‹ Introduction au prophète SophonieChapitre 15 sur 26 · I AE ES · texte numérisé non relu

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idée a cependant rencontré une certaine opposition (1). Schwally (p.216 ss.) pense que notre prophete a en vue les Egyptiens. Certes, l'Egypte devait convoiter l'empire assyrien à son déclin. Mais ce ne doit pas être une nation aussi connue d'Israël qui avait pour mis- sion d'accomplir le jugement de Yahveh ; de plus, l'Egypte elle-même (Kous) est menacée de l'épée de l'envahisseur et Schwally est obligé, pour établir son hypothèse, de supprimer 2, 12. Halévy (2) pense à l'Assyrieel son principal argument est que, Moab et Ammon n'étant pas sur le chemin des cavaliers scythes, il ne peut s'agir de ces ennemis. L'inauthenticité de 2, 8-10 suffit à faire crouler cette hypothèse. Strauss, A. Kahle (3), Keil, Schlatter (4), Elzas, L. Gautier, Lippl et quelques autres pensent qu'il s’agit des Babyloniens sous Nahopolassar. Assourbanipal venait demourir (626); mais Babylone dépendait encore de l’Assyrie qui restait maitresse de l'Occident, et rien dans l'histoire ni dans la position des Chaldéens à cette époque ne pouvait faire penser qu'ils pussent devenir les maîtres du monde. De plus, Sophonie décrit la ruine de Ninive comme subséquente à l'invasion de la Philistie, tandis que les Chaldéensenvahirent la Philistie après la chute de Ninive. Enfin, il semble qu'une raison d'inimitié entre Babylone et Israël aurait élé indiquée (5). Certains critiques (6) ont soutenu que Sophonie n’a pensé ni aux

(1) JÉRÔME, CYRILLE D'ALEXANDRIE, MAURER, STRAUSS, KNOBEL, HÆVERNICK, REINKE, DELITZSCH, KUENEN, KNABENBAUER, LIPPL elc…

(2) Recherches bibliques. Paris 1905 III p. 886.

(3) Biblische Eschatologie. Gotha 1870 p. 172.

(4) Einleitung in die Bibel. Calw und Stuttgart 1889 p. 230.

(5) Pour plus de détails voir H. Ewan : Geschichte des Volkes Israël. Gôttingen 1866. III p. 74258.

(6) Buppe, H. GRESSMANN : ULJE, p. 146 etc...

Scythes ni à un ennemi quelconque, que sa conception du jour de Yahveh est purement mythologique. Nous reviendrons sur ce sujet. Que l’idée que notre prophète se fait du jour de Yahveh renferme des éléments mytiques, cela est pour nous hors de doute; mais nous nous rallions à l'opinion qui voit dans les prophètes des «oiseaux de tempête » jetant à leurs concitoyens coupables, comme un appel de trompette, leur eri d'alarme lorsqu'ils pressentent que la destruction de Juda est décidée par Dieu et qu'elle va s'accomplir, non par des moyens naturels (primitivement par Yahveh lui-même se manifestant dans ces phénomènes) — ce qui est, nous le verrons, l'idée populaire —, mais par un ennemi historique, concret, dont le Dieu vengeur fait son instrument.

Sophonie dut prophétiser après la randonnée scythe que nous avons rappelée et qui était pour lui « un échantillon de ce que les Scythes pouvaient faire, et un avant-goût de ce que Yahveh allait les charger d’accomplir » (Ad. Lods HLH) (1). En effet, au cours de cette invasion, leurs hordes n'ont pas atteint Juda et beaucoup de critiques se sont basés sur ce fait pour déclarer que Sophonie ne les avait pas en vue. Ce nouveau raid des cavaliers scythes devait, dans la pensée du prophète, suivre le même chemin, vers l'Egypte.

Les Scythes paraissent être visés par Jérémie (2) et ce sont eux qui ont dù inspirer la peinture d’Ez. 38, 3 ss.: du reste Ez. 38, 8.17 fait allusion aux prophéties de Sophonie et de Jérémie sur les Scythes (3) et

(1) LipPL (p. 28) qui suppose que Sophonie pensait aux Babyloniens, admet que notre prophète s’est servi, pour sa description de l'invasion ennemie, des souvenirs que lui avait laissés le raid des cavaliers scythes.

(2) Cf. la forme originale de 4, 6 à 6, 30.

(3) Cf. WELLH. : /sr.-Jüd. Gesch. p. 110 en note.

fait remarquer que la seconde invasion annoncée par celui-ci n’a pas eu lieu (1); quant à Jérémie, qui avait aussi prédit leur retour, l'invasion chaldéenne vint, un quart de siècle après, donner raison à sa prophétie ; aussi, lorsqu'il rédigea ses anciehs oracles, le fit-il en désignant l'ennemi qu'il avait annoncé par des traits pouvant s'appliquer aussi bien aux Scythes qu'aux Chaldéens.

Nous pouvons donc placer la composition du livre de Sophonie vers 625 (2). ù

C'est, du reste, aux environsde cette date que s’arrétent la plupart des critiques. Citons, à titre de curio: sité, deux opinions émises par leurs auteurs’ comme des axiomes, mais sans aucune espèce de preuve. M. Vernes (3) voit dans notre livre une « œuvre librement composée aux temps du second temple, selon les règles de la pseudépigraphie. » E. Havet (4) place Sophonie à la fin du second siècle. Plus récemment, Ed. Dujardin met notre prophète au IrIe siècle ; mais cette opinion repose sur un «a priori: l'authenticité

(1) Toy et KRÆTZSCHMAR font ressortir que, dans l'oracle d’Ezéchiel sur Gog-Magog, il y a deux récensions parallèles : 39, 1-8 est un doublet de 38, 18-23, car les deux morceaux annoncent la destruction de Gog et de 39, 9-20, car tous deux contiennent l’idée d’un repas sacrificiel pour les bêtes. Dans 39, 1-8, Gog est poussé par Yahveh contre Israël, de même dans 38,3 9; par contre, dans 38, 10-162, il agit de lui-même. Donc 38, 3-9. 16b. 17. 39, 1-8 (B) d'un côté et 38, 10-16a. 18-23. 39, 9-20 (A) de l’autre vont ensemble (39, 21-29 étant une glose postérieure) et ces critiques admettent que les prophéties plus anciennes dont parle la récension B ne sont pas autre chose que la récension A. Cf. H. GRESSMANN UIJE p. 182.

(2) En 625, Josias avait 20 ans: nous ne croyons pas qu'on puisse descendre plus près de 621, car l'omission du roi 1, 8 deviendrait alors incompréhensible. £

(3) Grande Encyclopédie. — Article : Sophonie.

(4) La modernité des prophètes. — Revue des Deux-Mondes. 1er août 1889, p. 518.

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