‹ Introduction au prophète SophonieChapitre 18 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Valeur historique

A. Etat de Jérusalem à l’époque de Sophonie

Au point de vue historique, Sophonie nous fournit un témoignage extrèmement intéressant. Il nous montre

qu'au moment où se préparait la grande réforme de - Josias qui à eu sur l'histoire postérieure d'Israël une influence — théorique du moins — si décisive, les classes dirigeantes continuaient, malgré le déclin de l'Assyrie, à adorer les divinités et à adopter les coutumes des anciens vainqueurs. Le eulte de l'armée des cieux, qui allait être bientôt chassé du temple de Jérusalem, se célébrait toujours sur le toit-des maisons particulières, ce qui n'empêchait du reste pas les enfants d'Israël de jurer à la fois par Yahveh et par leur Mélèlk: local. Résultat : parmi les Juifs, les uns furent très aisément apostats, d'autres, élevés dans l'idolàtrie, ne se souciaient pas de Yahveh et ne le cherchaient pas (1). Le commerce, nécessairement, allait avec la reconnaissance des dieux étrangers (2). Les riches étaient trompeurs et cruels ; les juges et les grands opprimaient le peuple. I1 semble qu'entre l'époque d’Amos et d'Osée et la nôtre, il n'y ait eu aucun

(1) Jér. 25, 3 montre que l’idolâtrie a subsisté en Juda bien longtemps encore après la réforme de 621.

(2) Cf. W. R. SuirTh : Prophets, p. 364.

progrès réalisé. Au contraire, tandis qu'au siècle précédent, le seul nom du dieu des pères suscitait l’enthousiasme et la vénéralion, maintenant on affichait à son égard le scepticisme et l'indifférence ; on ne croyait même plus à son action : Yahveh. disait-on, ne peut faire ni bien ni mal. La paix avait longtemps régné en Israël et avait endormi les énergies nationales.

B. Sophonie et le culte

Après avoir dit quelques mots de ce qui frappait notre prophète lorsqu'il considérait ses contemporains par l'extérieur, voyons, en parlant du culte, ce qu'il pensait de leur vie intérieure.

Que signifie exactement Fadoration de Baal dont il est fait allusion 1, 4 ? Notons d'abord que baal est un titre et non pas un nom propre, Comme le montrent en particulier les noms de lieux et de villes dans la composition desquels ce mot entre : Baal Hermon, Baal Hasor, etc... (1). Ce nom est devenu ensuite un terme générique désignant toute espèce de divinité. Avec Marti et Ad. Lods (HLH), nous pensons donc que Sophonie entend par l'’adoration de Baal le culte rendu à Yahvenh dans les vieux sanctuaires palestiniens avec les anciens rites. Cette idée après Osée n’a rien qui puisse surprendre. D'ailleurs, comme le montre Schwally (p. 212), le terme de Baal désignait le Dieu national d'Israël au temps de Saül etde David : ce qui le prouve, ce sont les noms de membres de leur famille (vraisemblablement adorateurs de Yahveh) formés avec Baal (2).

Quant à Mélèk dont il est parlé 1, 5, il désigne,

(1) Voir le détail dans STADE ZATW, 1886, p. 303 en note. (2) Cf. 1 Chr. 8, 23 ; 9, 39-40 ; 12, 5; 14, 7 etc... voir aussi Os, 2, 18:

MÉPÉRIEE

comme Baal, toute espèce de dieux (1). Schwally (p. 214) pense que, dans ce passage, il est fait allusion au Yahveh adoré dans la vallée des bené-Hinnom (2). Nous croirions plus volontiers que Mèlèk représente ici les anciens baals locaux invoqués sous le titre de (Toi » (3).

Sophonie demande done dans les textes que nous venons de rappeler, non pas l'abolition pure et simple du culte sacrificiel (4), mais la suppression des éléments idolâtriques du culte de Yahveh. En cela, il prépare directement le Deutéronome.

(1) Un dieu phénicien s'appelle 972251 (CIS 147, 194, 380).

(2) Cf. Jér. 7, 31; Ez. 20,26 ; 23, 36 ss. Voir BÆTHGEN : Beitræge p. 15 ; LIPPL p. 20.

(3) Cf. les cachets découverts en Palestine et portant les inscriptions : au Mèlèk de Ziph, au Mèlèk de Hebron, au Mèlèk d'A dullam etc. Deut, 6,4 ; Jér. 2, 28 montrent que le peuple adorait un grand nombre de Yahveh.

(4) SMEND?, p. 269 doute qu'aucun prophète ait jamais osé la demander. D'ailleurs, si Sophonie avait eu cette idée, il n’aurait pas fait offrir par Yahveh un repas sacrificiel (Cf. Lrppr, p. 34).

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