‹ Introduction au prophète SophonieChapitre 14 sur 26 · PRE · texte numérisé non relu

PRE

(3) Histoire de la religion d'Israël. Cours inédit. Faculté de Théologie de l'Université de Genève, 1906-1907.

(4) ORELLI a montré qu'il y a plus de rapport encore entre le passage de Sophonie et Am. 5, 11.

(5) Cf. Es. 44, 2; Am. 1, 8: 9, 1. 12.

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caranties sérieuses d'hisloricité. D'ailleurs, à notre avis, Baal doit désigner tous les culles idolätriques, v compris celui de Yahveh (1). Delitzsch invoque aussi la condamnation des fils du roi (1, 8) : il pense qu'il s'agit des fils de Josias qui, avant la réforme de 621, étaient trop jeunes pour être condamnés et qui, plus tard, devinrent si mauvais quele châtiment tomba sur eux. Mais ici les LXX ont la leçon originale : maison du roi. Cependant, l'expression : fils du roi peut s'appliquer aux membres de la famille royale ayant dans leurs ancêtres un roi qui n’est pas nécessairement le prince régnant (2). Kleinert, Delitzsch, Ed. Rupprecnht (p. 275) et quelques autres, d'après l'ordre des livres dans le canon, placent Sophonie après Habaquq. Mais cet ordre n'est pas chronologique (cf. Oséce, Joël, Amos) ; Sophonie, en réalité, se place entre Nahum et Habaquq. Ces critiques s'appuient aussi sur le : Silence devantle Seigneur Yahveh (1, 7) où ils voient une citation de Hab. 2, 20 (3); mais cette phrase est trop générale pour être décisive (4) et puis, s'il y a eu empruht, ce peut avoir été du côté d'Habaquq. Ed. Künig (p. 3525.) descend même jusqu'à la période de réaction qui suivit la mort de Josias (608); il pense que les mots du titre : dans les jours de Josias sont une inférence tardive et erronée de 1, 4. I est vrai que le culte de l'armée des cieux repril une grande extension sous Yoyaqim (5), mais Cela ne signifie pas qu'il n'ait pu être répandu au point où Sophonie le dit du temps de Josias. D'autre

(1) Voir ci-dessous ch. III, 2-B.

(2) CI. 1 Rois 22, 2b ; 2 Rois 11, 2; Jér. 36, 26 ; 38, 6.

(3) Cette idée se trouve déjà exprimée par F, B. KôSTER : Die Propheten des A. und N. T. Leipzig, 1838, p. 111.

(4) CH :Zach:12147

(5) Gr Jér.7,.18.:

RO

part, au règne de Yoyaqim convient bien l'indifférence décrite 1, 12 et qui se comprend après la faillite de la grande réforme de 621 ; mais elle est bien plus compréhensible après la longue période de paix qui précèda l'avènement de Josias, sans compter que l'omission du roi 1,8 n'est possible qu'au temps de Josias qui a euune longue minorité et non à l'époque de Yoyaqim et Kôünig est obligé, pour établir sa thèse, de supprimer purement et simplement cette phrase. Le même critique estime que la menace aux Kousites (2,12) ne s'explique qu'après la déportation en Egypte de Yoahas et que l'oracle contre Ninive (2, 13-15 ; cf. 3, 6) né peut être placé qu'au milieu du règne de Yoyaqim. Il nous paraît plus naturel de mettre la composition de ces menaces après une première expédition seythe vers l'Egypte suivie d'un brusque retour vers le Nord (1). Lippl (p. 19) invoque à l'appui de sa thèse, qui est aussi celle d'Ed. Künig, le fait que Jérémie, qui écrit certainement après 621, observe vis-à-vis de Josias la même attitude que Sophonie, tandis qu'il parle très sévèrement de Yoyaqim (2) et de Jéconias (3). En réalité, Jérémie aurait eu bien mauvaise grâce à s'attaquer à Josias qui avait essayé de réformer Juda dans le sens des exigences prophétiques et qui ne pouvait être rendu responsable de l’échec de sa tentative. Notre critique (p. 21 ss.) s'appuie encore sur le fait que l'état de Jérusalem, tel qu’il se dégage du livre de Jérémie, est plus sombre encore que le tableau qu’en fait Sophonie et il ajoute que le pessimisme de ce dernier ne s'explique qu'après la réforme et non quand elle se préparait.

(1) Voir ci-dessous même paragraphe, (2) 22, 13-19.

ke

Cela montre que la réforme de 621 n'a pas eu le caractère définitif qu'en lui a prêté dans la suite et que, si elle a eu une grande influence théorique, elle n’a rien changé pratiquement à l’état moral et religieux de Juda. De plus, nous avons dit que Sophonie n'a pas dû prendre part à un mouvement quelconque de réforme (1).

Notre prophète appartient donc à la partie du vrresiècle comprise entre 693 et 621. Ne pourrait-on pas préciser davantage ?

Manassé monta à l’âge de 12 ans sur le trône de son père Ezéchias. Après quelques années de paix, Assarhaddon succéda à Sanchérib (681) et envahit la Syrie trois ans plus tard. Il s'empara de la péninsule du Sinaï, ancien apanage de l'Egypte, détruisit Sidon, mais échoua devant Tyr..Il réussit cependant à imposer un lourd tribut à 22 principicules palestiniens, parmi lesquels celui de Juda. Dans un temps où le vassal devait adorer les dieux de son suzerain, cette dépendance amena Manassé, comme naguère AChaz, à ouvrir les portes de son pays à l'idolâtrie étrangère. Il reconstruisit les hauts lieux qu'Ezéchias, sous l'influence d'Esaïe, avait détruits d'autant plus facilement qu'ils avaient été dévastés par les Assyriens en 701 (2).

Du reste, l’état d'âme du peuple encourageait cette attitude du souverain. En effet, les uns, attribuant l'abaissement de Juda à la colère divine, cherchèrent à faire revenir ieur dieu national à de meilleurs sentiments; pour Cela, ils employèrent des moyens extraordinaires : sacrifices d'enfants par exemple et en parti-

(4) Voir ci-dessus, chap. I.

(2) Ce n'est pas l'opinion de STADE, GVI, I, p. 627ss. Voir aussi : STADE : Miscellen : Anmerkungen su 2 K@. 15-21. ZATW. 1886, p. 186 ss. Cf. AD. Lops, HRI.

culier des premiers-nés (1). D'autres s'imaginérent que si Yahveh n'avait pas délivré son peuple, comme en 701, c’est qu'il ne l'avait pas pu et ils se tournèrent du côté des divinités adorées par les vainqueurs et qui, certes, devaient être plus puissantes que leur dieu vaincu: de là le développement que prirent à cette époque les cultes et les rites étrangers, assyriens en particulier (2) : le culte de l’armée des cieux (3), l’encens (4). D'autres, enfin, Crurent à une vengeance des anciens baals Cananéens supplantés par Yahveh: de là une recrudescence des vieux cultes palestiniens, avec leurs orgies, entre autres celui de la « reine des cieux » (5). Des pratiques

(1) Mi. 6, 7; Jér. 7, 31; Ez. 20, 25-26 etc... montrent que c'était bien à Yahveh qu'ils étaient offerts. 2 Rois 17, 31 y voit un emprunt aux Babyloniens; mais Ab. Lops, HRI a montré que jusqu’à présent les textes cunéiformes ne fournissent aucun exemple avéré des sacrifices humains chez les Babyÿloniens et que cette coutume barbare, procédé exceptionnel pour se concilier la faveur divine (Jephté, Abraham, Mésa) est bien plutôt un cas d’atavisme, d’atavisme hébraïque peut-être — il est fort possible que les ancêtres pré-yahvistes d’Israël, comme les anciens Arabes, aient pratiqué déjà ces usages dans le désert, — d’atavisme cananéen surtout — les fouilles palestiniennes, corroborant les témoignages historiques, attestent la fréquence en Canaan de ces immolations d'enfants — ; Cf. R. SMEND : Lehrbuch der alttestamentlichen Religionsgeschichte?. Freiburg i/B 1899, p. 273. Dans la suite de ce travail, nous désignerons cet ouvrage : SMEND ?.

(2) Avec G.-A. SmirH (II, p. 8), nous plaçons- à l’époque de Manassé le texte Am. 5, 26 ss. où l’auteur accuse Israël dans son ensemble d’'adorer les divinités astrales d’Assyrie (Cf. I, p. 204, 205) et, avec AD. Lops, HLH, nous assignons à cette période la composition de Mi. 6, 1-8.

(3) PREISWERK (p. 7) pense que ce culte désigne la religion de Zoroastre, « importée à Jérusalem depuis la Chaldée » ; cf. EwALD, REINKE. f

(4) Voir par exemple Jér. 6, 20.

(5) Jér. 7, 16-18. 44 ; 44, 17. 18. AD. Lops, HRI pense que c'était une divinité cananéenne contre WELLH. qui en fait une déesse assyro-babylonienne de l’étoile du matin: /sraelitische und jüdische Geschichte. Berlin, 1894, p. 127. Cf. Reste arabischen Heiden-

pré-yahvistes réapparurent : le culte des morts (1), celui dont Ez. 8, 7-12 dit qu'il était adressé aux « ordures », c'est-à-dire aux faux dieux israélites, peut-être celui de Gad et de Méni (2). Les prophètes protestèrent, mais une persécution, mal connue du reste, leur ferma la bouche (3). Pendant 70 ans environ, il semble que l'ère du prophétisme était close.

Cependant Assarhaddon (681-668) marcha contre l'Egypte et, vers 670, prit Thèbes au pharaon éthiopien Taharka, puis il mourut. Avec son successeur Assourbanipal (668-626) commence le déclin de l'empire ninivite. Ce prince perdit l'Egypte, puis, aux environs dé 665, avec l’aide de ses tributaires palestiniens, il renversa Taharka, prit Memphis et établit le long du Nil une série d'états vassaux. Il réussit à étouffer en 663 une révolte dans ces régions et reprit Thèbes (4). En 662, Tyr céda. Mais l'empire assyrien était trop vaste : il était impossible à un seul homme de le gouverner. Une révolte générale éclata en 652. Assourbanipal réduisit Elam et Babylone (649), puis Hauran, Edom, Ammon, Moab, Madian et l'Arabie du N. (647 et 645). II peut se faire que, lorsqu’à son retour il traversa la Palestine occidentale pour aller punir Ushu et ACcCo, il ait châtié Manassé avec d'autres rebelles (5). Mais il

tumes-Skizsen und Vorarbeiten?. Berlin, 1887, III, p. A, Voir aussi NÜLDEKE ZDMG, 1887, p. 710. — SMEND? p. 272, pense que c’est une parhèdre féminine de Yahveh.

(1) Au syncrétisme de cette époque Ab. Lops, HRI a consacré un remarquable chapitre dont nous n’avons fait qu’indiquer les grandes lignes. Cf. BÆTHGEN : Beitræge, p. 254 ss, — Pour le culte des morts, voir surtout 2 Rois 21, 6; Es. 8, 19.

(2) Es. 65, 11.

(3) 2 Rois 21, 16; Jér. 15, 4.

(4) Cet événement eut un retentissement considérable dans toute la fin du siècle (Nahum).

(5) #Ghr:133; 11:

n'est pas exact, comme le veut le chroniqueur, que Manassé, à son retour de Babylone (y est-il vraiment allé ?), ait aboli en Juda tous les cultes sauf celui de Yahveh, car, sous Amon, le syncrétisme ne semble avoir subi aucune éclipse.

Amon fut assassiné avant la fin de sa seconde année de règne (1) et le peuble mit à sa place son fils Josias (2). Après 645, les Assyriens ne reparurent plus en Palestine. Par contre, Psammétique Ier commença, à partir de ce moment, à s'avancer vers le N. Le relâchement du joug assyrien fut le signal d'un réveil de l'esprit national en Israël. D'autre part, n'étant plus contraints au Silence par un tyran indigène ou par les exigences d'une alliance étrangère, les prophètes purent de nou- veau élever la voix.

Mais, de l'extrême Nord, des hordes sans nombre et sans nom se déversèrent sur la Palestine : c'est la grande invasion scythe -dont parle Hérodote (1-102 ss.) et dont nous pouvons nous faire une idée par ce que nous savons des expéditions échevelées des Mongols et des Tartares qui, dans les siècles suivants, suivirent à peu près le même chemin vers le Sud. Hérodote place cette invasion dans la 112 année de l'ère de Nabonassar (laquelle commence 747/746), donc en 636 ou 635 (3) et il ajoute que !es Scythes parcoururent l'Asie pendant

(1) 2 Rois 21, 25.

(2) Il est intéressant de noter que, contrairement à son père et à son grand père, ce prince a un nom composé avec celui de Yahveh. Y aurait-il dans sa nomination l'indice d’un changement dans les dispositions religieuses du peuple ?

(3) Cf. WiLbEBOER : Die Literatur des A. T. nach der Zeilfolge hrer Entstehung — trad. all. de F. RiscH — Gôttingen 1905, p. 191. — H. GUTHE : Geschichte des Volkes Israël? — Tübingen und Leipzig 1904, p. 234ss. — ScHw. recule l'invasion scythe en Syrie jusqu’en 615.

28 ans (1). Dès les dernières années de Sargon (721-705), on les voit apparaître dans l'empire assyrien (2). En 630 (3), ils traversèrent le Caucase et, en 626, ils atteignirent les confins de l'Egypte. Ils durent suivre le chemin de l’'arméeassyrienneau virrsiècleettraverser la Palestine par le Hauran, la plaine d'Esdrelon et la côte philistine (4). Psammétique 1e (663-610) (5), au dire d'Hérodote (1-105), acheta leur retraite et ils s'en retournèrent. Juda ne fut pas atteint, mais la consternation fut grande (6). |

C'est dans ces circonstances que s'explique le mieux l'oracle de Sophonie. Il déclare,en effet, comme Amos, que le jour de Yahveh est proche. Et puis, la description qu'il fait de l'état des classes dirigeantes convient très bien à cette époque : plus tard, elles n'auraient plus eu aucun intérêt à faire leur cour à l'Assyrie en adoptant ses coutumes et ses cérémonies cultuelles.

La plupart des critiques depuis C. F. Cramer (7) pensent que Sophonie fait allusion aux Scythes (8). Cette

(1) DE SauLcy : Recherches sur la Chronologie des empires de Ninive, de Babylone et d’'Ecbatane. Paris 1849, p.79 pense qu'il

s’agit de 8 ans, non de 28. -- cf. LENORMANT : Lettres assyriologiques. Paris 1871, p. 83.

(2) H. WinCkLER : Geschichte Babyloniens und Assyriens. Leipzig 1892, p. 268 ss.

(3) Ces dates de l'expédition des Scythes sont très controversées. Cf. LiPPL, p. 14.

(4) 11 subsiste du reste dans cette région des traces possibles de leur passage : le nom de Beth$ean de Manassé changé en celui de Scythopolis (cf. 2 Mac. 12, 29 ; Judith 3, 11 [LXX]; Jug. 1, 27 [LXX)). Hérodote (1-105) nous dit qu'ils s'emparèrent d’Asqalon.

(5) En. MEYER : Geschichie des Alterthums. Stuttgart 1884. 1, p. 601.

(6) Cf. G. A. SMITH, Il, p.5 ss.

(7) Scythiselie Denkmeæler in Pulæstina. Kiel und Hamburg 1777.

(8) Une très intéressante confirmation de cette manière de. voir par les inscriptions cunéiformes est exposée par W. STÆRK : Das assyrische Weltreich int Urteit der Propheten. Gôttingen 1908, p. 161 ss.

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