LES DÉBUTS DE L'APOSTOLAT
gieuse a toujours constitué pour lui une impulsion à l’action et non à la méditation, C’est donc à la prédication de l'Évangile que Paul a dû consacrer son séjour en Arabie:, On ne peut, comme le fait Zahn (Gal., p. 68), objecter à cette opinion, qui est actuellement celle de la majorité des critiques, qu’il n’y avait pas en Arabie de ces grandes villes que, plus tard, Paul devait de préférence choisir pour y exercer son activité. Rien en effet n’autorise à penser que la méthode missionnaire de Paul ait été immuable et qu’elle ait été, dès le premier moment, constituée comme elle le sera plus tard. Du succès de cette prédication nous ne savons rien, ce qui n’est pas, comme le pense Loisy (Gal., p. 84), la preuve d’un échec; l’hostilité des Nabatéens qui se manifesta peu après indiquerait plutôt que la prédication en Arabie ne fut pas sans quelques résultats. Elle ne semble pas avoir duré longtemps. Paul ne tarda pas à revenir à Damas ; c’est à ce moment sans doute et non immédiatement après la conversion que se place la prédication dans les synagogues dont parlent les Actes (9,20). On sait (Voir p. 88 s.)
1. Losy, La carrière de l’apôtre Paul, R. H. L. R., 1920, n. 455. Les Actes (9, 20) ne se trompent sans deute pas enfaisant commencer l’activité missionnaire de Paul immédiatement après sa conversion.
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comment elle prit fin. Ce ne fut qu'avec peine que Faul parvint à quitter Damas d'où il” gagna Jérusalem. Ce devait être dans le cours des années 32 ou 33.
Il y a, dans le récit que les Actes (9, 19-30) font de cette visite, une série d'erreurs! qui imposent de telles réserves qu'il est plus prudent de n’utiliser que le récit de l’épître aux -Galates. « Je montai, écrit l’apôtre, à Jérusalem
“pour voir Pierre et pour faire sa connaissance.
Je restai avec lui quinze jours et je ne vis aucun autre apôtres, si ce n’est Jacques, le frère du Seigneur. Ce que j'écris, Dieu m'est témoin que je n’y mens pas » (Gal., 1, 18-20).
La réserve que Paul observa lors de ce voyage est très caractéristique. Cette attitude ne dut pas lui être dictée seulement par le désir de sauvegarder l'indépendance de son apostolat car il ne semble pas qu’un conflit ait, dès ce mo-
1. Elles portent sur le moment du voyage, sur son caractère et sur les conditions dans lesquelles Paul quitta Jérusalem. Pour la critique de ces récits, voir Intr., III, p. 211.
2, Le verbe iarogñoa exprime les deux idées de visiter et d’apprendre à connaître.
3. StEFrERT (Gal., p. 70) pense que les autres apôtres étaient absents de Jérusalem. Cette opinion ne paraît pas fondée (LinrzmaAnx, Gal., p. 9). Le serment du verset 20 montre quelle importance Paul attache au fait de n’avoir vu aucun des autres apôtres. Aurait-il négligé de dire, s’il avait pu le faire, qu’ils étaient à ce moment-là éloignés de Jérusalem ?
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ment-là, éclaté entre Paul et les jérusalémites. La cause de sa réserve fut sans doute l’ensemble des préventions .qu’il rencontrait chez les judéo-chrétiens et surtout l'hostilité ouverte
des Juifs qui voyaient en lui un renégat. L’apô-
tre dut se cacher pendant ce premier séjour à Jérusalem et Pierre n’osa même pas le présenter à l'Eglise. .
Paul ne fait pas un récit strictement objectif. Il est manifestement préoccupé de répondre à une manière de présenter sa visite à Jérusalem qui en faussait le sens et la portée. On peut reconstituer ce récit en prenant le contre-pied des affirmations de Paul. Ses adversaires devaient soutenir qu’il était venu immédiatement à Jérusalem pour y chercher, en quelque sorte, la confirmation de sa vocation. Paul répond que ce n’est que trois ans après sa conversion qu'il a fait cette démarchet. On disait encore que Paul avait été instruit par les Douze?. Il 1. WEIZSAECKER (Ap. Z., p. 79) pense que c’est avec le sentiment du parti que ses adversaires pourraient tirer de sa . venue immédiate à Jérusalem que Paul a ajourné sa visite: et qu’il a attendu pour la faire d’avoir donné la preuve de son apostolat. Mais il est difficile de lui attribuer, dès le début, une attitude de défiance et il paraît probable que s’il n’est pas venu plus tôt à Jérusalem, c’est simplement parce qu’il n’en a pas éprouvé le besoin. he - 2. C’est ce que pense MEYER, (Urspr. u. Anf., III, p. 210, 346.). à RL
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réfute cette interprétation en rappelant le moment de sa visite, en insistant sur sa brièveté et sur son caractère tout privé.
Letermeis::pñsx Krnzävestun peu vague:. Weizsaecker (Ap. Z., p. 80) pense que Paul voulut faire une première tentative pour définir ses relations avec les Douze. Ce qu’il dit à propos de son second voyage montre que, si persuadé qu’il fût de l'indépendance de son ministère, il ne pouvait admettre qu’un fossé fût creusé entre les chrétiens de Jérusalem et ceux de la Diaspora. Lors de son premier voyage Paul se serait contenté d’amorcer la question avec Pierre qui représentait sans doute, au sein de l’Église de Jérusalem, l’élément le plus favorable aux Hellénistes. Mais, si Paul avait eu l’idée que lui prête Weizsäcker, n’aurait-il pas dit qu'il était venu traiter avec Pierre de puissance à puissance? Rien n'aurait mieux illustré l’indépendance de son apostolat.
L'hypothèse la plus simple est de voir dans la venue à Jérusalem une étape naturelle entre la prédication dans la région de Damas et une nouvelle période d’activité. Avant sa conver-
1. Il est en tout cas trop vague pour qu’on puisse admettre que Pierre ait fait alors connaître à Paul des éléments notables de la tradition évangélique, ce qui ne veut pas dire que leurs entretiens n’aient pas porté sur ce sujet.