le moment de son retour.
1. Sur le repas du Seigneur à Corinthe, voir MAURICE GOoGuEL, Eucharistie, p. 143 s.
2. Il en a été ainsi, du moins, pendant le séjour de Paul à Corinthe. Après son départ, il se produisit des abus sur lesquels nous reviendrons.
En principe, l’autorité appartenait à la communauté elle-même mais ce ne devait être que dans des cas exceptionnels qu’elle l’exerçait directement (1, 5,4). En fait, certaines fonctions particulières, administratives ou spirituelles, étaient remplies par certains hommes qui, cependant, tenaient leur autorité, non d’une délégation de l’Église, mais d’un don et d’un appel de l'Esprit (7, 12,28 s.).
Pour entrer dans la communauté, ile ta art rompre avec le péché mais non se séparer du monde (1, 5,9). Les fidèles continuaient à avoir des relations avec leurs concitoyens païens, ils n’éprouvaient aucun scrupule à s’asseoir à la même table qu’eux. Il arrivait fréquemment que . de deux époux un seul était devenu chrétien et, dans les premiers temps, on ne semble pas avoir eu le sentiment que cette situation posait un problème. Ce n’est qu'après le départ de l’apôtre que certains se demandèrent si l'époux chrétien ne devait pas se séparer de son conjoint resté païen.
Dans leurs relations avec les gens du dehors, les chrétiens étaient dominés par une préoccupation de propagande. C’est elle qui explique l'habitude qu’ils avaient d'accueillir au culte des non-chrétiens, thüra et &more: (1, 14,16.23) ; les premiers étaient, vraisemblablement, des
gens qui suivaient régulièrement les assemblées, avec l'intention plus ou moins arrêtée de devenir - chrétiens, les seconds étaient de simples curieuxt,
Peu après sa comparution devant le tribunal
de Gallion, Paul quitta Corinthe en compagnie d’Aquilas et de Priscille?. Son départ se place, sans doute, à la fin de l’automne 51, la saison
avancée expliquerait bien la hâte qu'il avait
d'arriver en Syrie. Quelques exégètes pensent qu’à son passage à Cenchrées, Paul se fit raser la tête pour se libérer d’un vœu qu'il aurait
fait, peut-être à son arrivée à Corinthe. Le sens naturel du passage des Actes (18,18) qui relate
cet incident, d’une manière d’ailleurs assez obscure, indique plutôt qu'il se rapporte à Aquilas®, Le fait qu’un familier de Paul a fait preuve d’un tel attachement aux usages juifs est, à lui seul, significatif.
De Cenchrées, Paulet ses compagnons gagnè-
1. Cette distinction est faite par Jo. Weiss (p. 333) et écartée par LIETZMANN (p.. 75).
2. On ne peut déterminer si Priscille et Aquilas state été impliqués dans la plainte déposée contre Paul ou s’ils qu tèrent Corinthe pour des raisons personnelles.