ÉTAT
| BIOGRAPHIE DE PAUL 4k
elles des lettres véritables ou bien des épîtres ? Il se prononce catégoriquement pour la première de ces deux alternatives. Pour bien comprendre
les épîtres de Paul il faut oublier l’auréole qui, depuis dix-huit siècles, les entoure mais qui, en les glorifiant, les a dénaturées. Ce ne sont pas des traités de dogmatique composés en vue de l'Église universelle. Avant de devenir des Écritures Saintes », elles ont été des écrits | de circonstance, improvisés à la hâte parl'apôtre, entre deux voyages, pour faire face à une circons-
tance surgie à l’improviste, pour donner une
instruction ou un avertissement. Chaque épître
répond ainsi à une situation particulière, sou-
vent très complexe et n’a de raison d’être
que pour cette situation. De là l’importance - de l'élément personnel dans les épîtres pauli-
niennes, des relations étroites qu’il y a entre chacune d’elles et les circonstances particulières par lesquelles passaient les Églises aux-
quelles l’apôtre les adressaitt. I! suffit pour
1. PrAT (1, p. 74), pour diminuer le caractère personnel des lettres de l’apôtre et les transformer en « documents semiofficiels susceptibles d’une publicité de plus en plus large »,
fait valoir d’une part l’usage assez fréquent du pluriel chez .
Paul et le fait que, dans la salutation initiale de la plupart
Da de cette distinction, Deissmann pose à la question suivante : Les œuvres de Paul sont-
des épîtres (Rom. seule fait exception), Paul nomme un ou deux .
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s’en convaincre de lire des épîtres comme celles aux Corinthiens, aux Galates ou aux Philippiens. Il en va de même pour celle qui pourrait passer pour la plus générale et la plus objective des lettres de l’apôtre, pour l’épître aux Romains qui, en certaines de ses parties au moins, paraît avoir l’allure d’un exposé systématique de la théologie paulinienne, car cette épître, Paul ne l’a pas écrite pour composer un traité de dogmatique, mais pour préparer sa venue à Rome ; c'est un plaidoyer pro domo destiné à concilier à l’apôtre les sympathies de l'Église romaine et à prévenir l’effet que pourrait avoir sur elle la propagande des judaïsants. Rien n’est donc plus faux que de voir dans les épîtres de Paul des traités sous forme de lettres’. Les juger
frères ou un groupe indéterminé de frères comme co-auteurs. Mais le plüriel d’auteur étant fréquent en grec, son emploi paraît sans portée (BLass-DEBRUNNER, $ 280 ; K. Dick, Der schriftstellerische Plural bei Paulus, Diss. Halle, 1899; cf. DEissmMANN, Th. Rundsch., 1902, p. 65 ; J.-H. Mouton, Ein- Jeitung in die Sprache des Neuen Testaments, Heidelberg, 1911, p. 137 s.) Par contre, ZaAHN (Eïinl., I, p. 122, 150 s., 166 s., ‘226 s., 323, 381) croit que là où Paul emploie le pluriel, il parle ‘en son nom et au nom de ses collaborateurs. Quant à la mention de co-auteurs, elle est de pure forme çomme le prouve le caractère très personnel des exposés et des discussions qui remplissent la première aux Corinthiens (co-auteur Sosthène) et la seconde (co-auteur Timothée). Voir aussi p. 46 n. 1.
2. Abhandlungen in Briefform. L'expression est de GERCKE, G. G. A., 1894, p. 577.
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ainsi c’est. méconnaître leur nature propre,
c'est les défigurer. Ce n’est qu'après coup,
quand on les a réunies en une collection, que les épîtres dé Paul sont devenues des œuvres littéraires. Plus tard encore, elles sont devenues Écriture Sainte, mais Paul n’a prévu ni l’une ni l’autre de ces deux évolutions, lui pour qui l'avenir ne comportait pas des siècles, mais seulement des années et peut-être des mois ou des semaines. C’était pour le moment présent seulement qu'il écrivait.
Si ces vues de Deissmann sont certainement justes dans leur ensemble, il est cependant exagéré de rapprocher, comme il le fait, les épîtres de Paul, des lettres privées et populaires que les papyrus ont révélées. La clef du paulinisme n’est pas là, comme le note justement Lietzmann (Z. N. T. W., XXII, 1923, p. 155).
Deissmann délimite d’une manière beaucoup trop absolue le domaine de la littérature. Dans: l’antiquité, les conditions de la reproduction des écrits et de leur publication étant toutes différentes de ce qu’elles sont depuis la découverte de l'imprimerie, la distinction entre ce qui était destiné à la publicité et ce qui ne l'était pas avait quelque chose de flottant. L’épître
ou la lettre faisait précisément partie de cette
zone intermédiaire. Et surtout ce qui fait qu’une
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œuvre appartient au domaine de la littérature
et non aux productions éphémères de la vie quotidienne, c’est son niveau spirituel, c’est la puissance de la personnalité qui s’y exprime,
c’est la portée que les idées qui y sont formulées
ont pour le présent et pour l’avenir, c’est enfin l’originalité de sa forme. Or, à tous ces points de vue, il y a un abîme entre les lettres de Paul et toute cette littérature épistolaire conservée par les papyrus dont Deissmann voudrait les rapprocher. Sans doute, Paul s’est appelé luimême un twzmsr® Xéyw (LI Cor., 11, 6. Cf. I Cor., 2, 1 s.), mais, en parlant ainsi, il entend seulement s’opposer aux rhéteurs qui attachaient une importance prépondérante sinon exclusive à la beauté du style et, surtout, il veut affirmer que l'efficacité de sa prédication résulte uniquement de la puissance du message qu'il apporte et ne doit rien aux artifices de l'éloquence. L’épître paulinienne estainsi quelque chose d’intermédiaire, un Mittelding, suivant l'expression de Willamowitz-Moellendorf (Kult. d. Geg., I, 8, p. 157), parce qu’elle est littéraire sans que Paul ait eu l'intention de faire œuvre de littérateur. | ; | Mais ce n’est pas seulement la valeur des lettres de Paul qui en fait, sans que telle ait été l'intention de leur auteur, des œuvres litté-
raires, ce sont encore un certain nombre de
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. circonstances et de traits qui caractérisent les conditions dans lesquelles elles ont été com- . posées
D'abord, si les lettres de Paul sont, en un sens, des lettres privées, elles ne sont pas, abstraction faite de l’épître à Philémon, adressées à
des individus, mais à des Églises auxquelles
elles doivent être lues. Paul s'adresse à elles em sa qualité d’apôtre et de missionnaire. Ses lettres ne remplacent pas les conversations
privées qu'il pourrait, s’il était présent, avoir.
avec tel ou tel membre de la communauté, elles suppléent aux discours qu’il adresserait à l’assemblée pour l'instruire, l’exhorter ou la
reprendre. Le cadre liturgique constitué par ,
les invocations et les prières du début et de la fin est, à cet égard, très caractéristique. De fait, les lettres de Paul ont été, dès leur origine, destinées à une certaine publicité. La première aux Thessaloniciens doit être lue à l’assemblée
(5,27), de même l’épître aux Colossiens (4,16),
l’épître aux Galates est adressée à tout un groupe d'Églises simultanément. Les Colossiens doivent faire en sorte que la lettre qu’ils ont reçue soit lue aussi à Laodicée ; eux-mêmes prendront