Voir Loisy, Les épîtres de Paul, R. H.L.R., 1921, p
* 46 ” LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
connaissance de la lettre qui a été adressée à cette Église (Col, 4,16). Les adversaires de l’apôtre connaissent les lettres qu’il a envoyées à Corinthe et les discutent (11 Cor., 10,10). Tout cela met les épîtres de Paul très loin des. papyrus, à peu près, comme l’a indiqué Wendland (Urchr. Litf., p. 346), au rang des lettres écrites par Épicure aux groupes de ses disciples et.
amis.
Le fait que les lettres de Paul sont destinées, comme nous l’avons dit, à suppléer au discours, explique que le ton en soit souvent oratoire. En les composant, l’apôtre devait évoquer devant son esprit la communauté assemblée et il s’adressait à elle comme s’il avait, non pas écrit, mais parlé. L’illusion était d'autant plus. facile que l’apôtre n'’écrivait pas ses épîtres. mais les dictait!, Nous sommes par là à même
1. En y ajoutant, le plus souvent, une salutation autographecomme celle de Gal., 6, 115. Il est probable que de semblables salutations se trouvaient dans toutes les épîtres. On peut en reconnaître par exemple dans 7 Cor., 16, 21 s. Rom., 16, 175. Col., 4,18 s. etc. Cf. LIETZMANN, Gal., p. 40. Nous connaissons. le nom d’un des secrétaires de Paul, Tertius (Rom., 16, 22). Il serait possible que l’un ou l’autre de ceux qui sont nommés comme co-auteurs ait servi de secrétaire à l’apôtre. Peut-être. le nom de Tertius ne se lit-il pas au début de Rom. parce qu’il était inconnu des chrétiens de Rome. Ce serait une erreur de conclure du fait que Paul dictait ses épîtres qu'il était peu habile à écrire et presque illettré. L'habitude de dicter était.
de nous faire une idée, au moins approximative, de son éloquence.
I est vrai que les lettres de Paul ont été suggérées par les circonstances particulières que traversaient les Églises auxquelles il s’adressait ; il ne faudrait pas cependant les considérer comme de simples improvisations. Elles supposent un long travail d’élaboration et une méditation prolongée. C’est ce que prouvent, non seulement la longueur de plusieurs d’entre elles, mais aussi leur équilibre et, dans une certaine mesure, l’harmonie de leur composition. Il faut aller plus loin encore. Si l’apôtre traite parfois, dans certaines d’entre elles, en particulier dans la première aux Corinthiens, de problèmes particuliers qui avaient surgi dans la vie des Églises, les développements qu’il donne portent le plus souvent sur des questions qui faisaient l’objet le plus habituel de ses méditations et de son enseignement et il est.
en effet, courante dans l’antiquité, cf. NorDEN, Kunstprosa,. p. 9545.; R. HeInze, Hermes, XXXIII, 1898, p. 463 n. 1. E. Srance (Dictierpausen in den paulinischen Briefen, Z. N. T. W., XVIII, 1917, p. 109-117) croit qu’on peut encore reconnaître les endroits où Paul a interrompu la dictée. Il est, en effet, impossible d'admettre que la plupart des épîtres aient. été dictées d’un seul jet. Voir aussi E. J. RoBson, Composition and Diclation in New Testaments Books, Journ. of. Th. St.. 1917, p. 288-301.
probable que les formules qu'il emploie alors
sont celles dont il usait d’ordinaire dans sa
prédication. La plus grande partie de l’épître aux Romains, plusieurs développements de -l'épître aux Galates, le second chapitre de.
l’épître aux Philippiens, le quinzième de la première aux Corinthiens, l'instruction de Z Thess.,
4, 13-5, 11, par exemple, nous mettent ainsi
en présence de fragments plus ou moins étendus de l’enseignement oral de Paul. Il arrive aussi à l’apôtre d'introduire dans ses épîtres des morceaux qui, non seulement pour le
fond, maïs aussi pour la forme, semblent avoir
préexisté aux épîtres dans lesquelles nous les lisons. Tel est le cas par exemple pour
la tradition sur la Cène (1 Cor., 11, 23-25), pour l’hymne de l’amour (1 Cor., 13) ou pour
le résumé de la prédication apostolique sur la résurrection (1 Cor., 15, 1-8) dans lequel cer-
taines formules paraissent CADEUIRS à une
confession de foi primitive.
Il faut, enfin, pour fixer le caractère propre des épîtres, indiquer deux traits de la psycho-
logie de l’apôtre : d’abord un besoin et un don
de systématisation, qui ont fait de lui, sans qu'il
de nombreuses formules théologiques dont l'influence a été décisive pour la formation et